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Dani : Une vie comme un toboggan !

Publié le 31 octobre 2016

Chanteuse, actrice, directrice d’une boîte de nuit, Dani a régné sur Paris dans les années 70. Avant de sombrer dans la drogue et de se relever en devenant � fleuriste…

En ce jour pluvieux de novembre, une jeune fille gravit d’un pas décidé les marches de l’hôtel particulier du rond-point des Champs-Élysées, l’adresse prestigieuse de la rédaction de Jours de France. Longiligne, les cheveux courts et la pommette saillante, Dani est bien décidée à conquérir Paris.

Sans rendez-vous, avec juste une bonne dose d’inconscience, elle demande à voir celui qui s’occupe du service photo. Après une heure d’attente, ce dernier finit par arriver. Il dévisage la jeune inconnue qui lui lance avec un accent du Sud à couper au couteau : « Je m’appelle Dani Graule, j’arrive de Perpignan et je voudrais faire des photos. »

Quinze jours plus tard, elle fait la une de l’hebdomadaire de Serge Dassault. Elle a gagné ses galons de mannequin et perdu son nom de famille. Dani vient de naître. Elle a 19 ans.

Farouche

Quelques décennies plus tard, la longue dame brune, dont le temps a fané la beauté éclatante sans réussir à estomper l’éclat sauvage du regard, vient d’écrire ses mémoires, La nuit ne dure pas (Flammarion). Mannequin, chanteuse, meneuse de revue, actrice, reine de la nuit, fleuriste… Dani a vécu plusieurs vies guidées par une seule volonté, rester assez libre pour se barrer quand elle se sentait entravée.

Reste qu’en ne suivant que ses envies et ses coups de cœur, la petite provinciale devient une des chanteuses yé-yé aimée du Tout-Paris au milieu des années 60, affichant devant tous cet air indompté et fier, cette beauté farouche et délibérément androgyne.

Avec des chansons comme Papa vient d’épouser la bonne, elle fait les premières parties d’Adamo, Julien Clerc ou Claude François, qui la sidère en cassant un miroir sur la tête de son assistant au prétexte qu’il ne le tenait pas droit !

Parallèlement à la chanson, elle s’aventure au cinéma qui ne pouvait laisser passer un tel visage. Elle décroche un essai pour interpréter le rôle de la fille de Gabin : une scène où elle doit se faire surprendre par son père en train de fumer un joint. Installée dans le canapé, le vrai faux joint entre les doigts, elle attend le monstre sacré qui doit piquer une colère en la découvrant. L’acteur pousse la porte, entre, la regarde et lance un définitif : « Ce n’est pas elle ! », avant de retourner dans sa loge, laissant l’apprentie actrice dépitée…

Tel le phénix qui renaît de ses cendres, Dani n’abandonne jamais. Quelques années plus tard, elle est choisie pour le rôle de la stagiaire script-girl de La nuit américaine de Truffaut qui décrochera l’Oscar du meilleur film étranger. De quoi redorer son ego, malmené par Gabin…

Côté chanson, si ses ritournelles guillerettes se vendent bien, elle ne deviendra jamais une vedette de la trempe de Sylvie Vartan ou Françoise Hardy, ses amies de l’époque joyeuse de Salut les copains (Voir notre numéro spécial "Les années Salut les Copains", Best of n° 1). Pourtant, un coup de pouce du destin a failli lui donner une envergure internationale.

Prédiction

En 1974, Dani est choisie pour représenter la France au concours de l’Eurovision. Durant deux mois, elle se prépare avec Jean-Claude Petit, le chef d’orchestre, et les choristes de Claude François, les Fléchettes. Pendant tout ce temps, la prédiction d’une voyante ne cesse de tourner dans sa tête : « Vous avez un examen à l’étranger, n’est-ce pas ? C’est très important pour vous mais vous ne ferez pas le déplacement. » « Quel escroc, se dit la chanteuse, rien ne peut m’empêcher de représenter la France, même un accident grave ou le décès d’un proche. »

La veille de son départ pour Brighton en Angleterre, où doit se dérouler la cérémonie, une nouvelle tombe, fracassante : le président Pompidou est mort ! Pour cause de funérailles nationales, la place de la France restera vide lors de la 19e édition de ce concours. La Suède, représentée par le groupe Abba, remporte la compétition avec la chanson Waterloo, succès planétaire écoulé à six millions d’exemplaires…

Dani, elle, retourne à la vie parisienne où plutôt à la nuit, puisqu’elle ouvre L’Aventure, un night-club planté au pied de l’Arc de triomphe, qui deviendra le rendez-vous incontournable du gratin du cinéma et de la musique. Alain Delon – qui lui a soufflé l’idée d’ouvrir cette boîte – y passe de temps en temps, en début de soirée. Seul, accompagné de son berger malinois Massaï, il s’assied à une table d’où il peut voir sans être vu…

« À L’Aventure, raconte Dani, devenue l’intime de tous, j’épouse naturellement les us et coutumes de ce microcosme. » Et elle, qui ne supporte pas l’alcool et boit de l’Antésite parce que ça ressemble à du whisky-Coca, commence à sniffer de l’héroïne. Commencent alors ses années junkie, dont elle mettra plus de dix ans à sortir avec l’aide de ses parents, ses enfants, ses amis, et le souvenir étincelant de tous les hommes qui ont traversé sa vie.

Benjamin Auger, photographe de Salut les copains et père de ses deux garçons, qu’elle épousa en noir après quinze années de passion orageuse, pour mieux divorcer quelque temps après, restera à jamais son allié.

François Truffaut avec qui elle entamera une correspondance qui ne s’arrêtera qu’à la mort du réalisateur, en 1984. Étienne Daho, évidemment, qui la fera sortir de l’oubli en revisitant pour elle la chanson coécrite avec Serge Gainsbourg, Comme un boomerang. Et aussi Gérard Depardieu, rencontré en 1975 sur la post-synchro du film La dernière femme de Marco Ferreri, avec qui elle vivra une aventure passionnée, qui « reste scellée en elle ».

Une histoire qu’elle habille des mots de Piaf : « Non je ne regrette rien, ni le bien qu’on m’a fait, ni le mal, tout ça m’est bien égal. » Tout le symbole de la vie de la petite Perpignanaise Dani montée à la capitale pour se forger un destin.
Françoise Dangerfield

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