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Clint Eastwood : “Je suis un cow-boy végétarien !”

Publié le 1 juillet 2014

Clint Eastwood logoAlors que son film, “Jersey Boys”, sur un groupe musical qui connut le succès dans les années 60, est en salles, nous avons rencontré l’un des � derniers géants � d’Hollywood.

On parle d’une époque que les moins de 50 ans n’ont pas connue. Celle de Frankie Valli & The Four Seasons, un groupe américain qui fit souffler un vent nouveau sur les ondes des radios dans les sixties. Quatre garçons d’origine modeste, à qui Clint Eastwood rend aujourd’hui hommage dans un biopic. L’occasion de rencontrer l’un des derniers géants d’Hollywood !

Clint 1 EastwoodFrance Dimanche (F.D.) : Vous venez de fêter vos 84 printemps ! Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?

Clint Eastwood (C.E.) : L’intérêt pour le travail, être absorbé par un projet. À partir du moment où l’on ne ressent plus d’excitation, il faut faire autre chose. Mon secret, c’est que je ne laisse jamais le vieux qui est en moi prendre le dessus ! (Rires.)

F.D. : La retraite n’est donc pas à l’ordre du jour ?

C.E. : Pour faire quoi ? Jouer au golf ? Peindre ? Moi, je suis acteur et réalisateur, c’est ce que j’aime faire. Tant que des projets me botteront et que des gens voudront bien de moi, je ne vois pas pourquoi je m’arrêterais ! John Huston a continué de tourner cloué dans un fauteuil roulant, avec une bouteille d’oxygène parce qu’il respirait difficilement. Sachant que le réalisateur portugais Manoel de Oliveira, qui a 105 ans, dirige encore des acteurs, je me dis que j’ai de la marge ! (Rires.)

Clint 5 EastwoodF.D. : Votre milieu social était des plus modestes. Vous avez même connu des privations, étant enfant. Cela vous a-t-il marqué dans votre relation avec l’argent ?

C.E. : Ça m’a poussé à devenir plus économe que n’importe qui. En embrassant la carrière d’acteur, j’ai tout de suite pigé qu’il fallait mettre des sous sur mon compte épargne. Au cas où… D’ailleurs, Cornel Wilde, le premier comédien que j’ai rencontré, m’a un jour déclaré : « Mets ton fric de côté, petit. Cela t’évitera de tourner toutes les merdes qu’on voudra t’imposer ! » J’ai suivi ce conseil à la lettre !

F.D. : Vous souvenez-vous du montant de votre premier cachet ?

C.E. : Oui, 75 dollars la semaine ! J’étais alors sous contrat avec Universal. Mes débuts d’acteur ont été difficiles ! Ce qu’il y a de plus dur dans ce métier, c’est de vivre au quotidien avec l’humiliation. Croyez-moi, j’ai vraiment galéré. Je me revois participant à un casting. On me dévisageait sans même m’adresser la parole. À la fin, on m’a dit : « C’est bon ! Vous pouvez rentrer chez vous ! » Lorsqu’on vous sort ça, vous comprenez alors que vous n’êtes pas l’acteur qu’on recherche, mais on ne vous dit pas pourquoi. L’humiliation laisse alors la place à la frustration…

Clint 2 EastwoodF.D. : On a le sentiment que, dans vos films, vous aimez aller à contre-courant des modes cinématographiques.

C.E. : Quand j’ai commencé dans ce métier, on m’avait prédit que je n’irais nulle part. Or les films qui m’ont vraiment fait démarrer, Pour une poignée de dollars, par exemple, allaient justement contre la mode ! J’ai toujours essayé de raconter des histoires différentes. J’aurais pu rester en Italie et tourner vingt-cinq westerns-spaghettis. J’aurais pu également rester aux États-Unis et refaire les mêmes polars jusqu’à plus soif. Mais le public se serait emmerdé, à la longue. Et moi aussi…

F.D. : Comment vivez-vous votre célibat ? [En août dernier, Dina, son épouse depuis 1996, a demandé le divorce, ndlr].

C.E. : Le célibat ? Pfft ! J’ai tellement travaillé l’année dernière que je n’ai pas du tout eu le temps d’y penser. Je viens d’enchaîner deux films, bouclant le second il y a quelques jours à peine. Depuis Rawhide, en 1959, je suis très occupé. Ça m’a permis d’avoir une carrière bien remplie !

F.D. : Quels peuvent bien être les vices de Clint Eastwood ?

