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Claude Sarraute : “Qu’on nous foute la paix à nous, les octogénaires !”

Publié le 6 octobre 2014

Claude Sarraute a fêté ses 87 ans en � famille�, en Bretagne. Et nous avoue apprécier cet âge qui permet à cette paresseuse contrariée de profiter de la vie et du temps qui passe…

Comme sa mère, Nathalie, Claude Sarraute espère bien vivre près de 100 ans ! Et quand on la voit, on ne doute pas qu’elle y parvienne ! Pétillante et drôle, celle qui a soufflé ses 87 bougies en famille, le 24 juillet dernier, en Bretagne, évoque sans complexes sa vie, son âge, et ses trois fils… sans oublier son cher Laurent Ruquier !

Claude Sarraute + RuquierFrance Dimanche (F.D.) : Comment se passent vos vacances ?

Claude Sarraute (C.S.) : Je suis assise sur ma terrasse en Bretagne, où je farniente. Je regarde la mer à l’horizon, je pense au temps qui passe, je rassemble des souvenirs. Je m’installe toujours à l’ombre, car, depuis mon cancer de la peau, je n’ai plus le droit de m’exposer. Moi qui aimais tant le soleil, du coup, je ne vais plus à la plage.

F.D. : Vos fils sont-ils passés vous voir ?

C.S. : Oui, j’ai eu la visite de Martin, qui revenait de la Coupe du monde au Brésil, où il est resté un mois. Il était rédacteur en chef de Téléfoot, et il est aujourd’hui producteur à TF1. Et de Nicolas [Revel, ndlr] qui est maintenant secrétaire général adjoint de François Hollande.

F.D. : Tout le monde entend parler d’eux, mais personne ne sait que ce sont vos enfants ! Combien en avez-vous eu ?

C.S. : Trois garçons. L’aîné, Laurent, est infirmier. J’avais demandé à ma mère quel serait celui de mes enfants qui s’occuperait de moi quand je serais vieille. Elle m’a tout de suite répondu : Laurent ! Elle avait raison… Quand j’ai besoin d’un examen, il m’emmène à l’hôpital. Il prend soin de moi, il est génial. Ensuite, j’ai eu Martin, avec Christophe Tzara, le fils du poète Tristan Tzara. Et le petit dernier, Nicolas, avec Revel. J’ai aussi adopté une fille que j’adore.

F.D. : Et, chaque année, vous rassemblez votre tribu en Bretagne ?

C.S. : C’est très important que mes enfants et petits-enfants passent me voir en vacances. Depuis que je suis veuve, j’ai de plus en plus besoin de les voir. J’adore quand ils me disent « Je t’aime ». Et puis, chambouler ses horaires pour ses petits-enfants, c’est plus facile en vacances pour une vieille dame comme moi. Car je suis une vieille madame ! J’ai le droit à la paresse, mince alors ! J’ai travaillé dur toute ma vie, j’ai toujours été une paresseuse contrariée. Qu’on nous foute la paix, à nous tous les octogénaires. 80 ans, c’est le grand âge, et je ne veux pas qu’on me le vole. Maintenant, je fais l’hippopotame dans sa vase.

Claude Sarraute, plus jeune, sur un yacht
Claude Sarraute, plus jeune, sur un yacht

F.D. : Fêtez-vous toujours votre anniversaire en famille ?

C.S. : Pas du tout ! J’ai fêté mes 85 ans à Cuba ! Merci à mon Laurent Ruquier, qui a tout organisé, avec son sens de la fête et de l’amitié. Il m’a demandé comment je voudrais célébrer mes 85 ans. Je lui ai dit à Cuba et il m’a répondu « Chiche ! » L’âge ne compte pas pour lui ! Dans On a tout essayé, il m’a fait faire des trucs incroyables, comme jouer une femme enceinte de huit mois ! C’était l’époque où un médecin italien prétendait qu’on pouvait faire des enfants après 60 ans. On m’avait mis un faux ventre, de faux seins et je marchais les jambes écartées, en me cramponnant à mon fils, joué par Bolender ; je devais raconter qu’il m’avait donné son… «sperme» ! Je suis aussi proche de Laurent que de mes enfants. Il est comme un quatrième fils pour moi !

F.D. : Avez-vous songé à vous remarier ?

C.S. : Non merci, j’ai déjà donné. Un premier mari, un deuxième, et enfin un troisième qui m’aura duré 44 ans, ça suffit ! Maman, qui était géniale, m’a demandé de ne pas me marier avant 30 ans, parce qu’une femme doit avoir une situation pour ne pas être financièrement dépendante de son époux.

F.D. : Vous êtes très différente de votre mère, l’écrivain Nathalie Sarraute ?

C.S. : Elle est née en 1900 et s’est mariée en 1925. Mais elle aurait préféré vivre avec mon père en union libre. Elle pensait que le mariage c’était vieux jeu. Et puis, elle ne voulait pas vraiment avoir d’enfant, contrairement à moi qui en voulait beaucoup. Elle a eu trois filles, je suis l’aînée. Pour elle, j’étais une enfant trop coquette. Il faut dire que j’aimais beaucoup séduire et aguicher. À l’école j’avais des soupirants, toute une cour. Maman pensait même que Jean-François Revel, qu’elle connaissait comme un très bon philosophe, ne pouvait pas s’intéresser à une petite frivole comme moi.

F.D. : Quel est votre secret de jouvence ?

C.S. : Vous savez, passé 80 ans, si vous avez la chance d’en arriver là – la chance, oui ! – vous risquez d’être surpris. Ce n’est pas si mal que ça ! Et puis sur le plan physique, tout va bien, c’est à peu près pareil qu’avant, pour moi ! Ça ne s’arrange pas, d’accord, mais bon, on s’accommode ! Les ennuis de santé, on a eu le temps de s’y habituer ! Et merci aussi les progrès de la médecine ! À mon âge, on est rafistolé pour tenir le plus longtemps possible.

F.D. : Avez-vous des nouvelles de votre amie, Marthe Mercadier ?

C.S. : Oui. Quelle chance elle a de vieillir avec sa fille et sa petite-fille. Heureusement que France Dimanche les a sauvées de la rue !

Cédric Potiron
Photos : collection personnelle

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