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Claude François : Quand il parlait d’amour

Publié le 14 mars 2018

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Un ouvrage révèle les confessions sentimentales de Claude François qui nous a quittés voilà tout juste quarante ans.

Alors que tous s’apprêtent à commémorer le quarantième anniversaire de la disparition d’un artiste qui a marqué son époque, Claude François garde l’image d’un séducteur impénitent, auquel aucune femme ne pouvait résister, surtout pas ses fans qui l’attendaient devant sa loge dans l’espoir que leur idole les remarque.

Mais cette image, ou plutôt ce cliché, cache une vérité plus complexe, enfin révélée dans l’admirable ouvrage d’Isabelle Catélan, Claude François, ses notes confidentielles, publié chez Michel Lafon.

L’auteur, ancienne rédactrice en chef de Podium, y a découvert un trésor : les archives personnelles du chanteur, à qui appartenait le magazine. Ce livre révèle donc la face cachée de la star, et dévoile notamment des passages de son journal intime, où il se confie comme jamais, évoquant sans le moindre filtre les affres de sa vie sentimentale.

Et le moins que l’on puisse dire est que le point de vue que Claude portait sur ses relations avec les femmes n’est en rien conforme à sa légende. Il les résume en quelques mots lourds de sens : « Je suis né pour souffrir. »


Cette souffrance commence à lui peser dès l’enfance, à 7 ans, lors de son premier coup de foudre : « Cette fille ne saura jamais que j’étais amoureux fou d’elle, et il y a de cela très longtemps. Comme je n’arrivais pas à trouver le courage de lui déclarer ma flamme, je la surveillais depuis des mois et des mois, tous les jours. Je ne pensais qu’à cela. Et un jour, j’ai vu le camion de l’armée britannique emmener des meubles. Je me suis renseigné auprès des petits Arabes et ils m’ont expliqué que le militaire britannique retournait chez lui car il avait fini son service. Il emmenait sa famille avec lui et partait le lendemain. J’ai passé la journée à essayer d’avoir le courage de lui faire ma déclaration et j’étais comme pétrifié. Alors, le lendemain matin, avant d’aller à l’école, et sachant qu’à mon retour […] elle serait déjà partie, j’ai pris cinq pétards, je les ai colorés en rouge, j’ai utilisé un lance-pierre pour les envoyer sur la persienne de cette petite Anglaise, et je me suis enfui, désespéré et en larmes. »

Cœur d’artichaut

De sa jeunesse en Égypte, jusqu’à ce que la crise du canal de Suez en 1956 n’oblige sa famille à retourner en France, Claude garde d’autres tendres souvenirs.

Celui des jeunes Anglaises qui occupaient ses jours et ses nuits mais aussi une idylle plus sérieuse avec une belle Italienne croisée au Caire. L’adolescent était encore lycéen, alors que sa petite amie gagnait déjà sa vie. Ce contexte n’était pas toujours facile à vivre : « Quand venait le samedi soir, elle pouvait sortir dans des endroits très chers, et moi j’arrivais difficilement à la suivre. Alors j’ai connu une situation que je n’ai pas appréciée mais dont j’ai profité : je me faisais entretenir par la jeune fille. Alors là, ça m’épatait. Et je me suis toujours demandé si j’étais amoureux de la jeune fille ou de sa situation. Quelques mois plus tard, on s’était quittés après une bataille homérique car elle avait mauvais caractère, et le mien n’était pas très bon non plus. »

Il aura ensuite une ultime aventure orientale avec une Égyptienne (mais de mère anglaise tout de même !), interrompue par la politique : l’heure de revenir dans l’Hexagone pour échapper aux foudres de Nasser, nouveau maître du pays, avait sonné. Leur amour devint épistolaire, puis s’effaça, faute de timbres et de contacts charnels.

