France Dimanche > Actualités > Claude François : Comme un parfum de nostalgie…

Actualités

Claude François : Comme un parfum de nostalgie…

Publié le 22 mars 2018

Quarante ans après sa mort, ses fans de Claude François vont pouvoir respirer sa fragrance.

Tout le monde a déjà entendu l’histoire d’un être en deuil, persuadé, à défaut de voir le spectre du cher disparu, de sentir son odeur dans des lieux qui lui étaient familiers.

Une expérience olfactive loin d’être rare chez les proches d’un défunt. Mais quand on est une star comme l’était Claude François, les fans font aussi partie de sa famille élargie, et l’idée de pouvoir respirer une fragrance créée par leur idole ressemblerait, pour eux, à une résurrection de la star qui s’est éteinte voilà tout juste quarante ans.


Et si Proust avait sa madeleine ou ses pavés inégaux pour revivre, comme s’il y était, des moments marquants de son passé, les inconditionnels de Cloclo auront bientôt l’occasion de humer une senteur unique, un parfum de nostalgie imaginé par le chanteur qui ne connaissait pas seulement la musique.

Car si l’interprète de Comme d’habitude a toujours eu du nez pour trouver les mots et la mélodie de tubes indémodables, il savait toujours d’où venait le vent.

Ce perfectionniste, très bien entouré, était conscient que son nom suffisait à faire vendre bien autre chose que des disques.

Nez

On le connaissait patron de presse, fondateur, entre autres, du magazine Podium, mais plus rares sans doute sont ceux qui se souviennent de ses talents de parfumeur.

Et pourtant, cet artiste qui avait déjà eu l’idée, pour son usage personnel, de mixer deux eaux de toilette de la maison Guerlain, Jicky et Shalimar, a décidé de lancer son propre produit en 1976. Avec l’aide d’un nez venu de Suisse, il va s’investir à fond dans ce projet, comme dans tous ceux qu’il entreprenait d’ailleurs.

Pas question pour lui d’associer son nom à un mélange médiocre ou sans surprise. Voulant vraiment mettre une touche personnelle dans son œuvre baptisée Eau noire, il veut que ses effluves évoquent celles de son enfance en Égypte.

Pour parvenir à ses fins, la star mariera plus de vingt-cinq ingrédients, alors que les eaux de toilette actuelles en contiennent rarement plus de quinze.

« C’est un parfum haut de gamme, explique, dans Le Parisien, François Damide, spécialiste des produits de beauté de luxe, avec exclusivement des composants naturels, du patchouli, des accords verts de fougère, de la rose, du géranium et du musc. »

Avec son flacon en opaline noire et son bouchon chic, Claude veut clairement faire concurrence aux marques les plus réputées. Et pour cela, il n’hésite pas, si l’on peut dire, à inonder le marché, mettant en vente pas moins de 50 000 bouteilles quand Saint-Laurent ou Dior, cadors du marché, se contentent de 20 000 à 25 000 exemplaires.

Un choix qui peut surprendre puisque le luxe se distingue le plus souvent par la rareté de son offre. Le chanteur fait un choix encore plus étonnant en décidant de distribuer Eau noire dans les bureaux de tabac !

Avouez que l’on ne s’attendrait pas à ce que Chanel fasse cohabiter ses fragrances avec des paquets de cigarettes…

Mais il voulait rendre son produit accessible à une clientèle populaire. Autre innovation, son parfum est unisexe. Claude disparaîtra moins de deux ans après la naissance de son « bébé », qui restera en vente jusqu’au début des années 80. Mais des aficionados peuvent se procurer sur Internet des bouteilles vides qui se négocient jusqu’à 150 euros.

Quant à ceux qui veulent s’emplir les narines de l’odeur de Cloclo, ils devront débourser la coquette somme de 650 euros. Mais comme le dit, toujours dans Le Parisien, Patricia Van Dyck, présidente de Magnolia For Claude : « Cette odeur de lui, ça fait du bien aux fans. »

Et comme il est connu qu’on brûle toujours ce que l’on a adoré, la famille Lescure, propriétaire du moulin de Dannemois, ancienne propriété du chanteur transformée en musée, a eu l’idée forcément lumineuse de ressusciter non pas l’ancien maître des lieux mais son parfum, sous forme de bougies.

Un choix contraint : certains composants n’existent plus, d’autres sont interdits, et le flacon vide coûterait 140 euros. Un prix prohibitif aux yeux de Julien Lescure, directeur du musée. « C’est pour ça qu’on a décidé de le décliner en bougies, justifie-t-il. On en a fait cinq cents pour la date anniversaire. Ce sera collector. »

Il ajoute que grâce à l’aide d’une entreprise française, la formule, adaptée aux nouvelles normes, a pu être reconstituée à 99,9 %.

Et son pari semble déjà gagné, puisque les 250 bougies à 45 euros mises en présente en ligne se sont arrachées en un rien de temps.

« Les gens en achètent deux, ajoute Julien Lescure. L’une pour la brûler et sentir à nouveau son odeur ; l’autre pour la garder précieusement. »

Feu Cloclo peut reposer en paix : ses fidèles se consument toujours d’amour pour lui.

Claude LEBLANC

À découvrir

Sur le même thème