France Dimanche > Actualités > Christian Quesada : “J’ai dédié ma victoire à ma mère”

Actualités

Christian Quesada : “J’ai dédié ma victoire à ma mère”

Publié le 22 décembre 2017

Dans son autobiographie, le maître de midi, Christian Quesada rend hommage à celle qui l’a poussé à participer au jeu mais n’a hélas pas pu le voir triompher.

Après avoir triomphé dans cent quatre-vingt-douze émissions et gagné 809 392 €, le plus célèbre maître de midi raconte son itinéraire atypique dans une autobiographie, parue aux éditions Les arènes. Nous avons rencontré Christian Quesada, le plus grand champion de l’histoire des jeux télévisés, dont la vie a été totalement bouleversée par ses succès sur le petit écran.

France Dimanche : Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Christian Quesada : On me posait souvent les mêmes questions, j’ai eu envie de répondre à mes interlocuteurs, en racontant les hauts et les bas de mon parcours, mes origines modestes, sans fausse pudeur et avec sincérité.

F.D. : Vous semblez ne pas ressentir de trac. Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d’avoir pris la grosse tête ?
C.Q. : Je n’ai pas le trac parce que je suis sûr de moi. C’est vrai que cela dérange certaines personnes qui me trouvent arrogant. Mais, si vous regardez la première émission du 4 juillet 2016, je suis exactement le même qu’en janvier 2017, avec quelques kilos en plus ! En vrai compétiteur, qui adore gagner, je n’oublie pas que je peux perdre. C’est ma philosophie de la vie. Lors de ma défaite, ma déception a duré un quart de seconde, et j’ai été le premier à féliciter Claire.

F.D. : Qu’avez-vous ressenti en battant l’ancien record ?
C.Q. : Une vraie fierté. J’ai dédié ma victoire à ma mère, dont je portais l’alliance. À 86 ans, son cancer était généralisé. Elle était très amaigrie sur son lit d’hôpital, quand elle m’a dit : « Va z’y mon fils, va aux 12 coups de midi, ce jeu est fait pour toi. » Elle connaissait le palmarès de tous les participants. Elle s’est éteinte en 2015, avant mon inscription au jeu. En dépassant les quatre-vingts émissions, j’ai pensé à mon frère Marc, qui s’est suicidé en 1985, alors que je n’avais pas encore 21 ans. Il s’est défenestré du cinquième étage. J’ai accouru près de lui, et j’ai su que ma vie ne serait plus la même.

F.D. : C’est votre famille qui vous a transmis le virus du jeu ?
C.Q. : Je suis le petit dernier, mes trois frères ont été importants. Surtout l’aîné Marc, qui rédigeait à la main des fiches sur tout. Il m’a appris à m’organiser, à lire et à compter. J’ai grandi dans une famille très aimante. Mes parents me faisaient confiance, même s’ils ne comprenaient pas que je passe quatorze heures par jour à apprendre le dictionnaire par cœur. Ma passion du jeu vient de mes proches. Chez nous, on s’amusait à en inventer. À 53 ans, je continue à organiser des soirées entre amis, en préparant des blind-tests. J’adore ça !

F.D. : Parlez-nous de votre don que vous appelez la combinatoire ?
C.Q. : J’ai une métaphore très simple : les boîtes de bricoleurs ont des petits tiroirs pour ranger les vis, les écrous. Ma mémoire ressemble à ces boîtes. Mes informations sont bien rangées, et j’ai créé des connexions entre les tiroirs. Si on me parle de la Suède, j’ouvre le tiroir Suède. Je sais que la capitale est Stockholm, le drapeau est jaune et bleu. Et j’y trouve aussi les gloires nationales, comme Björn Borg ou le groupe Abba, ainsi que la date des Jeux Olympiques, qui se sont déroulés dans ce pays en 1912. Et cette boîte 1912, m’indique l’année du naufrage du Titanic ! Depuis mon enfance, j’aime alimenter ma bibliothèque cérébrale, et repousser mes limites. Pour moi, la culture générale est un sport de haut niveau, qui nécessite un entraînement d’athlète.