C.E. : J’en ai sûrement beaucoup, mais je ne vais certainement pas vous en parler ici ! (Rires.) J’apprécie un bon verre de vin de temps en temps, mais à ce point-ci de ma vie, je ne bois jamais de manière excessive. Quand j’étais plus jeune, ça a bien dû m’arriver une ou deux fois… J’essaie toujours de rester raisonnable. Je n’ai jamais fumé, sauf quand on me le demandait pour un rôle. À part ça, je m’efforce de manger le plus sainement possible. La médecine, la diététique, les effets des aliments que nous absorbons ont d’ailleurs été quelques-unes de mes passions pendant un temps. J’ai même pris des cours à l’université de New York. Un de mes amis scientifiques m’avait enseigné pas mal de choses sur les régimes. Je me souviens qu’il m’avait même exposé toute une thèse sur les vertus de l’alimentation des animaux herbivores, opposée à celle des animaux carnivores ! C’était fascinant. Depuis, je suis devenu un cow-boy végétarien !

F.D. : Pensez-vous être un meilleur père aujourd’hui que dans votre jeunesse ?

C.E. : Sans aucun doute ! À l’époque, je travaillais tout le temps dans le monde entier, je courais toujours après mes objectifs et, une fois que je les avais atteints, je m’engageais dans d’autres aventures. Aujourd’hui, ma fille passe avant tout le reste. J’ai été à nouveau confronté à la paternité à un âge où un homme songe plutôt à s’installer dans une chaise longue afin de contempler tranquillement un coucher de soleil ! Lorsque vous êtes jeune, vous devez enchaîner film sur film pour vous bâtir un nom et une réputation. Vous êtes obsédé par la réussite. Alors, forcément, vous n’êtes pas disponible pour élever des enfants.

Clint 4 EastwoodF.D. : Est-il vrai que c’est grâce à une bourse de l’armée que vous avez pu faire des études ?

C.E. : Oui ! Grâce au GI Bill. Je touchais 110 dollars par mois, ce qui n’était pas énorme, mais me permettait quand même de vivre. J’essayais d’entrer à l’université de Seattle, dans le programme de musique, quand j’ai été appelé sous les drapeaux. J’étais basé dans la région de San Francisco, parce que c’était là que je m’étais enrôlé. J’ai été envoyé à Fort Ord, en Californie, ce qui m’a permis de découvrir la péninsule de Monterey. J’ai suivi là-bas un entraînement militaire de base, et ensuite je suis entré dans le corps enseignant de l’armée. J’ai d’abord dirigé le programme de natation, après j’ai été remplaçant du professeur d’histoire militaire, puis j’ai enseigné l’histoire des décorations et des blasons, et j’ai eu la chance de ne jamais être envoyé au front. Quand j’ai quitté l’armée, je suis allé à l’université pendant un ou deux ans et ensuite j’ai décidé de devenir acteur, au grand dam de mon père, qui ne voyait pas ça d’un très bon œil. À la fin des années 50, j’ai obtenu mon premier rôle sérieux dans une série et je n’ai pas arrêté de travailler depuis…

F.D. : Vous avez grandi pendant la Grande Dépression. Que pensez-vous de la situation économique dans laquelle se trouve le monde en ce moment ?

C.E. : Je suis effectivement né un an après le krach boursier de 1929 et j’ai toujours vu mes parents lutter pour survivre. Nous avons déménagé de ville en ville pour qu’ils puissent trouver du travail, mais à l’époque, les mentalités étaient très différentes. Les gens ne faisaient pas la manche dans la rue pour quémander de l’argent. Ils demandaient plutôt à manger. Je me souviens d’un soir où des hommes dans le besoin étaient venus toquer à la porte de la maison. Ma mère leur a ouvert, et l’un d’eux lui a proposé d’empiler le bois qui se trouvait dans le jardin en échange d’un sandwich. C’était vraiment la crise. Aujourd’hui, la presse et les médias claironnent que nous vivons la pire crise économique de tous les temps, mais il y a beaucoup plus de protection sociale qu’à mon époque. Tout le monde parle des problèmes liés aux cartes de crédit, mais, de mon temps, cela n’existait pas ! Tout se payait en espèces. Si vous vouliez mettre de l’essence dans votre voiture, vous sortiez vos trois billets d’un dollar, un point c’est tout ! On n’avait pas ce rectangle de plastique qui vous fait perdre la valeur et la notion de l’argent !

Franck Rousseau

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