France Dimanche > Actualités > Daniel Balavoine : Un rebelle au grand cœur

Actualités

Daniel Balavoine : Un rebelle au grand cœur

Publié le 7 janvier 2011

À l'indifférence, Daniel Balavoine a toujours préféré l'engagement. Cet écorché vif a mis sa notoriété au service des plus démunis.

L'inoubliable artiste qui chantait Je ne suis pas un héros, en 1980, nous mentait : Daniel Balavoine était un héros, un homme formidable, d'une générosité rare... Un rebelle au grand coeur qui nous manque terriblement aujourd'hui.

Daniel Balavoine, c'est l'histoire d'un homme tellement épris de justice qu'il n'en acceptait plus la parodie. D'où sa profonde méfiance - pour ne pas dire son aversion - des hommes politiques, des compromis et du double langage. Impulsif, entier, volontiers colérique, il est, dès ses débuts, peu porté sur l'hypocrisie et la diplomatie de salon. L'artiste n'a pas la langue dans sa poche, même avec les puissants.

François Mitterrand l'apprendra à ses dépens, lorsqu'il invite le chanteur, le 19 mars 1980, au débat du journal de midi sur Antenne 2. En direct, n'en pouvant plus du mépris dont il se sent l'objet, Balavoine se lève et apostrophe les invités : « Alors, si je ne peux rien dire avant la fin de l'émission, je ne parle pas pour vous, monsieur Mitterrand, je préfère m'en aller !»

Rappelé in extremis par le futur président de la République sur le plateau, le jeune homme se lance alors dans une diatribe véhémente contre le monde politique de l'époque, qui, à ses yeux, méprise souverainement la jeunesse : « Il n'y a jamais eu un jeune ministre de la Jeunesse : c'est tous des vieux ! [...] Ce que je peux vous dire, c'est que la jeunesse se désespère, elle est profondément désespérée parce qu'elle n'a plus d'appuis, elle ne croit plus en la politique française. Et moi je pense qu'elle a bien raison... »

Agitateur

Ainsi s'emportait cet écorché vif à la sensibilité résolument ancrée à gauche. Avec une telle façon de penser, il ne pouvait que sympathiser avec l'autre agitateur au grand cœur de l'époque : Coluche. En 1980, le chanteur soutient l'humoriste à l'élection présidentielle, puis il s'engage à son côté, cinq ans plus tard, dans la grande aventure des Restos du cœur, dont il est le premier parrain officiel.

Après son premier Olympia, de janvier à février 1980, sa carrière décolle, et ses albums se vendent à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, à l'instar de Mon fils, ma bataille, une chanson sur les souffrances des pères divorcés, qui triomphe en novembre de cette même année.

Riche, célèbre, très populaire auprès des jeunes, celui qui jure : « Je ne fais pas de la variété, moi, je n'ai rien à voir avec un Michel Sardou », va mettre sa fulgurante notoriété au service des plus nécessiteux.

Le 22 octobre 1980, il donne notamment un concert au profit d'Amnesty International pour les prisonniers politiques chinois, ce qui déclenche la colère noire des autorités locales. Balavoine n'en a cure : loin de céder aux pressions, il récidive en attaquant régulièrement dans les médias « la dictature de Pékin » !

Générosité

Cette fibre d'artiste engagé, il ne cessera de la cultiver. Ainsi, lorsqu'en 1985, une terrible famine décime l'Éthiopie, Balavoine organise avec Renaud le concert des Chanteurs sans frontières à La Courneuve, le 13 octobre 1985, dont les bénéfices vont aux populations les plus touchées. Devant un public survolté, il y chante en duo Je marche seul avec Jean-Jacques Goldman.

Son insatiable générosité, ce besoin fondamental d'aider les autres et d'insufler de l'humanité dans une société qui va mal, influence aussi son répertoire. L'actualité nourrit de plus en plus son inspiration. C'est donc tout sauf un hasard si, toujours en 1985, alors que l'extrême droite monte dangereusement en France, il écrit L'aziza , véritable ode à l'antiracisme.

En 1986, c'est à nouveau pour le continent africain qu'il va se mobiliser avec une énergie toujours aussi farouche. Dans le sillage du célèbre rallye Paris-Dakar, il organise l'opération Pompes à eaux pour l'Afrique, qui consiste à irriguer des villages menacés de pénurie d'eau.

Le 8 janvier 1986, une caméra le filme en plein désert en train de finir l'installation d'une pompe à eau solaire dans un village isolé du nord du Niger. À l'image, le visage du chanteur, illuminé d'un large sourire, rayonne d'un incroyable bonheur. Lui, le passionné de sport mécanique, le fou de course automobile, oublie volontiers la compétition pour humblement aider les oubliés de l'Afrique.

Quelques jours plus tard, le 14 janvier 1986, il grimpe en compagnie de Thierry Sabine dans l'hélicoptère du Paris-Dakar qui va s'écraser dans les sables du Mali...

À découvrir