F.D. : Au quotidien, à quoi vous servent toutes ces informations ?
C.Q. : À rien ! Mais, grâce à elles, je suis resté en vie. Le monde du jeu m’a sauvé. C’est mon destin.

F.D. : Très bon élève en primaire, vous étiez ingérable au collège. Sans diplôme, vous avez enchaîné les petits boulots, dont celui d’animateur de jeu à 19 ans ?
C.Q. : J’étais complètement réfractaire au système éducatif français, mais j’ai toujours voulu transmettre mon savoir. Ma méthode pour expliquer le jeu d’échecs à un gamin m’a permis d’être remarqué. J’ai alors commencé à travailler dans les mairies pour du soutien scolaire par le jeu, puis dans des centres sociaux pour enfants en difficulté.

F.D. : À Antony, vous avez jumelé une école primaire et une résidence de retraités ?
C.Q. : C’est l’une des plus belles expériences de toute ma vie. Il y avait réellement du partage et de l’amour. Chaque senior avait un filleul. Comme Céline, qui avait alors 11 ans et était en CM2. Vingt-cinq ans après, je l’ai retrouvée à une brocante. Elle était surprise que je la reconnaisse et se souvenait de la chanson que nous avions chantée avec les personnes âgées.

F.D. : Expulsé de votre studio, vous êtes devenu SDF.
C.Q. : Oui, pendant deux mois. Cela m’a paru très long et très dur. C’était en mars 2003. Je dormais seize à dix-sept heures par jour, sur un matelas rempli de puces, dans une station-service, avec d’autres clochards et leurs chiens qui puaient. Christophe, un ami de l’armée, m’a croisé par hasard et m’a accueilli chez lui. J’ai pu prendre une douche. Mais je n’ai toujours pas eu le temps de me faire soigner les yeux et les dents qui sont pourries depuis cette époque. Et à 39 ans, je suis retourné vivre chez mes parents, ce qui n’était pas facile.

F.D. : En 2006, vous rencontrez Émilie, la mère de vos enfants ?
C.Q. : Pour la première fois de ma vie, j’avais tout : l’amour, l’argent et un travail. Notre mariage a duré quatre ans. Et je n’oublierai pas qu’Émilie ainsi que mon frère Roger m’ont dépanné de 280 € pour acheter des tee-shirts, un billet de train, et participer aux 12 coups de midi.

F.D. : Comment avez-vous utilisé vos gains ?
C.Q. : J’ai reçu 209 000 € de cadeaux : sept voitures, sept téléviseurs, cinq téléphones, cinq ordinateurs, du matériel vidéo et des voyages, que j’ai partagés avec mes proches. Et j’ai perçu 600 000 € en quatre chèques. J’ai pu mettre mes fils, Clément, 8 ans, et Robin 7 ans, à l’abri du besoin.

F.D. : Avez-vous tenu votre promesse d’emmener Priscilla au Japon ?
C.Q. : Bien sûr, cette promesse datait de 2012. Nous sommes aussi allés en Hongrie. Elle est ma meilleure amie, comme ma petite sœur. On a partagé des chambres d’hôtel, mais il ne se passera jamais rien de sexuel entre nous. C’est quelqu’un de très cher à mon cœur, qui a l’âge d’être ma fille.

F.D. : Avez-vous des projets ?
C.Q. : L’un d’entre eux serait de créer une structure de soutien scolaire par le jeu. J’en ai parlé au maire de ma ville d’Hauteville-Lompnes dans l’Ain. J’aimerais, au sein d’une association ou d’une école, proposer des ateliers pour redonner, par le jeu, le goût du savoir et de la curiosité aux enfants en échec scolaire. Travailler dans un jeu télé me plairait, coanimer, faire la sélection de candidats ou écrire les questions. Une adaptation à l’écran de mon livre est déjà prévue. Plusieurs sociétés de production sont intéressées. Donc, j’ai de quoi m’occuper !

Anita BUTTEZ

À découvrir