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Claude Brasseur : Acteur jusqu'à son dernier souffle !

Publié le 30 décembre 2020

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Le monstre sacré Claude Brasseur s'est éteint entouré des siens à l'âge de 84 ans, laissant derrière lui une France orpheline qui n'oubliera jamais cet éternel gamin joueur qui savait si bien nous faire passer du rire aux larmes…

Cette carrière flamboyante, ce brio, cette gouaille, Claude les devait en partie à une belle hérédité : dans sa famille, on était comédien depuis les années 20 ! Pas 1900, mais bien 1820 ! Le premier Brasseur avait créé le Théâtre des Nouveautés, à Paris, qui existe toujours !


Son père, Pierre Brasseur, ami intime de Picasso, Cocteau, Aragon et Prévert, avait brillé au théâtre avant de crever l'écran du cinéma, comme dans Le Quai des brumes, de Marcel Carné, ou le mythique Les Enfants du Paradis, du même réalisateur, sorti en 1945, film qui continue de marquer au fer rouge les jeunes qui se lancent dans le septième art. Sa mère, Odette Joyeux, elle aussi actrice, ainsi qu'auteur, n'avait rien à envier à son génial époux. Mais avoir des parents tellement fous de leur art, quand on est enfant unique, ne va pas de soi.

En effet, si Odette et Pierre étaient de remarquables comédiens, ils étaient un peu moins formidables en tant que mère et père. « Je n'ai jamais connu l'amour de mes parents, avait écrit Claude dans son autobiographie, Merci !, parue aux éditions Flammarion, que ce soit l'amour maternel ou l'amour paternel. Ils ne se sont jamais occupés de moi, ils avaient bien autre chose à faire. » Plus encore, c'est à sa mère qu'il n'avait jamais pardonné un manque d'attention dont il avait toujours souffert. « Elle a toujours considéré que j'avais été un énorme handicap pour sa carrière. Mais je n'allais tout de même pas m'excuser d'être né, et je n'allais pas non plus me retirer de sa vie. C'est plutôt mon père qui aurait dû se retirer : comme ça, au moins, je ne serais pas là ! », avait-il écrit, toujours dans son autobiographie.

Pourtant, malgré ces reproches, après avoir lutté un temps pour ne pas leur ressembler, envisageant de devenir journaliste, puis architecte, Claude reprend finalement la tradition familiale. Avec le succès que l'on sait.

Et fort heureusement, la douloureuse relation qu'il avait avec la première femme de sa vie, sa mère, n'a pas empêché le comédien de vivre une belle existence amoureuse. Au début des années soixante, il rencontre une magnifique jeune femme, au nom plein de mystère : Peggy Roche. Elle a débuté sa carrière de mannequin au magazine Elle, est ensuite devenue styliste puis rédactrice de mode. Elégante, fine, rebelle, elle ne s'habille qu'en noir et blanc quand toutes les autres raffolent des couleurs… Claude et elle avaient en commun le goût du dehors, des nuits, des clubs et de la fumée, de l'alcool… « Nous sortions beaucoup, nous allions partout, peut-être avec une préférence pour Castel et le New Jimmy's, avait-elle raconté en 1984. C'était un plaisir de refaire le monde avec un peu d'alcool. Bien sûr, les lendemains au journal étaient un peu difficiles... On était très optimistes et sortir la nuit représentait quelque chose de certainement plus gai qu'aujourd'hui. »

Gai, alcoolisé aussi, donc, mais avec un parrain tel que Hemingway, comment aurait-il pu en être autrement ? Claude était aussi très casse-cou, puisque ce passionné de bobsleigh avait été sélectionné pour les Jeux Olympiques d'Innsbruck, et avait failli mourir lors d'un entrainement en 1964. Son engin était sorti de la piste ! Le casque de Claude avait explosé sous l'impact ! Très gravement atteint, il s'en était sorti de justesse.

