France Dimanche > Actualités > Coluche : "Quinze jours avant le drame, il était terriblement angoissé"

Actualités

Coluche : "Quinze jours avant le drame, il était terriblement angoissé"

Publié le 16 juin 2006

Vingt ans après la mort du comique Coluche, Michel Parravano, un de ses proches, nous parle de son amiVingt ans après la mort du comique Coluche, Michel Parravano, un de ses proches, nous parle de son ami

Vingt ans ! Vingt ans déjà que Coluche nous a quittés à cause de ce putain de camion... Amuseur n° 1 des Français et candidat à l'élection présidentielle, Coluche aura marqué son époque.

À l'occasion du triste anniversaire de sa disparition, son ami Michel Parravano a bien voulu confier aux lecteurs de France Dimanche quelques souvenirs de ce pote, à tout jamais ancrés dans sa mémoire...

->Voir aussi - Coluche : C'était l'histoire d'un mec fâché avec l'orthographe

France Dimanche (F.D.) : Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Coluche ?

Michel Parravano (M.P.) : Je travaillais à l'époque dans une menuiserie, la maison Saint Charles. Cela remonte à une bonne trentaine d'années. Coluche était une très grande vedette. Je savais qu'il était notre voisin, dans ce quartier du parc Montsouris. Vous voyez ce chèque de 1.800 francs ? Il correspond à un travail que j'avais effectué chez lui, un espace dans une chambre transformée en petit théâtre... Ce chèque n'a jamais été encaissé... Coluche, client chez nous, vous vous rendez compte ?

F.D. : Faisait-il appel régulièrement à vos services, lui qui avait la réputation de ne pas être très bricoleur ?

M.P. : Oui. Que ce soit pour l'installation d'un podium à l'arrière de son garage afin de roder ses sketches ou pour l'aménagement d'un studio d'enregistrement... Il souhaitait n'être servi que par moi...

F.D. : Pour ces travaux, jouait-il de sa notoriété ?

M.P. : Il voulait tout, et tout de suite ! Comme un enfant... Il arrivait quelquefois que certains matériaux manquent. Je voyais bien qu'il était déçu et, par jeu, il mettait en avant son mauvais caractère. Cela ne durait jamais bien longtemps car je lui expliquais, jusque dans les moindres détails, pourquoi les pièces n'arrivaient que le lendemain... Il était tout le contraire d'une grande gueule. Une confidence : quand nous allions chez lui, il valait mieux y aller avant 13 h 30 car, passé cette heure, Coluche nous offrait l'apéritif puis nous gardait à déjeuner.

F.D. : Son regard mélancolique, cet air de clown un peu triste, l'avait-il souvent ?

M.P. : Vous voyez ce tableau le représentant, peint par une amie commune et qu'il m'a offert ? Il porte la nostalgie en lui, une tristesse accentuée par le doute et l'angoisse qui le caractérisaient si bien...

F.D. : Pouvait-il, comme son grand copain Serge Gainsbourg, faire preuve de générosité extrême ?

M.P. : Deux exemples : les SDF du quartier savaient qu'une boîte à chaussures contenant de nombreux billets de 50 francs se trouvait dans un endroit bien défini, sous les marches de l'escalier. Cet argent était pour eux. Jamais un SDF n'a pris plus d'un billet... C'était un pacte entre Coluche et eux. L'autre exemple, c'est que Coluche nourrissait tous les chats du quartier. Je ne comptais plus les boîtes ou les aliments frais mis à disposition de ces charmants félins...

F.D. : Vous avez été voisins et amis pendant douze ans. Au quotidien, comment se comportait-il ?

M.P. : Écoutez, il n'y avait pas plus simple que lui. Il répondait à mes saluts par un sourire timide, gêné de devenir soudain un centre d'intérêt. Il faisait lui-même ses courses dans le quartier et s'attardait longtemps au Paquebot Normandie, un magasin de jouets où il venait avec ses deux fils, Marius et Romain. Il ne regardait jamais à la dépense. Ses enfants choisissaient ce qu'ils voulaient, le plus souvent des voitures radiocommandées, des circuits 24 ou des motos miniatures... Coluche, c'était un vrai môme devant un étalage de jouets ! Il était un très bon père de famille, à la fois réservé et timide.

F.D. : Vous qui l'avez côtoyé souvent, était-il le même à la fin de sa vie ?

M.P. : Quinze jours avant le drame, il m'est apparu angoissé, soucieux comme s'il sentait quelque chose de terrible arriver... Il était devenu plus grave, moins drôle... Je ne sais pas comment l'expliquer mais quinze jours après, il disparaissait tragiquement dans les conditions qu l'on sait !

F.D. : Aujourd'hui, le fondateur des Restos du Cœur n'est plus. Pour vous, ce vide n'a jamais été comblé ?

M.P. : Non, jamais. Ce qui me reste de lui, en plus du temps passé à ses côtés, c'est le souvenir d'un homme qui avait des dizaines de projets dans la tête et qui ne pensait qu'à ça. Vous voyez ce disque 33 tours ? C'est le dernier enregistrement des sketches de Coluche, qu'il devait interpréter sur la scène du Zénith, en septembre 1986. Cet enregistrement a pu être réalisé à partir de bandes de travail. Ce 33 tours, c'est son testament!

Bernard Moncel

À découvrir