Mais ce cœur d’artichaut ne cessait jamais de battre, et la place libre fut vite occupée par la seule femme qui parvint à l’emmener jusqu’à l’autel (celui des églises). Il s’agissait encore d’une Anglaise, bien sûr : « Ma future femme et moi-même séduisons mon père [qui] me donne sa permission par écrit et j’épouse Janette Woollacott qui devient la première femme de ma vie et ce, jusqu’à ce jour. Et, vraisemblablement, pour toute ma vie. Un mariage m’aura suffi, une fois pour toutes. Sitôt marié, j’étais soudainement moins amoureux. C’est fou ce que les liens des contrats de mariage qui rapprochent les obligations respectives peuvent éloigner les cœurs. Il n’y a plus d’aventure, il n’y a que de la sécurité, donc pas de risque, donc pas d’angoisse, donc pas d’amour. »

Inutile de préciser que leur union ne dura pas très longtemps… Ce d’autant plus qu’une autre star au charme ravageur a tout fait pour l’abréger. Et, en l’occurrence, Claude s’est vraiment comporté en gentleman envers son rival et son ex : « Je peux vous dire que ma femme m’avait quitté car elle m’avait été empruntée, si j’ose dire, par Gilbert Bécaud, avec qui elle vécut près de quatre ans, et avec qui elle a eu un enfant qui a porté mon nom pendant très longtemps. J’avais fait cela par gentillesse, pour que la fille de Gilbert puisse demeurer en France alors que lui, étant marié, n’avait pas droit de le faire. »

Ses amours avec sa nouvelle partenaire restèrent peu connues du public, car France Gall comme Claude étaient des vedettes et ne souhaitaient pas afficher au grand jour leur liaison. Cette histoire s’est mal terminée, mais, à le lire, a laissé d’excellents souvenirs.

« On ne s’est pas ennuyé ensemble. J’avais mon fameux caractère. Elle avait son insupportable façon de vivre que j’ai adorée, je peux le dire maintenant. C’est un amour qui m’aura beaucoup marqué et qui me marque toujours. Et ce qui est formidable, c’est que lorsque je pense à France, je pense que chaque amour important, comme le sien, ne quitte plus jamais mon cœur. »

Nature anxieuse

Après une belle histoire avec Isabelle Forêt, qui lui donnera ses deux fils, Claude va goûter à nouveau aux fruits de la passion avec une femme qui l’a comme ensorcelé : « Cela a été un amour extraordinaire qui s’est appelé Hélène. Hélène dont j’ai été amoureux pendant presque un an, après l’avoir vue en photo, Hélène pour qui j’ai été malade. Je ne dormais pas, je ne pouvais rien avaler. J’ai été dans un état monstrueux. Je croyais avoir, de nouveau, 15 ans et être comme un fou. C’est sans doute la fille que j’ai le plus aimée. Et aussi drôle que cela puisse paraître, alors que nous ne nous sommes connus que pendant quelques semaines, elle tient une place très importante et je crois que je n’arriverai jamais à l’oublier tout à fait. »

Claude fit ensuite la conquête de la bouillante Sofia, avec laquelle il resta quatre ans. Et enfin vint Kathalyn, la belle Américaine, qui fut la dernière à partager sa vie, jusqu’à ce fatal 11 mars 1978.

A en juger par ses propos, la jeune femme avait le don d’apaiser sa nature anxieuse : « Elle est douce et généreuse. Et, pour le moment, elle m’aide dans cette vie extraordinaire et tellement difficile que je vis. »

Tel était Claude François côté cœur, un homme qui ne cachait pas, peu avant de disparaître, sa conception très libre du couple : « Je suis aujourd’hui bien plus volage que je ne l’ai jamais été, alors que quand j’étais plus jeune, j’étais beaucoup plus fidèle. Et même quand je suis fidèle, je suis volage car je suis fidèle à ma façon. C’est-à-dire que je suis fidèle avec l’esprit mais pas avec le corps. »

Mais si aucune femme ne pouvait revendiquer détenir le monopole de ses désirs, Claude n’en restait pas moins fidèle à l’amour : « Rien ne peut le remplacer. Surtout pas l’argent. Surtout pas les honneurs et toutes ces fausses valeurs de la société dans laquelle on vit. L’amour est la seule vraie valeur. »

Claude LEBLANC et Edwige FERNANDEZ

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