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Charlotte Gainsbourg : "Tout s'est effondré"

Publié le 26 décembre 2020

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Alors qu'elle était en plein tournage de son prochain film, la comédienne Charlotte Gainsbourg s'est retrouvée 35 jours couchée avec une seule idée en tête : revenir en France.

Elle est à l'affiche du dernier film de Benoît Jacquot, Suzanna Andler, inspiré d'une pièce de Marguerite Duras, qui sortira en salle le 31 janvier prochain. Dans le rôle de cette femme mariée qui doit choisir entre sa vie confortable mais ennuyeuse et l'aventure incarnée par son jeune amant, Charlotte Gainsbourg est magnifique, plus à fleur de peau que jamais. Comme habitée par le souvenir de cet ami, qui l'a « lâchée » quelques semaines avant le début du tournage. Cet homme de théâtre, l'actrice l'avait rencontré en 2007, alors qu'elle jouait pour Todd Haynes dans I'm Not There. C'est lui qui lui avait fait travailler son rôle, une collaboration si fructueuse qu'elle n'avait jamais cessé depuis. Le cancer a hélas emporté ce répétiteur de génie, laissant Charlotte dévastée.


« J'étais terrifiée à l'idée de ne pas connaître mon texte. De ne pas y arriver. J'ai une si mauvaise mémoire », confie-t-elle dans la longue interview qu'elle vient d'accorder à Vanity Fair. Pourtant, en hommage à l'absent, elle s'accroche. Deux mois durant, elle travaille, seule, ce rôle où elle met son cœur à nu. Répétant chaque réplique, avec dans la tête la voix du disparu. « Je me demandais sans cesse ce qu'il aurait dit de telle ou telle scène, ce qu'il aurait répondu à telle ou telle de mes questions », explique-t-elle. Un manque de confiance étonnant de la part d'une artiste qui est « tombée dedans » quand elle était toute petite…

Elle n'a que 14 ans lorsque le public la découvre dans L'Effrontée de Claude Miller. À l'époque, jouer n'était encore que du cinéma, comme elle s'en amuse : « Je faisais monter les larmes en pensant à la mort de mon père, alors qu'il n'était pas mort. » S'est-elle sentie secrètement coupable, lorsque le 2 mars 1991, la réalité a rattrapé son imagination ? La disparition de Serge Gainsbourg, à l'âge de 62 ans, l'a plongée dans un abîme d'où elle n'est jamais tout à fait remontée. Avec ce père, ce héros, elle avait tant partagé, tant osé.

Pour elle, il écrit en 1984, Lemon Incest, qu'ils chanteront en duo, puis deux ans plus tard l'album Charlotte For Ever. Elle n'hésite pas une seconde à poser sa voix enfantine sur ces paroles provocantes, comme elle le confiera alors : « J'ai fait ça pour lui. Pour être avec lui. »

Comment lui survivre ? Pendant des années, Charlotte a cru qu'elle n'y parviendrait pas. « Après sa mort, tout s'est effondré pendant très longtemps », se souvient-elle. Elle se mure dans le silence, fait comme si Serge était encore là. Son absence lui est d'autant plus insupportable que tout la lui rappelle. À la radio, à la télévision, dans les soirées, ses chansons sont diffusées partout.

Sa rencontre avec Yvan Attal, peu après ce drame, la sauve. Pourtant, cet amour, si grand soit-il, n'efface pas le malheur qui continue de lui broyer le cœur. « Il a eu la patience d'attendre… je ne sais pas, dix ans, que j'émerge », avouait-elle en 2013, toujours dans Vanity Fair.

La naissance de leur premier fils, Ben, en 1997, sera un déclic. Auprès de son petit garçon, elle réapprend à sourire, à ressentir ce qu'elle s'était jusqu'alors interdit, la joie. Alice, en 2002, puis Joe, en 2011, viennent agrandir la famille et conforter Charlotte dans l'idée qu'elle peut être heureuse. Mais le chagrin n'est jamais loin, sans doute parce qu'elle n'a toujours pas fait le deuil de Serge. Aujourd'hui encore, il lui est impossible d'écouter ses chansons. Il y a peu de temps, elle a surpris ses enfants qui passaient un disque de leur grand-père. « Je suis entrée dans la pièce, j'ai écouté, deux secondes à peine », raconte-t-elle.

Elle était plus âgée, et sans doute plus armée, pour affronter un nouveau drame : la mort par défenestration de sa demi-sœur, la photographe Kate Barry, le 11 décembre 2013. Cette mort – Charlotte déteste le mot décès, utilisé selon elle pour masquer la vérité –, elle en a beaucoup parlé avec sa mère, Jane Birkin, son autre demi-sœur, Lou Doillon, et ses proches. Surtout, elle quitte Paris, où vivait Kate, pour New York. C'est là, qu'en 2017, elle enregistre Rest, un album hommage à ses chers disparus…

En Amérique, elle renoue avec une de ses passions de jeunesse, la photographie. Enfant, elle développait elle-même ses propres clichés. Un souvenir magique. Et puis Kate est devenue photographe, et Charlotte ne s'est plus servie de son appareil. À New York, elle redécouvre l'envie de saisir l'image sur le vif, la ville, le cimetière, l'adorable bull-terrier qu'elle vient d'adopter. C'est comme un fil qui la relie à sa sœur.

En mars dernier, elle est sévèrement touchée par le coronavirus qui ravage la Grosse Pomme. Trente-cinq jours couchée, dont elle se relève avec une seule idée en tête : revenir en France. C'est là, qu'aujourd'hui, elle a posé ses valises. Pour un moment, semble-t-il, même si les récents événements qui ont bouleversé le pays, l'assassinat terroriste du professeur d'histoire Samuel Paty, la menace d'une crise sociale sans précédent, l'effraient. Si durant des années elle a fui « le bonheur de peur qu'il ne se sauve », elle semble, à 49 ans, enfin résolue à profiter de chaque minute de la vie…

Lili CHABLIS

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