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Claudine Coster : “Au théâtre ce soir” fut une fabuleuse aventure

Publié le 26 mars 2017

L’actrice a assisté à la naissance de l’émission au côté de son mari, le comédien Robert Manuel, directeur du théâtre Marigny. Claudine Coster raconte cette  épopée  télévisuelle…

Elle a ouvert pour nous l’album de ses souvenirs… C’est avec un immense plaisir que nous avons rencontré la comédienne Claudine Coster, chez elle, près de Rambouillet, dans les Yvelines, afin qu’elle nous raconte la genèse et les grandes heures du mythique Au théâtre ce soir

« L’idée de cette émission a germé pendant un déjeuner entre Pierre Sabbagh et Robert Manuel, aux Champs-Élysées, nous a-t-elle expliqué. Ils s’étaient rencontrés à la télévision pendant le jeu L’homme du XXe siècle. Robert était alors sociétaire de la Comédie-Française et il y avait participé. »

Veuve depuis plus de vingt ans, la comédienne reste une fervente admiratrice de ce grand homme de théâtre qu’était son époux et qui vouait un culte à Molière. « C’était en 1966, les grèves étaient fréquentes à la télévision française, Mai 68 n’était pas loin. Pour que les téléspectateurs ne se retrouvent pas devant un écran ne leur offrant que la mire, Pierre avait diffusé une pièce de théâtre enregistrée en Belgique, La bonne planque, avec Bourvil. Il avait obtenu une audience formidable. »

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Audacieux

Ainsi, persuadé que le spectacle vivant avait sa place à la télévision, Sabbagh l’a imposé en première partie de soirée, avec la bonne idée d’y associer celui qui venait de quitter la Grande Maison pour prendre la direction artistique du théâtre Marigny, une institution privée. « Robert a été emballé par l’idée, il a présenté Sabbagh à l’administrateur, Jean-Jacques Bricaire. Ils ont signé un premier contrat de huit pièces, puis un autre de vingt-cinq, à raison de deux enregistrements par semaine. Avec Pierre Sabbagh et Georges Folgoas à la réalisation, Robert Manuel alternait le rôle de comédien et celui de metteur en scène. Il a signé 50 mises en scène. »

En dix-neuf ans, 411 pièces de 300 auteurs ont enchanté les soirées de millions de ­téléspectateurs ! « Tout le monde y a gagné, les comédiens ont pu se faire connaître du grand public. Je me souviens de Pierre Arditi, venu voir Papa [surnom que Claudine donne encore affectueusement au père de ses deux enfants, Marie-Sylvia et Jean-Baptiste, car elle n’aimait pas son prénom, ndlr] pour lui demander de le programmer dans l’une de ses prochaines diffusions.

Il avait du mal à payer ses impôts. On enregistrait dans les conditions du direct le samedi après-midi, à l’issue de trois semaines de répétitions. 
On les interprétait une deuxième fois, lors de la croisière que nous organisions en septembre sur le Mermoz. » Les théâtres Marigny et Édouard-VII, où étaient enregistrées en alternance les pièces pour la télévision, n’ont pas connu la crise grâce à cette émission.

Avec Robert Manuel. Il a monté 50 pièces mais n'a confié le premier rôle que deux fois à sa femme Claudine Coster.
Avec Robert Manuel. Il a monté 50 pièces mais n'a confié le premier rôle que deux fois à sa femme Claudine Coster.

« Cette belle aventure a permis de programmer à Marigny des textes audacieux et de donner leur chance à de jeunes auteurs. Les décors étaient conçus au début dans deux loges transformées en atelier. Ensuite, Roger Harth manquant de place, les faisait réaliser dans ses ateliers d’Anet, en Eure-et-Loir. Les répétitions se déroulaient dans le foyer des artistes. Bientôt, on a embauché un créateur de costumes, c’est comme ça que nous avons vu arriver Donald Cardwell, un Américain très mystérieux. Je dois être l’une des rares à pouvoir montrer sa photo ! Il employait quatre couturières à temps plein. C’était devenu une vraie entreprise. »

Les plus grands y ont joué les classiques du théâtre de boulevard. Ainsi Jacqueline Maillan excellait dans les pièces de Georges Feydeau, avec ses complices Jean Poiret et Michel Serrault. « J’ai gardé le souvenir des répétitions et de l’enregistrement de Kean avec Jean-Paul Belmondo, un amour ! Il chahutait comme un gosse. Un jour, avec Michel Beaune, ils ont réussi à défoncer la porte d’une loge ! », nous a encore confié Claudine Coster qui n’a, pour sa part, joué un premier rôle que deux fois pour l’émission, dans La manière forte et La prétentaine.

« Je n’aimais pas être dirigée par Papa, nous a-t-elle aussi raconté. Et lui-même n’y tenait pas non plus : il disait que j’étais trop capricieuse, que j’arrivais toujours en retard aux répétitions – ce qu’il ne supportait pas – et que j’étais trop rebelle ! » Au théâtre ce soir ne passait que des reprises qui avaient eu du succès, la plupart du temps du boulevard. La critique a toujours été cruelle avec cet art populaire.

En 1982, Jacques Boutet, alors PDG de TF1, a décidé d’arrêter le concept, pour sacrifier à la mode, même si l’émission 
dura trois ans de plus grâce aux enregistrements bouclés à l’avance. On dit que cette décision a été prise sur l’intervention de Roger Hanin, le beau-frère du président. Robert Manuel lui aurait refusé un rôle, ce qui l’aurait fort contrarié. Dommage, il n’était pas si nul que cela, le théâtre de Papa !

Dominique Préhu
Photo : Jérôme Mars

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