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Claude Chirac : Son cri de désespoir !

Publié le 26 octobre 2020

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Un an après la disparition de l'ancien chef d'état Jacques Chirac, sa fille Claude évoque leur amour fusionnel et ce manque incommensurable de celui qu'elle s'interdisait d'appeler “papa” en public…

Il y a un an, le 26 septembre 2019, l'homme qui a gouverné la France de 1995 à 2007 rendait son dernier soupir. L'émotion qu'a suscitée sa disparition était aussi palpable que partagée : nombreux sont ceux qui adoraient sa simplicité, son franc-parler et sa chaleur humaine. Mais il en est une qui ne s'est jamais vraiment remise de la disparition de cet « animal politique ». Une des rares en qui il avait une confiance absolue, une des rares aussi à connaître la face cachée de ce colosse aux pieds d'argile. Cette femme qui lui a consacré une partie de sa vie en devenant sa conseillère en communication, c'est sa fille Claude. À l'occasion du premier anniversaire de la mort de son célèbre papa, elle a accordé, ce 26 septembre, un long entretien à Ruth Elkrief sur BFMTV. Façon d'honorer la mémoire de l'homme qu'elle a tant aimé, en faisant revivre son souvenir dans un lieu hautement symbolique : le musée du quai Branly, inauguré par Jacques Chirac en 2006.


De l'enfance passée entre deux parents qui ont consacré leur existence à servir la France, Claude garde d'heureux souvenirs. Son père évolue déjà dans les hautes sphères du pouvoir, tandis que sa mère, Bernadette, entre en politique par la petite porte, devenant en 1971, conseillère municipale de la commune de Sarran en Corrèze. Tous deux s'arrangent toutefois pour préserver leurs deux filles, Laurence, l'aînée (décédée en 2016) et Claude, la cadette, du tourbillon qu'est en train de devenir leur existence. « Quand on était petites, Laurence et moi, on a été élevées complètement en marge de leur vie politique et professionnelle. On a eu une enfance tout à fait normale. On savait à peine qu'on avait un père, puis ensuite une mère, qui occupaient des fonctions publiques. » C'est cette dernière qui se charge de leur éducation au quotidien. Pourtant, comme en témoigne Claude, les deux filles ont toujours su ce qu'elles devaient à ce papa physiquement peu présent. « Il a été extrêmement structurant, il était là aux moments fondamentaux, donnant bien sûr les repères, et finalement, cela a autant de valeur, peut-être, même plus qu'un père extrêmement présent, mais qui ne transmet pas grand-chose. »

En 1973, un drame vient bouleverser l'équilibre familial. À la suite d'une méningite contractée pendant les vacances, Laurence sombre dans l'anorexie mentale, un enfer dont elle ne reviendra jamais. Malgré un emploi du temps chargé, Jacques Chirac, alors ministre de l'Agriculture, s'arrange pour être le plus présent possible.

Présent, il l'est aussi pour Claude, mais d'une façon différente. Avec sa benjamine, un brin garçon manqué, il a une relation complice, pour ne pas dire fusionnelle. Elle admire ce père au charisme et à l'énergie peu commune. Lorsqu'il est élu à la mairie de Paris, elle le rejoint et devient son bras droit. Elle prend une habitude qu'elle gardera par la suite : celle de ne jamais l'appeler papa en public. « Je n'aurais pas pu travailler à ses côtés toutes ces années s'il n'y avait pas eu une séparation totale entre la relation familiale et privée, et le fait professionnel », raconte-t-elle. Son fils Martin, qu'elle a eu avec le judoka français Thierry Rey, en prendra de la graine. Il a toujours appelé Jacques son auguste grand-père…

En 2007, celui-ci se retire de la vie politique, après deux mandats passés à la tête de la France. Douze années durant lesquelles il a tout partagé avec sa cadette, les coups bas, les coups durs, les victoires. Depuis son accident vasculaire cérébral survenu deux ans plus tôt, il est fatigué. Claude, elle, rejoint le privé, devenant directrice de communication pour une grosse société. Elle épouse Frédéric Salat-Baroux, que Jacques Chirac avait nommé secrétaire général de l'Élysée en 2005. Dans cette nouvelle vie, elle continue de réserver une large place à son héros, se désolant de le voir décliner au fil des mois. Le jour où elle comprend que Jacques, ne sortira plus de son domicile du 4 rue de Tournon, elle fait le choix difficile d'abandonner sa carrière pour rester à son chevet jusqu'à la fin. Une décision qu'elle ne regrette pas. « C'était une question de dignité humaine… Même au travers de cet affaiblissement, de cette fragilité dans laquelle il était entré, il avait toujours un regard, un sens de la dignité qui était même stupéfiant… » Et de rajouter avec émotion : « Vous êtes élevé par vos parents, ils vous portent quand vous êtes enfant puis, un jour, la roue tourne dans l'autre sens et vous devenez en quelque sorte le parent de vos parents. […] J'ai considéré à ce moment-là de ma vie que c'était mon devoir et, honnêtement, aujourd'hui je pense qu'au fond, c'était infiniment plus important que d'assouvir quelques ambitions, quelques envies. » Cette année, Claude s'est beaucoup rapprochée de sa mère, Bernadette. Affaiblie, la veuve de 87 ans, peut compter sur le soutien sans faille de sa cadette qui a donné des nouvelles rassurantes à son sujet : « Ma mère va le mieux possible. »

Aujourd'hui, Claude apprend à vivre sans celui qui a été son mentor, son ami, son confident. Est-ce un hasard ?À 57 ans, elle envisage de s'engager pour la Corrèze, cette terre si chère au cœur de son père qui y avait fait ses débuts en politique. Elle y a ses souvenirs, ses attaches, et sait sans nul doute à quel point Jacques serait fier de la voir prendre la relève…

LILI CHABLIS

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