Il épouse cette qu'il pense être la femme de sa vie, la belle Peggy, le 27 mars 1961, à la mairie du VIe arrondissement de Paris. Mais l'histoire est compliquée. Car lors de ces soirées dans les boîtes parisiennes, Miss Peggy avait croisé le regard d'une autre femme à la personnalité impressionnante, artiste, bohême, surdouée : Françoise Sagan. Quelques années plus tard, c'est avec l'auteur de Bonjour Tristesse que la journaliste de mode filera le grand amour…

Claude avait lui aussi rencontré l'amour le vrai, en la personne de Michèle Cambon, dite Mimi, qu'il avait épousée en 1970. Un an plus tard, le couple donnait naissance à son unique enfant, un garçon, Alexandre. Claude avait beau ne pas vouloir imiter ses parents, il avait suivi leur chemin à plusieurs titres : en devenant comédien comme eux, et en ayant un garçon unique… Les chiens ne font pas des chats. Et un peu aussi comme pour lui, les relations avec son fils ont été souvent compliquées, tendues, Alexandre reprochant à son père d'avoir privilégié son travail plutôt que son éducation et de l'avoir placé en pension. « On fait des enfants pour les élever et vivre avec eux, même si ce n'est pas tous les jours », avait-il confié, meurtri, à Paris Match en 2019. Pour autant, Alexandre, comme son père, reprendra à son compte la tradition familiale en devenant un brillant comédien.

Il faut dire que les rapports entre les deux hommes s'étaient considérablement améliorés avec le temps. Chacun était au fond très fier de l'autre. Il y a peu, Alexandre avait rendu un magnifique hommage à l'auteur de ses jours, pour son anniversaire, en publiant une émouvante photo de lui.

Aujourd'hui, c'est toute la France qui déplore la disparition de cet homme qui nous aura accompagnés longtemps, dans tous ses rôles, avec une humanité particulière. Un acteur magnifique qui va beaucoup nous manquer.

Il est des destins qui se choisissent, d'autres qui se transmettent. Claude Brasseur n'a jamais voulu devenir comédien. Il l'était depuis toujours, comme l'étaient avant lui son père, Pierre, son grand-père Albert, et son arrière grand-père, Jules. Un enfant de la balle qui, il y a quelque temps, confiait sur France Culture : « Je suis un vieux monsieur, mais je reste un jeune comédien. » Il a tiré sa révérence, ce mardi 22 décembre, avec sans doute le sentiment du devoir accompli, puisqu'Alexandre, son fils, sa plus grande fierté, a pris la relève…

Placé en pension, très jeune, il préfère s'amuser avec ses copains, Philippe Noiret, Jean-Jacques Debout, qu'étudier. Le théâtre le fascine, mais il n'ose pas l'avouer. Cette passion secrète, il va la réaliser dès 1955, où il illumine de sa présence le Judas de Marcel Pagnol au Théâtre de Paris. Suivront une quarantaine de pièces, de 1956 à 2017, dont un Tartuffe de Molière mis en scène par Roger Planchon, qui fera l'évènement au festival d'Avignon en 1967, et un Don Juan de Molière, qui sera adapté à la télévision sous le titre Don Juan ou le festin de Pierre, par Marcel Bluwal. Il y campe un Sganarelle au masochisme consenti, à côté d'un Piccoli impérial et suffisant. Mais Claude Brasseur et sa voix rocailleuse, reconnaissable entre mille, va conquérir une notoriété fulgurante dans la série Vidocq, où il interprète l'ancien bagnard pour le petit écran de 1971 à 1973. A l'époque, il est si populaire que les élèves sèchent les cours pour regarder l'acteur dans le rôle du voyou reconverti en policier adepte des méthodes expéditives…

