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Cyril Laffitau : “Johnny Hallyday faisait des cadeaux à tous ses amis !”

Publié le 7 juin 2018

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Ex-publicitaire, Cyril Laffitau nous raconte en exclusivité ses années d’amitié avec la rock star…

On croyait avoir tout entendu et tout vu de l’Idole des jeunes, décédée le 5 décembre dernier.

Mais celui qui fut l’un de ses intimes jusqu’à la fin des années 90 nous propose aujourd’hui de découvrir la star sous un nouvel angle : au travers des 172 photos privées publiées dans son ouvrage intitulé Dans l’intimité de Johnny et du DVD qui l’accompagne, il évoque son « pote » qui lui manque tant.

France Dimanche : Quel est votre métier ?

Cyril Laffitau : Je vous renvoie à ma fiche Wikipédia. Pour faire court, disons que j’ai travaillé dans la photo, la pub, le disque et à la télé !

FD : Vous avez produit des disques ?

CL : J’ai été le premier à faire du disco en France. Avant même Marc Cerrone ! C’était une époque où je sortais beaucoup, et j’ai proposé à Eddie Barclay de développer sa promotion Club. J’ai fait le VRP dans les boîtes de nuit parisiennes où j’ai vu le phénomène disco arriver. Jusqu’au jour où, en 1976, on m’a présenté un « Indien » venu du Canada, qui était choriste féminin dans son pays ! Un matin, il m’a joué un morceau sur lequel j’ai flashé. Je l’ai enregistré. Ce gars faisait tout sauf de la batterie. Un vrai tube disco ! Sonopresse était d’accord pour le produire à condition que « la fille soit mignonne ». N’ayant que mon « Indien » à montrer, j’ai demandé à une amie s’occupant d’une agence de mannequins de me trouver une fille sexy, et c’est comme ça que j’ai choisi Chantal Benoist, la Jennifer du tube Do it for me, future femme de Gérard Lanvin !

FD : Et comment avez-vous rencontré Johnny Hallyday ?

CL : La première fois que je lui ai parlé c’était en 1987-88 quand il sortait avec une de mes amies, la journaliste Gisèle Galante, fille d’Olivia de Havilland. Je travaillais alors chez CLM BBDO, une agence de publicité où je m’occupais de l’événementiel. J’associais des marques à des chanteurs, comme Chantal Goya avec Mamie Nova par exemple. Or, Chantal et Johnny avaient le même attaché de presse, Gill Paquet. Comme mon concept lui plaisait, j’ai eu l’idée de faire sponsoriser son spectacle par Nasa Electronics, le Darty de l’époque. Puis on s’est revus car il voulait faire de la pub.

FD : Laquelle ?

CL : Il enviait Eddy Mitchell qui jouait dans le spot des machines à laver Vedette. J’ai donc appelé des marques, comme les jeans Rica Lewis ou Harley-Davidson qui m’ont répondu qu’il était trop vieux. Il n’avait pas 50 ans ! Mais il était au creux de la vague. Et c’est en buvant chacun sept cafés au cours d’une discussion d’une heure, où il me parlait de ses passions, que j’ai eu l’idée de Legal ! Une marque de café à qui j’avais demandé de parrainer une soirée blanche de Barclay. Le slogan « Legal le goût » a fait un carton et une amitié est née.

FD : Avec pas mal d’argent à la clé…

CL : Oui, nous avons signé un contrat de 5 millions de francs. Mais Johnny le faisait plus pour l’image…

FD : Cela a marché tout de suite entre Johnny et vous ?

CL : Oui, très vite. D’autant que nous étions voisins quand il vivait villa Molitor, dans le xvie arrondissement de Paris. Nous avions les mêmes passions pour la bouffe et le cinéma. C’était la période des LaserDisc que l’on s’échangeait. On allait parfois au cinéma mais il n’aimait pas trop ça, car il était claustrophobe. Il fallait toujours qu’il soit assis au fond, du côté de l’allée, pas loin de la sortie ! Nous faisions aussi des concours de sauces piquantes. Lui m’en ramenait des États-Unis car c’était le seul endroit où il pouvait aller au supermarché ! Nous étions vraiment amis et j’étais le seul à l’engueuler, d’ailleurs !

