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Claudia Cardinale : “Brando a tout fait pour me séduire”

Publié le 8 mai 2015

Nous avons rencontré la cultissime Claudia Cardinale lors de son séjour à New York. À 77 ans, elle � rayonne � toujours autant, et son rire n’a pas pris une ride…

C’est probablement l’une des actrices les plus célèbres du monde, de celles qui suscitent les commentaires les plus élogieux. Claudia Cardinale incarne la beauté méditerranéenne, avec ses yeux de biche, sa peau couleur pain d’épice et son accent gorgé de soleil. À 77 printemps, la star revient, non sans humour, sur son exceptionnel destin.

France Dimanche (F.D.) : Est-il vrai que vous n’envisagiez pas de faire du cinéma ?

Claudia Cardinale (C.C.) : Oui. Tout a commencé par un malentendu. J’ai été élue la plus belle Italienne de Tunis alors que je ne m’étais pas présentée à ce concours. Et à l’époque, la gagnante pouvait se rendre au Festival de Venise. Je portais à cette occasion un bikini, or le bikini n’était pas encore arrivé en Italie ! Je vous laisse imaginer la folie que cela a provoquée. Il ne se passait pas un jour sans que des metteurs en scène me proposent de faire du cinéma. Et moi, je disais non à tout ! Du coup, les journaux m’ont appelée
« La fille qui ne veut pas faire de cinéma » !

F.D. : Comment les cinéastes ont-ils finalement réussi à vous convaincre ?

C.C. : En harcelant mon père ! [rires] Il recevait sans cesse des télégrammes pour que je fasse du cinéma. Mais moi, je n’en démordais pas ! Je voulais devenir exploratrice, parcourir le monde et non parader devant une caméra. Mais finalement j’ai accepté. Et ça m’a permis de voyager aux quatre coins de la planète. Australie, Russie, Europe, Amérique du Nord, et du Sud : j’ai tourné partout…

F.D. : À vos débuts, Brigitte Bardot était surnommée BB, et vous CC. Est-il vrai que la presse avait pris un malin plaisir à vous opposer ?

C.C. : C’est vrai que, très vite, les journalistes ont commencé à titrer : « BB vs CC ». On voulait faire de nous des sœurs ennemies. La presse s’en est d’ailleurs donné à cœur joie quand j’ai joué avec elle dans Les pétroleuses. La blonde contre la brune ? Malheureusement pour les journalistes, Brigitte et moi avons toujours eu de bonnes relations ! C’est une femme fantastique !

F.D. : Est-il vrai que vous détestez votre voix ?

C.C. : Oui ! Elle ressemble à celle d’un homme ! Combien de fois, en décrochant le combiné, j’ai entendu : « Bonjour monsieur, pardonnez-moi de vous déranger, mais pourrais-je parler à Claudia Cardinale ? »

F.D. : Quel conseil donneriez-vous à une jeune actrice qui souhaiterait suivre vos traces ?

C.C. : Difficile de donner des conseils dans la mesure où je ne désirais pas faire de cinéma. Cela ne m’apparaissait pas comme étant une chose naturelle. Alors que j’ai une sœur très belle qui en rêvait ! Mais les réalisateurs ont tellement insisté que j’ai fini par accepter. Vous savez, c’est un peu comme les hommes : ils vous courent après et vous ne répondez pas tout de suite à leurs avances !

F.D. : Comme Marlon Brando par exemple…

C.C. : Je n’ai pas joué avec lui et Dieu sait que c’était mon acteur préféré. Le premier film que j’ai vu avec Brando, c’était Sur les quais, d’Elia Kazan. Il savait que c’était mon film favori. On a failli travailler ensemble mais le producteur ne voulait pas de moi. Un jour, à Los Angeles, Marlon est venu frapper à ma porte. Il a tout fait pour me séduire. Il a sorti le grand jeu. Quand il a compris que c’était peine perdue, il s’est mis à rire et m’a dit : « Tu es Bélier, comme moi ». Quand il est parti, je me suis dit que j’étais vraiment stupide et je m’en suis mordu les doigts !

F.D. : On raconte que le tournage du Guépard ne fut pas banal non plus…

C.C. : Il faisait particulièrement chaud et, avec les costumes, nous étions en nage ! Je me rappelle que lorsque les studios ont su que Burt Lancaster avait été choisi, leur première réaction fut de dire : « Lancaster ! Mais ce n’est pas possible ! C’est un cow-boy ! Il ne peut pas faire ce film ! » Luchino Visconti n’en a fait qu’à sa tête, et il a eu raison. Dans Le guépard, Burt Lancaster a été fantastique. Pour l’anecdote, nous devions souvent nous embrasser avec Alain Delon, et Visconti me répétait souvent : « Quand tu embrasses Alain, je veux voir la langue ! » Alain me dit toujours qu’on aurait pu avoir une belle histoire d’amour, mais que nous sommes devenus un couple mythique grâce à ce film. Pendant la projection de sa version restaurée au Festival de Cannes de 2010, il m’a presque cassé le poignet en me disant : « Mon Dieu, ils sont presque tous morts. Nous sommes les seuls survivants ! »

