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Christophe : Il a perdu son frère adoré !

Publié le 15 novembre 2013

Un cancer généralisé a eu raison des liens indéfectibles qui unissaient le chanteur au� benjamin� de la fratrie des Bevilacqua.

Silence on meurt. C’est avec ce morceau, au titre laconique, que s’ouvre Paradis retrouvé, le dernier album de Christophe, sorti en mars dernier. Alors qu’il vient d’avoir 68 ans, la mort plane sur l’œuvre de l’artiste. Et, le 5 novembre dernier, elle l’a directement frappé. Ce jour-là, le chanteur a perdu Yves Bevilacqua, son benjamin, son double. À 66 ans, celui dont la ressemblance physique avec son aîné était si troublante, a succombé au cancer qui le rongeait depuis quatre ans. Pour Christophe, c’est un choc terrible. Et aussi un soulagement tant il a vu celui qu’il surnommait affectueusement « Yvon » souffrir ces dernières années.

Pour évoquer ce frère tant aimé, le chanteur a choisi de recevoir France Dimanche chez lui, boulevard Montparnasse à Paris. Dans cet appartement rempli d’instruments de musique, de juke-box et de souvenirs, le chanteur s’est confié, longtemps, pudiquement caché derrière sa moustache et ses verres fumés. Sur son piano trône une grande photo d’Yves prise par sa fille au Sénégal. « Je n’arrive pas à me dire qu’il est mort. Pour moi, c’est comme s’il était parti à l’étranger. »

Clone

Les deux frères sont nés dans les années 40 à Juvisy-sur-Orge, en banlieue parisienne. Couvés par un père maçon et une mère couturière, c’est à l’adolescence qu’ils font une découverte déterminante pour la suite de leur existence : le rock’n’roll. Fascinés par Elvis Presley, ils se jettent à corps perdu dans l’aventure. Avec ses cheveux blonds mi-longs et son visage anguleux, Yves ressemble beaucoup à Daniel (le vrai prénom de Christophe). Comme lui, il arbore aussi jeans serrés et santiags. À l’époque, il n’était pas rare que les fans de l’idole poursuivent Yves pour glaner un autographe de son aîné, qu’il paraphait volontiers. « J’étais vraiment son clone ! Ça faisait plaisir aux fans de mon frère, ça leur apportait un peu de bonheur, alors je signais… », témoignera-t-il plus tard.

Alors qu’en 1965, Christophe devient une énorme star avec le tube Aline, Yves assure l’intendance, satisfaisant les moindres exigences de son frère, toujours très méticuleux. « Jeunes, on était tout le temps fourrés ensemble. Il était comme mon jumeau. » Christophe monte alors une écurie auto, dont Yves est le pilote. « Il était très fort, se souvient-il. Je disais toujours que j’étais jaloux de lui. » Au milieu des années 70, les Bevilacqua découvrent ensemble l’île d’Ibiza et ses paradis artificiels. S’il s’y perdra parfois, Christophe finira par remonter à la surface comme il le confiait en 2011 dans Télé 7 Jours : « J’ai mélangé la coke avec de l’aspirine et j’ai eu un choc allergique très grave. J’ai failli y passer et j’ai tout arrêté ! ».

Pour Yves, ce sera plus compliqué. Il connaîtra l’errance et la galère. Dans les années 80, il vend des tableaux sur les marchés de Provence et parcourt l’Espagne avec sa compagne. Il vit quinze ans à Ibiza, et devient le père de deux filles, Cécile et Lola. La première est aujourd’hui étudiante, tandis que la seconde est maman d’une petite Alabama, faisant des deux frères, un grand-père et un grand-oncle. Christophe admirait son tempérament de baroudeur : « Très jeune, il est parti découvrir le sud de l’Espagne, comme un Gitan, nous confie-t-il dans la pénombre de son appartement. Il parlait couramment espagnol, contrairement à moi qui ne suis pas doué pour les langues. » Ces dernières années, les pérégrinations d’Yvon l’ont conduit en Afrique, au Sénégal plus précisément. Hélas, ses excès passés le rattrapent et, en 2009, il déclare un cancer du poumon.

Excès

La suite, c’est son frère qui nous la raconte : « Il a combattu courageusement pendant quatre ans. C’était un grand résistant. À la fin, son cancer s’est généralisé. L’an dernier, contre l’avis des médecins, il est parti au Sénégal, où je l’ai rejoint pour une semaine. En juillet dernier, on s’est revus en Espagne. Puis, en septembre dernier, Yvon a passé des examens à Aix-en-Provence.»  Il comprend alors qu’il n’a plus que quelques semaines à vivre. Le 29 octobre, Christophe donne un concert à Caen quand on lui apprend que son frère va très mal. Il saute dans un train pour vivre ses dernières heures avec lui. C’est finalement le 5 novembre, qu’Yves tire sa révérence à l’hôpital d’Aix-en-Provence. Il n’accompagnera jamais son frère au Vietnam pour les concerts qu’il y donnera à la fin du mois.

De sa voix douce, Christophe se remémore ces derniers instants passés ensemble. « L’an dernier, il était revenu au top et on jouait aux boules ! On ne parlait pas de sa maladie, on était trop pudiques. On parlait plutôt des femmes. » Pendant ses obsèques à Ventabren (13), Christophe s’est mis au piano et a joué sa chanson Les paradis perdus. Puis, alors que le cercueil se dirigeait vers le crématorium, on l’a sorti de son corbillard. Le temps pour ses proches de boire une dernière fois un verre avec « Yvon » en posant une coupe sur le cercueil. « Il y avait une ambiance de film italien, savoure son aîné. Le casting était bon, alors on a fait ce qu’il aurait fait avec nous : on a bu un coup. »

À 66 ans, Yves a donc rejoint Francis Dreyfus, producteur de son frère, disparu en 2010. En guise d’épitaphe, Christophe a cette conclusion, magnifique : « Yvon a connu le luxe de la liberté. »

Propos recueilli par Benoît Franquebalme

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