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Danielle Darrieux : Adieu l'actrice !

Publié le 14 janvier 2011

À 93 ans, Danielle Darrieux tire définitivement un trait sur le cinéma. Mais vit toujours à cent à l'heure avec une gourmandise qui défie le temps.

Il y a quelques mois, alors qu'elle s'apprêtait à tourner sa dernière scène dans C'est toi c'est tout, de Jacques Santamaria, Danielle Darrieux disait : « Cela fait drôle d'être à la fin de sa vie, mais quand on meurt vieux, on n'a rien à dire, surtout que j'ai la chance d'avoir bien vécu. »

Et la semaine dernière, à quelques jours de la diffusion de ce même téléfilm, le 1er janvier sur France 3, elle l'annonçait au Figaro : le cinéma, c'est définitivement fini pour elle ! C'est donc avec ce rôle de grand-mère corse que « la » Darrieux a décidé de mettre un terme à quatre-vingts ans d'une exceptionnelle carrière.

->Voir aussi - Danielle Darrieux : Hantée par la mort

Mais pour quelle raison ? Sa santé ? À 93 ans elle se porte comme un charme, elle irradie sur les tournages et ses cheveux neige lui offrent même de nouveaux rôles ! Pourtant, toujours au quotidien national, elle confie : « Se voir à présent à l'écran, c'est assez déprimant. Quand je regarde mes vieux films où, c'est vrai, j'étais ravissante, je me dis : pourquoi me montrer maintenant vieillie, avec mes rides et mon cou fripé ? »

Pétillante

« Parce que vous êtes simplement sublime ! », aimerait-on lui répondre. Il n'y a pas un rôle de ces dernières années dans lequel Danielle Darrieux n'ait fait preuve d'un immense talent doublé d'une éternelle jeunesse. Elle est allée jusqu'à chanter, en 2002, dans 8 femmes, le lm de François Ozon. Elle y était de nouveau la mère de Catherine Deneuve, comme en 1967 dans Les demoiselles de Rochefort.

Aujourd'hui, la pétillante vieille dame a gardé la même fraîcheur, si bien que sa fille de cinéma s'émerveille : « Danielle est la seule actrice qui m'empêche d'avoir peur de vieillir. » Si, depuis deux ans, elle s'aide d'une canne pour marcher, cela ne l'empêche pas d'esquisser quelques pas de danse et de chanter. Tout le temps !

C'est que, fille de cantatrice polonaise, elle a en outre appris très tôt le violoncelle, au conservatoire de Paris. À cette évocation, une ombre passe dans son regard clair... Elle n'avait que 7 ans à la mort de son père, ophtalmologiste, quand, pour vivre, sa mère dut donner des cours de chant. Mais sur les souvenirs tristes, elle ne s'arrête jamais, ne se retourne guère, pudique et même avare de confidences, elle qui dit détester les interviews.

Au journal La Croix elle confie pourtant : « Comme toutes les petites filles, je voulais soigner les enfants ou aller voir les animaux malades à l'autre bout du monde... » Elle ne montre alors que peu d'intérêt pour le cinéma. Mais l'inverse n'est pas vrai, bien au contraire !

En 1931, à 14 ans, elle débute dans Le bal de l'Autrichien Wilhelm Thiele : « J'ai été prise car, ne sachant pas ce que je faisais, j'étais très naturelle. » Un mot qui lui va bien, le naturel... « Quand on perd le sens de la nature, on perd le sens de la vie », se plaît-elle à répéter souvent.

Cette comédienne instinctive n'a précisément jamais trahi la sienne, de nature, tournant plus de deux cents films et traversant avec légèreté les époques, à commencer par ces années 1930 au bras de son premier mari, le cinéaste Henri Decoin : « C'est à lui et à lui seul que je dois d'être ce que je suis devenue », dira-t-elle, reconnaissante.

Divorcée du cinéaste en 1941, elle se remarie l'année suivante avec l'ambassadeur de la République dominicaine en France : Porrio Rubirosa. Et quand on lui rappelle qu'elle a connu les plus beaux hommes de l'histoire du cinéma, espiègle, elle sourit : « Peut-être pas tous... » Devenue l'égérie de Max Ophuls dans les années 1950, avec Madame de..., Danielle Darrieux entre alors dans la légende, inoubliable tragédienne sous l'œil de ce « magicien » comme elle l'appelle.

Fantasque

Dans les années 1960, la star tourne avec Claude Autant-Lara, Henri Verneuil ou Claude Chabrol ; et, pour une nouvelle décennie, se partage entre le cinéma, le théâtre et la télévision. Sa jeunesse passe sans flétrir. Peut-être parce qu'elle sait rire de tout ? Au Figaro, en 2008, elle livrait sa recette, non sans malice : «Je n'ai jamais suivi aucun régime, jamais rien fait par obligation. Rien ne vaut un petit whisky. J'ai encore de bonnes jambes, mais la gym imposée, très peu pour moi. Je n'ai heureusement aucun problème de mémoire. Je dors bien, c'est peut-être le secret de ma forme.»

À son ami Jean-Claude Brialy, elle disait : « Que veux-tu, j'aime la vie. » Il lui répondait alors : « Et toi, la vie t'aime. » Aujourd'hui, elle le concède : « Il faut aimer et être aimé. C'est cela qui compte. » L'amour... Avec l'écrivain Georges Mitsinkidès, qu'elle a épousé en 1948, Danielle Darrieux connaîtra pendant quarante ans le bonheur parfait : « Sa mort seule a rompu le lien. »

Ensemble, ils adopteront Michel. Encore une ombre : quand, en 1998, l'actrice jouait au théâtre Ma petite, mon amour, elle venait de perdre ce fils. Il avait 40 ans : « Tant de répliques me renvoyaient à lui, c'était horrible... »

Mais la voilà qui, d'une légère pirouette s'échappe, évoque sa campagne de Noirmoutier, ses deux petits-enfants, sa passion fantasque pour les maisons : « Depuis quinze ans que je suis avec mon nouveau compagnon [Jacques, ndlr], je l'ai obligé à déménager huit fois ! » Incorrigible tourbillon, Danielle Darrieux n'a décidément pas renoncé à vivre à cent à l'heure.

Et c'est le cas de le dire : « Il m'est arrivé de partir, seule, à 9 heures du matin de Bandol et d'arriver à Paris à 16 h 30. Je devais rouler comme une folle. » Heureusement, elle jure s'être assagie. Pourtant, à bien y réfléchir, cela n' est pas son genre... Elle qui ne prend ni l'avion, ni le bateau, ni le train, avoue avoir récemment traîné son compagnon au Salon du camping-car, rêvant d'en acheter un pour son propre usage !

Finalement, rien n'a changé depuis 2006, lorsque Danielle déclarait : « Je fais toujours des projets insensés, comme si j'avais 40 ans ! » Même au cinéma, alors qu'elle prétend avoir tiré dessus un trait définitif ? Danielle Darrieux passe aux aveux : « Bien sûr, si quelqu'un comme Almodovar me propose un truc sublime... »

Messieurs les cinéastes, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Laurence Delville

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