F.D. : Parlez-nous de vos premiers pas à Hollywood…

C.C. : J’ai tourné de nombreux films en Amérique. Paul Newman me prêtait son appartement quand je me rendais à New York. Un jour, alors que j’étais chez lui, la police m’interpelle. L’un des officiers me demande : « Que faites-vous ici et pourquoi êtes-vous seule ? Où est votre garde du corps ? » Ça leur semblait suspect que je sois sans protection. Je me souviens aussi très bien de Rita Hayworth. Elle était venue me voir dans ma caravane, et s’est mise à pleurer ! Comme je ne comprenais pas pourquoi, je lui ai demandé ce qui la mettait dans cet état-là. Elle m’a alors répondu : « Un jour, moi aussi, j’ai été belle. » C’était quelqu’un de très nostalgique.

F.D. : Cette expérience américaine vous a permis de tourner avec les plus grands acteurs.

C.C. : J’ai eu cette chance. Parfois ce fut difficile, car j’ai dû calmer leurs ardeurs ! [rires] Certains se montraient un peu trop entreprenants ! À Hollywood, l’un de mes meilleurs amis était Rock Hudson ! À l’époque, si vous étiez homosexuel, on ne vous donnait pas de boulot ! Du coup, Rock était toujours chez moi, dans ma maison de Los Angeles. Comme ça, nous donnions bien le change. Les gens, et surtout les médias, s’imaginaient que nous filions le parfait amour.

F.D. : Qu’avez-vous appris des hommes ?

C.C. : Vous savez, je n’ai jamais été mariée ! Je suis la femme d’un seul homme et cet homme, c’est le père de ma fille, le réalisateur napolitain Pasquale Squitieri. Quand je tournais beaucoup, des tas d’hommes ont tenté leur chance avec moi. Mais c’était niet !

F.D. : Vous avez été l’une des plus belles femmes du monde. Quelle est votre définition de la beauté ?

C.C. : Je pense que cela n’a rien à voir avec l’apparence physique. La beauté dépend surtout de votre confiance en vous. Quand vous êtes à l’aise, vous irradiez !

F.D. : Vous n’avez jamais été tentée par la chirurgie esthétique ?

C.C. : Je n’aime pas ça. Quand, ensuite, vous vous regardez dans un miroir, vous ne vous reconnaissez pas ! Je n’ai jamais succombé au scalpel. Et puis, entre nous, quand vous voyez ces actrices qui ont eu recours à la chirurgie, vous constatez quoi ? Qu’elles se ressemblent toutes ! Vous savez, le temps passe. Vous avez beau ne pas l’accepter, c’est comme ça et pas autrement ! Ma mère avait d’ailleurs coutume de dire quand elle parlait de moi : « On ne voit pas beaucoup tes rides parce que tu rigoles constamment ! » [rires] Vous savez, j’ai 77 ans ! J’ai tourné 151 films et je me dis que j’ai de la chance, à mon âge, de tourner encore !

F.D. : Le succès vous a-t-il changée ?

C.C. : Rien n’a changé pour moi. Je mène une vie normale. J’achète mes journaux le matin. Je n’ai toujours pas de garde du corps. Ce qui est amusant, c’est que, comme je suis née dans un pays arabe, à chaque fois que je me rends à Abu Dhabi, dans les Émirats arabes unis, les gens m’appellent « princesse » ! Vous savez, j’ai toujours été quelqu’un de très fort, de très volontaire. Quand j’étais jeune, je me battais toujours avec les garçons ; jamais avec les femmes. Je voulais prouver qu’il fallait me respecter et ne pas me marcher sur les pieds ! Du coup, je passais ma vie dans les stades. J’ai pratiqué tout un tas de sports. Le basket, le volley, l’athlétisme. J’étais un garçon manqué. Mais cela n’est pas étonnant. Mon vrai prénom, c’est Claude !

F.D. : Vous êtes très élégante aujourd’hui…

C.C. : Merci. J’aime porter du Giorgio Armani. J’ai en horreur les matières synthétiques. Je suis allergique, car j’ai la peau très délicate ! [rires]

F.D. : Je me demandais, Claudia, vous dites que vous êtes née en Tunisie, que vous aimez l’Italie et que vous vivez en France, quelle équipe supportez-vous pendant un match de foot ?

C.C. : J’adore le foot ! Je me souviens qu’à Paris, à l’époque du fameux « coup de boule » de Zidane, ma fille et moi, nous nous baladions dans les rues avec des tee-shirts sur lesquels était écrit : « Viva Italia. » Cela rendait les Français fous, et il nous était impossible de nous frayer un chemin !

Franck Rousseau à New York

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