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Daniel Balavoine : SOS d'un héros en détresse

Publié le 18 janvier 2021

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Etoile filante fauchée en plein vol, à 33 ans, en marge du Paris-Dakar, Daniel Balavoine, l'interprète de “L'Aziza”, reste une icône qui a incarné la société de son temps et laissé des tubes intemporels.

Qu'est-ce que la vie avait appris à Daniel Balavoine le 14 janvier 1986 ? Peut-être qu'« aimer est plus fort que d'être aimé »… Trente-cinq ans après qu'il a accosté les nuages de la route du Paris-Dakar, le public rend une intacte ferveur à ce chanteur populaire qui fait toujours « danser dans les soirées de Monsieur Durand ».


Ce jour-là, sur l'étape Niamey-Gourma-Rharous, Charles Belvèze, un concurrent, alerte les organisateurs : un hélicoptère s'est écrasé sur une dune. Aussitôt, une équipe de secours remonte la piste et découvre les corps des occupants : le pilote François-Xavier Bagnoud, le mécanicien Jean-Paul Le Fur, la journaliste Nathaly Odent, l'organisateur du rallye Thierry Sabine, et Daniel Balavoine. Le chanteur était en Afrique pour organiser la campagne humanitaire Paris du cœur et suivre l'implantation de pompes à eau dans le désert. Il y trouvait une occasion de mettre ses convictions en accord avec ses actes. Depuis, ce rebelle au grand cœur a laissé un vide. Celui d'un chanteur insurgé et citoyen, d'un homme qui ne connaissait pas la langue de bois et ne goûtait guère aux plaisirs de l'aisance. Il rêvait d'un autre monde en avançant dans l'exacte vérité de ses désirs.

Daniel Balavoine naît le 5 février 1952 à Alençon, en Normandie, mais il passe son enfance entre Bordeaux, Biarritz et Dax. Alors qu'il a 16 ans, la révolte estudiantine de mai 1968 se déclenche. Il y participe depuis Pau, où sa famille est installée. Ayant une conscience politique déjà exacerbée, il veut devenir député. Rapide désillusion.

Il est aussi féru de musique et participe à différents groupes, dont Présence, mais leur album passe inaperçu. Déjà doté d'un charisme de leader, Daniel Balavoine quitte le groupe et sort un premier disque : Viens vite. Sans succès. Il chante dans l'opéra-rock La Révolution française, de Claude-Michel Schönberg. Il s'y distingue par sa haute tessiture et son étendue vocale de presque trois octaves ! Une particularité qui n'échappe pas à la productrice de Patrick Juvet qui l'engage comme choriste pour l'album Chrysalide et lui permet même d'interpréter la chanson Couleurs d'automne.

Quand Léo Missir, directeur artistique de la maison de production Barclay, entend Balavoine chanter, il veut l'engager. Toutefois, ce dernier n'est pas homme à se laisser dicter ses choix ou sa conduite. Il agit comme bon lui semble, à rebrousse-poil des diktats commerciaux, et refuse de signer avec le label ! Léo Missir insiste. Balavoine cède mais pose ses conditions. En 1975, sort De vous à elle en passant par moi. Si le succès est mitigé, Léo Missir croit toujours en son protégé.

Après un voyage en Europe de l'Est, Balavoine sort, en 1977, un deuxième opus intitulé Les Aventures de Simon et Gunther… Stein. Impressionné par le mur de Berlin, le chanteur en fait le sujet du disque où il imagine la correspondance entre deux frères habitant chacun d'un côté. C'est un échec, mis à part le 45 tours Lady Marlène. Michel Berger, qui monte alors Starmania, le remarque et l'engage. La comédie musicale sera son marchepied vers le succès, dans le rôle du loubard Johnny Rockfort. Il y interprète entre autres le fameux SOS d'un terrien en détresse, taillé à la démesure de sa voix aux insolentes capacités.

