France Dimanche > Actualités > Corinne Masiero : Son bouleversant secret de famille !

Actualités

Corinne Masiero : Son bouleversant secret de famille !

Publié le 4 février 2019

La Roubaisienne Corinne Masiero a connu la rue, la drogue, la prostitution, pour oublier sa douloureuse enfance et fuir des parents terribles.

Depuis le 9 janvier, elle est à l’affiche des Invisibles, un film de Louis-Julien Petit dans lequel elle incarne Manu, directrice d’un centre d’accueil menacé de fermeture, qui n’a que trois mois pour réinsérer les sans-abri dont elle s’occupe. Et, une fois de plus, Corinne Masiero est plus vraie que nature dans ce nouveau rôle qui lui tient particulièrement à cœur… et pour cause !

En effet, avant de connaître la consécration d’abord avec le merveilleux Louise Wimmer de Cyril Mennegun, qui lui vaudra en 2013 d’être nommée au César de la meilleure actrice, puis avec la série Capitaine Marleau de Josée Dayan, que vous êtes à ce jour plus de 7 millions à suivre sur France 3, la comédienne a mangé son pain noir. La rue, elle la connaît pour y avoir dormi, fait la manche, vendu son corps. C’est en lisant l’histoire d’un drogué, que cette fille d’un moniteur d’auto-école et d’une femme de ménage à Roubaix, décide de s’initier aux paradis artificiels.

Elle a 15 ans. Héroïne, cocaïne, acides, tout est bon pour échapper à une vie de famille marquée par la violence et l’absence de communication. « J’ai été toxico une dizaine d’années à partir de 15 ans. Le problème, ce n’est pas de décrocher, mais de résoudre pourquoi tu prends de l’héroïne. Moi, ça vient des trucs de l’enfance, mais je ne veux pas parler de ma famille, je ne les vois plus depuis longtemps », vient de confier la comédienne au Parisien. De son enfance dévastée par le manque d’amour et la brutalité, elle ne dit mot, préférant enfouir cette souffrance indicible au plus profond d’elle, tel un terrible secret. Très vite, elle quitte l’enfer du foyer parental et se débrouille tant bien que mal pour subvenir à ses besoins. C’est-à-dire payer sa dose de poudre quotidienne. « Je faisais des tapins à la sauvette quand j’avais besoin d’argent. Sinon, je dormais dans un recoin de vitrine, un parc, un garage, un squat… ou dans un bureau que je nettoyais la journée », raconte-t-elle encore.


Celle qui, gamine, avait dû abandonner son rêve de devenir danseuse, cassée par une professeure qui la jugeait « trop grande » trouve, par le plus grand des hasards, à 28 ans, sa planche de salut. Venue prêter main-forte à des copains comédiens qui montaient leur décor, elle se fait gentiment interpeller par la metteuse en scène : « Venez faire l’exercice avec nous : traversez le plateau, faites un geste et dites ce que vous voulez. » En deux minutes, Corinne, qui a choisi de lacer ses chaussures en s’exprimant par onomatopées, conquiert tout le monde. Et surtout commence à se regarder différemment. Sur les planches, notamment avec la compagnie Collectif Organum, elle trouve enfin le sens qui faisait cruellement défaut à sa vie… 

En 1993, le cinéma, par l’intermédiaire de Claude Berri qui lui propose un petit rôle dans Germinal, lui ouvre une brèche. Son physique particulier, son accent ch’ti, son côté brut de décoffrage, cette façon de dire ce qu’elle pense, bref tout ce qui lui était reproché plus jeune fait désormais sa force. Elle tranche, détonne, étonne et se fait remarquer par de nombreux réalisateurs… avec le succès que l’on sait.


Loin de lui tourner la tête, cette carrière éblouissante ne lui a pas fait oublier ses années de galère. Si aujourd’hui, à 54 ans, elle vivrait très correctement de ses cachets, Corinne n’en est pas moins restée une femme simple et engagée. Elle habite toujours Roubaix, avec l’homme de sa vie, qu’elle a rencontré il y a seize ans, et demeure très sensible au sort des moins chanceux. Marraine de l’association Miaa qui vient en aide aux sans-abri, Corinne, qui ne se revendique d’aucun parti, avoue tout de même avoir fait la campagne municipale dans sa ville, en 2014 sur la liste du Front de gauche. Et, plus récemment, elle a participé à plusieurs manifestations des « gilets jaunes ».

Il y a quelques années, elle découvre Une vie bien rEnger, biographie d’une certaine Adolpha Van Meeraeghe, sorte de Germinal des temps modernes. « La vie d’Adolpha, c’est des tartines de merde triple étage ! Cette nana, elle a connu la rue, l’inceste, la violence familiale, conjugale, le meurtre… mais elle est tout le temps en train de se marrer », raconte Corinne, toujours dans Le Parisien. Bouleversée par cette lecture, elle demande alors à rencontrer l’auteure, qui devient très vite une amie… et une partenaire puisque cette Lilloise à l’humour décapant, est, elle aussi, à l’affiche des Invisibles. Un film à l’image de ses interprètes, drôle et profond.

Et quid du Capitaine Marleau ? Ras-surez-vous, cet attachant personnage a encore de beaux jours devant lui. Corinne, très accro à ce rôle et à la liberté d’improviser que lui laisse Josée Dayan, vient d’attaquer le tournage d’un nouvel épisode avec Myriam Boyer et JoeyStarr. Ouf !

Lili CHABLIS

À découvrir