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Crash d'hélicoptères : Le frère de Florence Arthaud décide de porter plainte !

Publié le 2 avril 2015

Hubert Arthaud a décidé de porter plainte contre la production de Dropped, estimant que la sécurité avait été négligée au profit de la prise d'images. La production répond.

Après la douleur et le deuil, le temps des questions. Hubert Arthaud souhaite que toute la lumière soit faite sur le crash d'hélicoptères survenu le 9 mars dernier, dans lequel sa sœur Florence, ainsi que neuf autres personnes, ont perdu la vie. Le frère de la navigatrice a décidé de se constituer partie civile. C'est en tout cas ce qu'il a annoncé ce mercredi 1er avril à Nice Matin et sur les ondes de BFM TV, deux jours après les obsèques de sa sœur à Paris. Son objectif ? Que les responsabilités de chacun dans l'accident soient clairement établies, notamment sur certaines décisions de la société de production de Dropped.

On a privilégié l'image à la sécurité

Pour le frère de Florence Arthaud, dont la disparition a profondément choqué le monde sportif, la société de production est en grande partie responsable du drame de la Rioja. "On a privilégié l'image à la sécurité", a-t-il estimé. Ancien pilote de son état, Hubert Arthaud a relevé plusieurs négligences qui viennent selon lui corroborer sa théorie. Tout d'abord, le choix de placer un caméraman à la place du copilote au mépris de toutes les règles de sécurité. "Dans un hélicoptère vous avez une vision à 180°. Sauf que, quand vous avez un cameraman qui sort le corps pour filmer et qui ne peut pas juger la distance, car il est derrière sa caméra et qu'il dit au pilote "Vite vite vite il faut y aller", arrive alors le crash du côté cameraman", a jugé Hubert, reconstituant la scène.

Camille Muffat, Alexis Vastine et Florence Arthaud ont péri dans un accident d'hélicoptère
Camille Muffat, Alexis Vastine et Florence Arthaud ont péri dans un accident d'hélicoptère

Le frère de la "petite fiancée de l'Atlantique" reproche également à la production le choix des pilotes, qui avaient été employés sur place, en Argentine. De nouveau dans une logique de rationalisation budgétaire. "Pour ce genre d'émissions ou comme pour le tournage du rallye Paris-Dakar, on prend normalement des pilotes d'hélicoptères chez Héli Union, à Paris, qui sont habitués à la problématique de vol en tandem et de prises d'images si particulières", a-t-il déploré.

Des vies sacrifiées pour une chasse à l'image

Le 20 mars dernier, Hubert Arthaud avait déjà fustigé les choix de la production, au micro de BFM TV. "On est dans une chasse à l'image, on a complétement zappé les règles de sécurité, avec un vol désorganisé", avait-il avancé, ajoutant avoir "l'intime conviction que la production n'a pas fait de briefing de sécurité". "La sécurité n'a pas été mise au premier plan. Des vies ont été bêtement sacrifiées pour une chasse à l'image, et ils le savent très bien", avait-il également confié au Parisien à cette même date.

Ce n'est pas le seul à reprocher à la production de l'émission d'aventure son inertie et son manque de réaction face au drame. Le père du boxeur Alexis Vastine avait lui aussi regretté que la société ne se soit pas plus rapprochée des familles des disparus après l'accident.

Une instruction judiciaire, actuellement menée au parquet de Paris, devrait apporter sous peu des premières réponses.

Raphaël Marchal

La réponse de la production :

Paris, le 2 Avril 2015

Je comprends la douleur de Monsieur Hubert Arthaud que toutes les équipes d’ALP partagent.

Cependant, la douleur doit s’inscrire dans une recherche fidèle de la vérité et ne doit pas permettre d’accuser de façon indigne et mensongère. C’est pourquoi je me dois de répondre.

- M. Hubert Arthaud affirme : « Les hélicoptères décollent quasiment simultanément », ce qui constituerait selon lui un grave manquement aux règles de sécurité.

C’est faux, les hélicoptères ont décollé à 47 secondes d’intervalle.

- M. Hubert Arthaud affirme : « on a décidé d’économiser sur le poste hélicoptères et pilotes ».

C’est faux, les hélicoptères ont bien été loués à un prestataire argentin, conformément au prix du marché et ces hélicoptères sont les meilleurs au monde pour voler dans ce type d’environnement.

- M. Hubert Arthaud affirme : « ALP a délibérément remplacé le copilote par un caméraman ».

C’est faux, puisque c’est le pilote, commandant de bord, qui décide seul de la présence ou non d’un deuxième pilote. ALP n’a jamais formulé une telle demande au pilote.

- M. Hubert Arthaud affirme : « La vision du pilote de l’hélicoptère des techniciens était complètement occultée par le caméraman à ses côtés ».

C’est faux, dans cet hélicoptère, le caméraman n’était pas à ses côtés mais à l’arrière et n’occultait pas la vision du pilote.

- M. Hubert Arthaud affirme : « ce qui me dérange plus, c’est qu’il y a 2 pilotes qu’ALP ne connaît pas ».

C’est faux, un pilote avait assuré des repérages pour ALP en août 2014, avec le même hélicoptère.

Ce pilote avait assuré les tournages de la même émission pour la Suède et la Norvège, sur la même zone, avec le même hélicoptère, en octobre et novembre 2014.

Les deux pilotes connaissaient parfaitement la région et ils étaient parmi les plus aguerris : 10 000 et 16 000 heures de vol, pilotes militaires, instructeurs de vol, pilotes des Présidents argentins, participation au Dakar.

- M. Hubert Arthaud affirme : « le producteur a fait le briefing de sécurité aux pilotes ».

C’est faux, le briefing de sécurité a été assuré par Juan Carlos Castillo, commandant de bord d’un des hélicoptères. Les deux pilotes ont mis au point et répété leur plan de vol avant le décollage. En aucun cas ALP n’a briefé les pilotes sur la sécurité des vols.

- M. Hubert Arthaud affirme : « L’hélicoptère des techniciens devait prendre des gros plans des sportifs dans le cadre d’une chasse à l’image ».

C’est faux, l’hélicoptère des techniciens devait prendre des plans larges. Les gros plans des sportifs étaient assurés par 2 caméras dédiées dans leur hélicoptère : une caméra au poing et une caméra GoPro.

Plus encore, je suis extrêmement choqué que Monsieur Hubert Arthaud prête des intentions et des propos à des victimes :

« J’imagine que le caméraman a dû dire « vite vite vite on va sur l’hélicoptère » et après il s’est passé ce qu’il s’est passé ».

Ces accusations graves sont une atteinte indécente à leur professionnalisme et à leur mémoire.

Une enquête préliminaire est en cours, qui évoluera vers une information judiciaire, comme c’est systématiquement le cas en matière d’accidents collectifs.

Comme toutes les familles de victimes, nous souhaitons que cette enquête, qui est conduite par les meilleurs experts aéronautiques, permette de comprendre les circonstances de l’accident.

Franck Firmin-Guion

Président

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