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Daniel Balavoine, 30 ans déjà !

Publié le 31 janvier 2016

La partenaire de Daniel Balavoine, chanteur de “Starmania”, Fabienne Thibeault nous a dévoilé les � coulisses inédites � de l’opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon. “Le producteur voulait Johnny… pas Daniel !”

Fabienne Thibeault © Jérôme Mars
Fabienne Thibeault © Jérôme Mars

Fabienne Thibeault : “Le producteur voulait Johnny… pas Daniel !”

Elle doit sa célébrité à Starmania et en particulier à la chanson Les uns contre les autres. Au départ, ce morceau devait être interprété par Diane Dufresne en duo avec Claude Dubois. Mais le titre fut refusé par cette autre artiste canadienne, puis par France Gall.

« Je l’avais apprise, j’ai proposé de la chanter, se souvient Fabienne Thibeault. Mon essai a été enregistré, ma voix mixée avec celle de Claude Dubois et le disque a fait un tabac. » « J’ai vraiment débuté avec le rôle de Marie-Jeanne, la serveuse automate de cette comédie musicale, tout comme Daniel Balavoine, qui se voyait plutôt comme auteur-compositeur que chanteur », nous a expliqué Fabienne dans une brasserie parisienne de la place Cambronne.

->Voir aussi - Daniel Balavoine : Christine Bravo attaque le chanteur sur twitter

D’abord recrutée pour le disque Starmania, en 1978, elle a participé à la création de cet opéra-rock en avril 1979. Les répétitions ont été très éprouvantes. « Nous étions habillés chaudement parce qu’il faisait froid dans ce hangar de Montrouge. Nous répétions sur une scène en plan incliné.

Certains soirs, la pente était rude pour la chanteuse Nanette Workman (Sadia). L’Américaine faisait honneur au buffet prévu pour les techniciens et les machinistes. Je me souviens qu’avec Daniel Balavoine, nous avons dû la prendre sur nos épaules tant elle titubait. Mais une fois sur scène, elle assurait. »

Fabienne et Daniel ont triomphé dans une comédie musicale, Starmania, que personne n'a oubliée, près de 40 ans après © Coll. personnelle
Fabienne et Daniel ont triomphé dans une comédie musicale, Starmania, que personne n'a oubliée, près de 40 ans après © Coll. personnelle

Guerre

Au début, Luc Plamondon ne voyait pas Daniel dans le rôle principal, celui du loubard de banlieue. « Il avait un visage tout rond et un problème de poids, il prenait facilement des kilos. Le producteur, Roland Hubert, voulait Johnny Hallyday, qui était d’accord. Mais Michel Berger et France Gall aimaient beaucoup Daniel.

Pour s’imposer dans le rôle de Johnny Rockfort, Daniel est arrivé avec un blouson de cuir noir et le livre de la bande à Baader sous le bras. Il aimait les textes modernes de Plamondon, qui bousculaient le bourgeois, et voulait absolument faire partie de cette aventure. »

Le soir, Fabienne dormait chez Michel et France, qui habitaient villa de Beauséjour dans le XVIe arrondissement de Paris. La maîtresse de maison avait un côté très mère de famille et voulait tout diriger. « Fabienne habitera à la maison, on fera ainsi l’économie d’une chambre d’hôtel », avait-elle décrété. « Je me souviens que France avait une passion pour les pots à eau en porcelaine, elle en avait une belle collection », raconte Fabienne.

Daniel Balavoine n’appréciait pas le côté décisionnaire de France Gall. Et sur cette troupe majoritairement québécoise et américaine, la langue française ne prenait pas facilement. « Notre metteur en scène venu d’outre-Atlantique, Tom O’Horgan, célèbre pour avoir dirigé Hair et Jésus Christ Super Star, nous insultait copieusement.

Michel et France avaient engagé une traductrice bon chic bon genre, foulard et tailleur Chanel, qui prenait des précautions oratoires avant de traduire ce que nous, Nord-Américains, avions déjà compris. Malgré le comique de la situation, nous n’avions pas envie de rire. “Monsieur Tom O’Horgan vous dit que vous êtes une bande d’imbéciles et n’avez aucun métier. Il n’y a rien à faire avec vous, vous êtes nuls.” C’était particulièrement stressant. »

Tous n’avaient pas le même rythme de travail. Par exemple, les Français ne pouvaient se passer de la coupure de midi pour leur sacro-saint déjeuner. Et la guerre des clans a vite fait une victime : « Nous étions à cran avant d’entrer en scène. Daniel avait beaucoup d’admiration pour Diane Dufresne. Elle l’a blessé à mort en lui disant : “De toute façon, vous, les Français, vous ne savez pas chanter !” Daniel en a été très choqué, j’ai eu toutes les peines du monde à le consoler. Il était au bord des larmes. »

Le hasard a voulu que Fabienne, trente ans après la disparition de Daniel, fête ses 40 ans de chansons, au Québec comme à Paris. Au Châtelet, le 11 janvier, elle a partagé la scène avec sa troupe de Starmania, les vingt-cinq chanteurs du chœur de France Provence, et ses invités : Zize, Alexandre Chassagnac, Annie Stone et Mario d’Alba, Olivier Villa, ainsi que les sosies vocaux de Céline Dion et de Johnny Hallyday, Nayah Mestres et Richy Tarroux. Ses parents ont eux aussi été de la fête.