FD : Et à le prendre en photo ?

CL : Oui, il avait bien sûr son photographe officiel, Tony Frank, mais moi, avec mon appareil qui ne me quittait pas, je prenais des clichés lors des anniversaires, ou en voyage, comme celui à New York avec Adeline. C’est moi qui les avais emmenés là-bas pour le salon du jouet, et Johnny est tombé en arrêt devant la poupée d’Elvis Presley. À notre retour, nous avons donné l’idée à Mattel France de commercialiser une poupée à son effigie.

FD : Il vous considérait comme un véritable ami ou un businessman ?

CL : Comment aurais-je pu prendre autant de photos sans être son ami ? Comme ces images de vacances à La Lorada près de Saint-Tropez, sur son bateau ! Dans ce livre figure une sélection de quinze albums photo personnels. Et sur le DVD, il y a 72 minutes sur 10 heures de vidéo existantes !

FD : Dont des photos intimes avec Læticia alors toute jeune…

CL : Oui, je me souviens quand Johnny m’a appelé de Floride pour m’en parler la première fois : « J’ai rencontré une fille formidable ! » Il est revenu à Paris et elle l’a suivi une semaine plus tard. « Tu te rends compte, elle n’a même pas voulu que je lui paye son billet d’avion ! », m’a-t-il dit, épaté. Elle avait marqué un point. Nous avions noué une belle amitié tous les quatre, avec ma femme. Partout où ils allaient, ils nous envoyaient une carte postale.

FD : Que s’est-il passé alors à la fin des années 90, épilogue de votre livre ? Est-ce la fin de votre amitié ?

CL : On s’est juste moins vus…

FD : Vous avez été écarté ?

CL : Non, mais c’est vrai qu’en passant chez Warner, l’ambiance est devenue plus… « américaine », autour de lui. Et de mon côté, je suis parti à l’étranger. Nous étions toujours en relation. Puis, il est allé vivre aux États-Unis.

FD : Quand l’avez-vous revu pour la dernière fois ?

CL : Au restaurant Le Murat, à Paris, il y a trois ans, je crois. Toujours blagueur, il m’a dit : « Tu sais que depuis que l’on s’est vus, j’ai eu deux filles ? ». « Ben oui, je lis les journaux ! », lui ai-je répondu. « Et tu sais que je ne suis pas le père ! »

FD : Il avait conservé son sens de l’humour ?

CL : Oui, il pouvait être très drôle, comme, par exemple, lorsqu’il prenait sa guitare pour imiter Brassens et chanter Le gorille ! Alors qu’aujourd’hui, certains cherchent à écorner son image, moi je veux montrer à travers ce livre un Johnny bienveillant, simple, gentil et généreux. Il faisait des cadeaux à tout le monde, des télés, des motos ! Je me souviens aussi que lorsque la chaîne La Cinq a fermé et que je me suis retrouvé à la rue, il a tout fait pour que je retrouve une place à la télé en téléphonant à toutes ses relations : Michel Drucker, Gérard Louvin, etc. Il m’a même invité à dîner chez lui avec Philippe Gildas et Maryse. Il voulait me faire engager à la place de Jérôme Bonaldi, le monsieur gadget de Nulle part ailleurs ! Pour l’occasion, il m’avait fait du homard, mon plat préféré, et a passé le dîner à vanter mes mérites. J’étais tellement touché que j’ai quitté la table pour pleurer !

FD : Il était très attentionné avec les autres…

CL : Oui, très. Notamment avec ses proches. Très respectueux. Je suis donc très heureux d’avoir publié cet album de famille car il montre un Johnny qui, à l’époque, était vraiment au top.

FD : Étiez-vous à ses obsèques ?

CL : Non. Depuis que j’ai perdu mon frère, je ne vais plus aux enterrements.

Yves QUITTE