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Corbier : “Je m’en foutais de faire de la télé !”

Publié le 7 mars 2018

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Un documentaire revient sur le parcours chaotique de François Corbier, le complice de Dorothée.

Après la diffusion du documentaire Corbier, des traces dans la mémoire des masses, le chansonnier au sourire malicieux a commenté son parcours pour France Dimanche. François Corbier (Alain Roux de son vrai nom) vient de fêter ses 73 ans et a repris le chemin de la scène avec de nouvelles chansons.

France Dimanche : Vous avez découvert ce film réalisé par Félix Létot en même temps que le public ?

François Corbier : Je ne l’avais pas encore vu. J’ai ri et j’ai aussi pleuré. Pour l’instant, il passe en exclusivité au cinéma Saint-André-des-Arts, à Paris.

F.D. : Le témoignage de votre frère, Jean-Pierre Roux, révèle que vous avez beaucoup souffert pendant votre enfance.

F.C. : Quand mon père est mort à 27 ans, j’avais 2 ans et demi. En dehors de mon frère, je n’ai plus de famille. Ma petite enfance a été douloureuse, les coups de ma mère tombaient très vite. Mon grand-père était toujours ivre, et ma grand-mère pleurait son fils disparu. Maman avait 29 ans quand elle a perdu son mari. De culture flamande, elle lisait et parlait très bien le français, mais ne savait pas l’écrire. Elle s’est débrouillée comme elle pouvait, la pauvre. Elle faisait des ménages et a élevé ses deux gamins dans un quasi-taudis, à la Bastille, au-dessus de la brasserie Bofinger. Et comme je devais être un peu turbulent, je prenais beaucoup de beignes. Je n’en parle pas dans le film, mais le plus dur, c’est le jour où elle est passée par la fenêtre pour monter sur le toit et m’a dit : « Si tu ne dis pas la vérité, je vais sauter. » J’avais 7 ou 8 ans, je l’ai vue risquer de se suicider devant moi.


F.D. : Vous étiez chansonnier bien avant de rejoindre l’équipe de Dorothée.

F.C. : Lorsque Jacqueline Joubert vient au Caveau de la République, je sors de scène et elle me dit : « Voulez-vous présenter des émissions avec Dorothée ? » Je ne m’y attends pas du tout, je ne sais même pas qui elle est. J’accepte et je me retrouve à faire de la télévision sans l’avoir demandé, et surtout en m’en foutant complètement. ça ne m’intéressait pas, c’était un moyen de gagner ma vie. C’est pour cela que j’avais demandé à mon fils Wilfried de ne pas en parler, je pensais que cela pouvait s’arrêter du jour au lendemain.

F.D. : Il raconte une anecdote amusante…

F.C. : J’étais déjà à la télé depuis longtemps, quand il a reçu des amis chez lui. Étonnés devant un grand poster de moi, que j’avais dédicacé sans préciser « pour mon fils chéri », ils lui ont demandé : « Tu connais Corbier ? »

F.D. : Lors de la dernière émission du Club Dorothée, le 29 août 1997, tous les animateurs pleuraient.

F.C. : Beaucoup de gens me parlent de cette émission, et j’ai toujours essayé d’éviter de la voir. Tout à l’heure, en regardant l’extrait, j’ai pleuré. Comme je l’explique dans le film, j’étais déjà parti depuis un an, et je savais que c’était fini pour moi. Je n’avais pas de boulot, et je savais que personne ne me reprendrait. J’avais arrêté volontairement, parce que je ne voulais pas que les gens me détestent. Je recevais des bouteilles sur le coin de la tête. Et puis, les dirigeants de TF1 m’avaient demandé de raser ma barbe, pour me dire ensuite que j’étais mieux avec. Jacky en parle très bien dans le film. On n’était plus aimés de nos diffuseurs, et notre patron, Jean-Luc Azoulay, avait d’autres projets. À l’époque, j’ai souvent entendu cette phrase terrible : « Vous faites chier à abrutir des générations de mômes ! »

F.D. : C’est le public qui vous injuriait ?

F.C. : Oui. Les gamins grandissent, et ils brûlent ce qu’ils ont adoré. C’est comme ça, c’est normal. Moi, je veux qu’on m’aime. J’accepte de ne pas gagner de fric, mais je tiens au respect. Il a fallu attendre des années avant que les gens m’apprécient à nouveau. Ce fut très long.

F.D. : Combien d’années exactement ?

F.C. : On m’aime à nouveau depuis environ huit ans. J’ai connu une dizaine d’années de galère et j’ai failli finir clochard. J’ai vendu ma maison en banlieue, pour en acheter une autre en Normandie. Mais, à la suite de la tempête de 1999, le toit s’est envolé. On a dû installer des bâches, l’humidité s’est infiltrée partout. J’ai attendu plusieurs années avant de réparer, car l’assurance a refusé de nous aider. J’en ai profité pour écrire des chansons, des nouvelles et des romans.

F.D. : Avez-vous été publié ?

F.C. : Mon livre de mémoires, Vous étiez dans Dorothée ?, est sorti aux éditions Mille plumes. Mes chansons flash, le Bichebochien, dont on parle dans le film, est publié aux Petits Efcé, puis j’ai rédigé Mon journal secret, chez De Varly.

F.D. : Dans le film, on apprend que vous avez rencontré Georges Brassens. Vous l’avez bien connu ?

F.C. : Non, c’est ça qui est amusant. Quand j’avais 17 ans, je suis allé le voir avec mon frère, et on l’a emmerdé dans sa loge. On lui a chanté trois chansons flash, et il s’est marré. Mon frère m’avait dit : « On va lui demander son avis, il a l’air sympa. » Brassens nous a conseillé de continuer et a demandé : « Est-ce que vous voulez faire un disque ? » J’ai répondu : « Maman voudra pas ! » Il a très vite compris qu’il avait devant lui un gamin qui ne connaissait rien à ce métier.

F.D. : Avez-vous des projets ?

F.C. : Si j’étais plus jeune et en bonne santé, je serais venu vous voir dans votre garçonnière ! [rires] Je suis en train de préparer un nouveau disque, avec mes copains musiciens, Éric Gombart et Patrick Balbin. Pour moi, un chansonnier s’exprime en vers et en musique. Je n’ai pas les moyens d’acheter une salle, mais si vous me louiez l’Olympia, je ne vous dirais pas non !

F.D. : Votre santé est-elle préoccupante ?

F.C. : J’ai été opéré plusieurs fois pour des problèmes graves.

F.D. : Vos textes sont drôles, et vous défendez aussi vos idées.

F.C. : Oui, j’ai dans le collimateur les pédophiles, les gens du Front national, et tous ceux qui ne connaissent rien aux pauvres gens et s’imaginent qu’avec des idées à la con, ils vont améliorer le monde.

F.D. : Vous étiez très ému par la présence de Dorothée et d’Ariane, venues voir le documentaire.

F.C. : C’est vrai. J’ai partagé la vie de Dorothée, d’Ariane et de Jacky pendant quinze ans, ça crée des liens. Nous sommes restés amis, mais on ne se voit pas souvent.

Anita BUTTEZ

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