“J'VEUX ÉCRIRE UNE CHANSON DANS LE VENT”

Tous les voyants sont désormais au vert pour que Daniel Balavoine sorte enfin du seul succès d'estime. Et, en 1978, à 26 ans, il s'envole avec Le Chanteur, un tube fondateur, issu de son troisième album, qui dessine les contours charmeurs d'une chanson populaire et accrocheuse qui reste sa marque de fabrique. Il décrit avec cynisme les affres d'un artiste en pleine gloire… ce qu'il est en train de devenir ! Le disque reçoit un excellent écho médiatique et public. Il s'agit de son plus gros succès de son vivant. Balavoine se presse comme s'il pressentait ses jours comptés : l'année suivante, l'album Face amour/Face amère ne déchire pas les hit-parades, mais l'artiste enchaîne avec l'Olympia où il affirme ses talents scéniques.

UNE PERSONNALITÉ BIEN TREMPÉE ET ÉRUPTIVE

Un événement va faire de lui le trublion de la chanson : le 20 mars 1980, il participe au journal d'Antenne 2 aux côtés du candidat à l'élection présidentielle François Mitterrand. Les propos aseptisés du débat provoquent chez le chanteur un coup de sang avec cette apostrophe ciselée comme une dague : « La jeunesse se désespère, […] elle ne croit plus en la politique française. » Son esprit frondeur et tranchant et sa verve fougueuse et passionnée font mouche et date. On l'érige en phare d'une génération incomprise.

En novembre 1980, sort l'album Un autre monde, avec trois éclatants morceaux qui façonnent son succès : Mon fils, ma bataille, Je ne suis pas un héros – à l'origine écrite pour Johnny Hallyday ! –, et La vie ne m'apprend rien, reprise par Liane Foly en 1999. Plus que jamais, on sent brûler dans sa voix des incendies intérieurs. Le chanteur se mobilise pour Amnesty International avec la campagne 100 artistes pour les prisonniers d'opinion. Il se produit à nouveau à l'Olympia en mars 1981. En 1982, l'opus Vendeur de larmes, qui décroche le prix Diamant de la chanson française, ne peut qu'ordonner révérence. Le chanteur fait salle comble au Palais des Sports avec un show démesuré. L'intranquille permanent savoure enfin cette ferveur.

ÉCORCHÉ… VIF

Amateur de vitesse, Balavoine participe à l'édition 1983 du Paris-Dakar. Si l'aventure tourne court en raison d'ennuis mécaniques, ce voyage lui inspire son album suivant, Loin des yeux de l'Occident, avec des titres forts et engagés. Plus que jamais, on perçoit sa rage d'artiste à fleur de peau et sa verve d'idéaliste. Cette personnalité est aussi trempée et éruptive côté cour qu'elle est écorchée et sensible côté jardin… On le constate lors de l'émission Sept sur Sept, en octobre 1983, où il se lance dans une diatribe contre les anciens combattants. Il en subit les ricochets avec des manifestations hostiles devant ses concerts. Cela ne l'empêche pas de faire le plein au Palais des Sports à l'automne 1984 !

SES COMBATS HUMANISTES

L'année suivante, il s'engage dans son second Paris-Dakar et, cette fois-ci, le termine. Il est ensuite de tous les combats : il fonde l'association Action Écoles avec ses amis Michel Berger et France Gall, pour récolter des denrées pour l'Afrique, puis participe au Concert pour l'Éthiopie. Balavoine veut être de l'avant-garde et s'aventure dans une approche synthétique avec Sauver l'amour, paru en octobre 1985. Le titre L'Aziza, qui rend hommage à sa compagne juive marocaine, reçoit le prix SOS Racisme. La suite funeste, on la connaît. « J'ai souvent souhaité de partir avant les miens pour ne pas hériter de leur flamme qui s'éteint », chante-t-il dans Loin des yeux de l'Occident. Son vœu s'est malheureusement exaucé.

Dominique PARRAVANO

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