Un tel talent ne pouvait rester dans le périmètre trop étroit de la petite lucarne. Remarqué pour son charisme par Georges Lautner, le réalisateur lui ouvre les portes du cinéma en 1974 avec les Seins de glace. Deux ans plus tard, c'est la gloire : Yves Robert lui offre le rôle de Daniel, dans la bande des joyeux drilles (Jean Rochefort, Guy Bedos, Victor Lanoux). Dans Un éléphant ça trompe énormément, il joue un gay qui n'ose pas avouer à ses meilleurs copains son orientation sexuelle. Ce rôle à la fois drôle et bouleversant lui vaut son premier césar dans un second rôle, en 1977. La même année Yves Robert lui proposera très logiquement de jouer dans la suite, Nous irons tous au paradis. Trois ans plus tard, son exceptionnelle prestation de flic téméraire face à Claude Rich dans La guerre des polices de Robin Davis, lui vaut son deuxième César, celui du meilleur acteur. Nous sommes dans les années 80 et Claude Brasseur est une immense star que tout le monde s'arrache. Un artiste que la chance ne quitte plus surtout lorsqu'il accepte de jouer le père de Sophie Marceau, à la demande de Claude Pinoteau dans La boum.

Au côté de Brigitte Fossey qui deviendra son amie, il s'impose comme un acteur magistral capable de passer du registre dramatique à la comédie familiale avec un talent et un charisme intact. L'homme a de la prestance, une présence exceptionnelle et un souffle qui marque. Tous les rôles lui sont permis et il le sait depuis son enfance : « Quand je joue, j'ai l'impression de retourner dans la cour de récréation où, avec mes copains, on s'amusait aux gendarmes et aux voleurs, aux cowboys et aux indiens. Par la suite, j'ai été empereur, chef de la police, dentiste... », expliquait-il dans Télé-Loisirs. Au fil des années 80, il va tout jouer avec maestria : Guy de Maupassant (1982), Détective chez Godard (1985). Il retrouve sa partenaire de La Boum en 1986 dans un film noir de Francis Girod au titre évocateur : Descente aux enfers. Cette fois, ce n'est avec une tendresse paternelle qu'il prend Sophie Marceau dans ses bras mais pour l'embrasser à pleine bouche sur une plage à Haïti. Sa filmographie donne alors le vertige.

Il tourne comme on s'amuse avec les plus grands. De la comédie la plus légère au drame les plus sombres. Edouard Molinaro, Claude Zidi, José Giovanni, Philippe de Broca, Yves Boisset, Jacques Rouffio… tous sont unanimes ; Claude Brasseur est un géant. Avec les années 2000, arrivé à l'automne de sa vie, cet immense comédien sait qu'il n'a plus rien à prouver à la grande famille du cinéma français. C'est pourquoi il va mettre son talent colossal au service de la comédie populaire : « Je n'ai jamais fait partie de ces artistes élitistes qui étrillent les comédies. Elles aussi ont leurs lettres de noblesse », disait-il en 2006 en débutant sous la direction de Fabien Onteniente le tournage de Camping. Il interprète l'inénarrable Jacky Pic, retraité de Melun, qui, chaque année depuis trente ans, descend, accompagné de sa femme Laurette (Mylène Demongeot) s'installer à l'emplacement 17. Personnage phare de l'irrésistible bande du Camping, il récidivera en 2010, Camping 2, et en 2016, Camping 3.

Comme un clin d'œil à la vieillesse qui l'envahissait inexorablement, il accepte à 79 ans, en 2015, le rôle d'un vieil homme acariâtre dans L'étudiante et Monsieur Henri, d'Ivan Calberac. Adepte de la douche froide et des économies drastiques, il accueille à contrecoeur, Constance, une jeune locataire dans son appartement parisien. A la sortie du film, les critiques avaient loué cet acteur dont le temps n'altère pas l'immense talent. Tout est dit. Chapeau bas et adieu Monsieur Claude Brasseur.

Laurence PARIS, Lili CHABLIS et Jean-Baptiste DROUET

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