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Coluche : Il déclenche la guerre à l'école !

Publié le 27 octobre 2006

Vingt ans après sa mort, l'humoriste Coluche suscite encore des polémiques... La directrice du collège a voulu rendre hommage au fondateur des "Restos du cœur".Vingt ans après sa mort, l'humoriste Coluche suscite encore des polémiques... La directrice du collège a voulu rendre hommage au fondateur des "Restos du cœur".

Véronique Colucci, veuve de Coluche, sera très attendue le 7 novembre à Rougemont-le-Château, près de Belfort. Ce jour-là, le collège du chef-lieu portera officiellement le nom de Michel Colucci, plus connu sous le nom de Coluche.

Rien d'étonnant à ce que cette information divise la population locale, et la France entière d'ailleurs, depuis que PPDA s'est fait l'écho de l'affaire au 20 heures. C'est bien la première fois que l'on baptise un collège du nom d'un comique ! Du jamais vu dans le monde de l'Éducation nationale...

->Voir aussi - Coluche : "15 jours avant le drame, il était terriblement angoissé"

Polémique

Or l'instigatrice de «l'affaire du collège Colucci» n'est autre que madame la principale, soit Véronique Loiseau, à la tête de cet établissement scolaire comptant près de 300 élèves. Le collège étant resté sans nom depuis sa construction, qui remonte aux années 60, décision fut prise de lui en donner un.

Pour ce faire, madame la principale a pimenté un peu la démarche. D'abord, elle a permis aux élèves de 10 ans de prendre part au scrutin. Ensuite, elle a inclus à la liste des noms retenus, parmi lesquels figuraient Émile Zola et Jacques Prévert, celui de Michel Colucci, alias Coluche.

«Donner le droit de vote aux élèves est une idée dont je suis très fière, nous a-t-elle expliqué. Pour avoir enseigné dans des établissements difficiles, je sais qu'il est important de responsabiliser les jeunes. C'est dès le plus jeune âge, en les faisant participer à un scrutin, qu'on les exerce à la citoyenneté !»

Coup de gueule

Elle refuse aussi de céder aux détracteurs de Coluche : «Quant à Michel Colucci, si son nom a été retenu, ce n'est bien sûr pas en tant que comique, mais parce qu'il a mis en relief des réalités françaises : le racisme, la misère, la télévision poubelle. C'est le créateur des "Restos du cœur" que nous avons voulu honorer.» Celui-là même qui a donné son nom à l'amendement «Coluche», voté par le Parlement.

Cet amendement porte le taux de réduction fiscale à 66 % pour les dons au profit d'organismes à but non lucratif, qui procèdent à la fourniture gratuite de repas à des personnes en difficulté ou qui contribuent à favoriser leur logement.

Un avis que monsieur le maire, Michel Berné, ne partage pas du tout. «C'est parfait de donner enfin un nom au collège... Mais pas dans ces conditions et surtout, pas celui de Coluche !, précise-t-il. Le conseil général ayant entériné ce choix, je n'ai pas à le contester, mais j'ai le droit de pousser un coup de gueule. Je peux d'ores et déjà vous annoncer que le 7 novembre, il ne sera pas question pour moi d'assister à l'inauguration. D'abord parce que je n'ai pas apprécié de ne recevoir qu'un seul bulletin de vote de la part de Mme Loiseau, pour les conseillers de la mairie et moi-même, alors qu'elle a donné le droit de vote à des enfants de 10 ans. C'est d'ailleurs grâce à cette participation des enfants au scrutin que Coluche a obtenu tenu 125 voix sur les 322 votants, devançant largement notre candidat préféré au conseil municipal : Émile Keller, député du Haut-Rhin puis du territoire de Belfort de 1859 à 1889, qui s'est battu toute sa vie pour que les enfants ne travaillent plus le dimanche et qui fit construire un orphelinat.»

En clair, si aux yeux de monsieur le maire, Michel Colucci était un homme très généreux, il trouve vraiment exagéré de baptiser un collège du nom d'un artiste qui a passé sa vie à malmener les institutions, et qui ne s'élevait ni contre l'alcool ni contre la drogue. Et Michel Berné d'ajouter : «Non vraiment, c'est trop. Comme me l'écrivait une mère de famille : "À quoi pensent éducateurs, parents et enseignants ? Coluche ? Bon cœur peut-être, mais vulgaire sûrement, et se moquant de toutes nos institutions..."»

Un avis majoritairement partagé au café du village, Le Cheval Blanc, où Virginie, la patronne, a fait voter ses clients pour France Dimanche : 4 «contre », 3 «pour» ! Et vous, au fait ? Pour ou contre ?

Gérard Gilbert

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