Hommage

« Ils ont fait le lever de rideau sur grand écran en interprétant Retour, la chanson de Pierre Roche et Charles Aznavour qu’ils aimaient tant. Mes parents avaient été invités par l’émission Stars d’un soir en 1987. La télévision m’a prêté cette archive. Mon père est mort en 2003, ma mère a 95 ans et ne se déplace plus », nous a déclaré Fabienne.

Une bien belle manière de rendre hommage à ce père qui a donné à l’artiste le goût de la chanson et du travail bien fait.

Dominique Préhu

Claire BalavoineClaire Balavoine : Les révélations de sa sœur !

Claire connaissait tout des projets secrets de son frère. Sans ce maudit accident, il aurait donné une nouvelle dimension à sa vie.

L’interprète de Petit homme mort au combat, est tombé en vaillant soldat bataillant pour la bonne cause. Après sa participation, le 13 octobre 1985, au concert organisé par Renaud au bénéfice de l’Éthiopie, Daniel Balavoine avait en effet accepté de prendre la responsabilité de l’opération Pompes à eau pour l’Afrique, sur le Paris-Dakar 1986.

La suite, tragique, personne ne l’a oubliée. Le 14 janvier, à Gao, au Mali, le chanteur et trois autres personnes, dont Thierry Sabine, créateur du rallye, embarquent à bord de l’hélicoptère qui doit les mener au bivouac de Gourma-Rharous. Ils n’y parviendront hélas jamais. Pris dans un vent de sable, l’appareil heurte le sommet d’une dune avant de se désintégrer…

Ras-le-bol

C’était il y a tout juste trente ans. Pour rendre hommage à l’artiste, trop tôt disparu – à 33 ans –, France 3 diffusait, mercredi 30 décembre, l’émouvant documentaire que lui ont consacré Didier Varrod et Nicolas Maupied, J’me présente, je m’appelle Daniel. Ce film bouleversant montre à quel point l’empreinte qu’a laissée le chanteur est encore vivace aujourd’hui.

Car si l’homme n’est plus, son message et les actions qu’il a engagées pour aider les plus démunis demeurent d’une brûlante actualité. Comme en témoigne dans Le Parisien, Claire, sa sœur aînée, présidente de l’Association Daniel-Balavoine, qui soutient le développement agricole et scolaire au Mali.

« Trente ans plus tard, des milliers et des milliers de personnes continuent à s’investir avec nous. Nous avons installé 32 motopompes dans 23 villages. Et malgré les guerres, elles n’ont jamais été volées ou détruites. » Un joli pied de nez au show-biz qui prédisait qu’il faudrait à peine trois mois au public pour oublier Daniel.

Un show-biz que Daniel Balavoine détestait. Au point, comme l’a confié sa sœur, de vouloir s’en détacher. S’il n’avait pas l’intention d’arrêter de chanter tout de suite, il aspirait à revenir à une certaine forme d’anonymat. « Il était très gêné qu’on lui ouvre les portes. Cela lui faisait peur. […] Il en avait ras-le-bol du comportement de certains fans en France, il voulait prendre ses distances avec un star-system qu’il n’aimait pas. »

Il y était pourtant entré par la grande porte, en 1978, avec son tube Le chanteur, écoulé à plus d’un million d’exemplaires. Un succès conforté, l’année suivante, par son interprétation de Johnny Rockfort dans Starmania. Une voix reconnaissable entre toutes, une image de rebelle romantique, sa carrière d’idole de la pop française était lancée.

Et puis, le 19 mars 1980, invité sur le plateau d’Antenne 2 à participer à un JT de 13 heures, dont le rédacteur en chef n’est autre que François Mitterrand, il montre son vrai visage. Celui d’un homme engagé, qui n’a pas peur de tenir tête au futur président de la République, lui lançant même : « La jeunesse se désespère, elle ne croit plus en la politique. »

Urgence

Dès lors, Daniel voudra prouver qu’il n’est pas juste un chanteur. En 1983, dans une des chroniques qu’il tient désormais à la radio, il évoque l’urgence de créer une banque alimentaire, idée reprise deux ans plus tard par son ami Coluche et ses Restos du cœur. Participant cette même année au Paris-Dakar comme pilote, il découvre l’Afrique. Il en revient bouleversé et décide de se lancer dans un nouveau combat.

Aurait-il vécu plus longtemps, sans doute Daniel aurait fini par arrêter la chanson pour sauver le monde. Mais ce n’est pas en France qu’il s’apprêtait à poursuivre sa carrière. Une carrière qu’il n’envisageait plus en solitaire, comme l’a expliqué sa sœur, toujours au Parisien : « Il voulait se fondre dans un groupe et avait prévu de partir travailler en Angleterre. »

Le destin ne l’a hélas pas entendu de cette oreille. Mais s’il a fait pleurer bien des yeux, notamment ceux de sa compagne Corinne et de leurs deux enfants, Jérémie et Joana, sa fille posthume, Daniel Balavoine aura accompli une formidable mission : insuffler à toute une génération l’espoir et l’envie de se battre pour un monde plus juste.

Lili Chablis

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