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Danielle Darrieux : Elle est entrée dans sa centième année !

Publié le 26 mai 2016

En 1931, quand la France découvre ce profil si pur, cette voix si cristalline, Danielle Darrieux a 14 ans. Elle ne quittera plus le� cœur des spectateurs jusqu’à ses adieux à la scène en 2010. Retour sur une actrice qui a délicieusement traversé le siècle.

C’est toujours une grande joie, pour un comédien de théâtre, de fêter la centième de la pièce qu’il joue tous les soirs ; et, finalement, ce n’est pas un bonheur si fréquent. Mais c’est tout de même moins rare que de célébrer sa centième… dans la vie réelle : en vérité, cela n’arrive à peu près jamais. C’est pourtant bien ce que va faire Danielle Darrieux, le 1er mai, puisque, née en 1917, elle entrera ce dimanche-là dans sa première année à trois chiffres !
N’allez pas pour autant vous imaginer un fantôme du passé, ne quittant plus son fauteuil que pour son lit. Non seulement la flamboyante « Madame de… » est encore très active, partageant son temps entre sa maison de Normandie et sa villégiature bretonne, mais elle s’offre le luxe de filer le parfait amour avec un jeune homme. Jacques, son compagnon musicien, n’a pas plus de 80 ans : autant dire un gamin ! Mme Darrieux est la preuve la plus éclatante qu’il y a une vie après le cinéma, qu’elle a quitté en 2010.

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 Le cinéma, voilà bien une chose à laquelle la toute jeune Danielle des années 20 ne pensait nullement. Née au sein d’une famille de mélomanes, sa première passion est la musique. La disparition prématurée de son père contraint sa mère à donner des leçons de chant pour subsister. Danielle en retire, très tôt, une oreille sûre, ainsi qu’une voix juste et claire, qu’elle exerce sans y penser. Elle se donne plus de mal avec ses cours de violoncelle et de piano.

Naturelle

Mais bientôt, son destin la tire par la manche ; elle va avoir 14 ans : « Une des élèves de ma mère avait un mari qui travaillait dans le cinéma, racontera-t-elle. Il l’accompagnait parfois. Un jour, il signale à maman que deux de ses amis producteurs recherchaient une fille de mon âge pour en faire l’héroïne de leur prochain film, Le bal. »Les années 30 viennent tout juste de naître, une future star aussi. Plus tard, elle dira, modeste : « J’ai été prise car, ne sachant pas ce que je faisais, j’étais très naturelle. »
C’est ce naturel, allié à une grâce mutine, qui fait de l’adolescente la petite « fiancée de Paris », comme on la surnomme très vite. Sauf que, dans l’intervalle, elle est devenue femme et, en 1935, épouse le grand cinéaste Henri Decoin, rencontré un an plus tôt sur un tournage. « C’est à lui et à lui seul que je dois d’être ce que je suis devenue », dira-t-elle, reconnaissante. Ce qui ne les empêche pas de divorcer en 1941.

Whisky

Si elle se sépare d’Henri, c’est que, comme bien d’autres femmes avant et après elle, elle est tombée sous le charme de Porfirio Rubirosa, flamboyant ambassadeur de la République dominicaine et, surtout, playboy ravageur. Ils se marient dès 1942 et, tout de suite après, la tragédie de l’histoire s’empare d’eux.Déjà en 41, Danielle a accepté de tourner un film, Premier rendez-vous, pour la Continental, une compagnie française passée sous la coupe des nazis et contrôlée par le terrible Joseph Goebbels dès 1940. « Comme beaucoup de mes camarades, j’avais travaillé en Allemagne avant 1939, dira-t-elle après la guerre. Je n’avais pas une idée bien précise de ce que représentait cette compagnie. »Elle ne tarde pas à l’apprendre, mais c’est trop tard : accusé d’activités anti-allemandes, Porfirio Rubirosa vient d’être arrêté par la Gestapo et interné outre-Rhin ! Et l’on fait comprendre à la malheureuse Danielle que, si elle veut revoir son amour vivant, elle a tout intérêt à tourner d’autres films pour la Continental…
Cédant au chantage, elle joue dans deux longs-métrages pour la compagnie allemande et, prête à tout pour revoir Porfirio, accepte de faire partie du fâcheux « voyage à Berlin » qu’effectuent certains artistes français en cette même année 1942. Une fois son mari libéré, Danielle rompt son contrat avec la Continental et passe la fin de la guerre en résidence surveillée à Megève puis, sous un faux nom, dans la région parisienne.Son mariage avec le séducteur dominicain ne survit pas de beaucoup à la fin de la guerre, puisqu’ils divorcent en 1947. Fin d’un amour, donc, pour la femme ; mais, nouvel et prodigieux essor pour la comédienne, dont la carrière ne s’arrêtera plus de briller durant les soixante années suivantes !

Avec Jean Gabin, en 1952, dans
Avec Jean Gabin, en 1952, dans "LQa vérité sur Bébé Donge" d'Henri Decoin.

Devenue célèbre pour ses rôles de jeunes ingénues, tantôt romantiques, tantôt espiègles, Danielle Darrieux élargit sa palette et, sous la direction des plus grands en France mais aussi à Hollywood, assume avec panache des rôles dramatiques, rivalisant de talent avec des partenaires aussi prestigieux que Jean Gabin ou James Mason.

Dans les années 1960, la star tourne avec Claude Autant-Lara, Henri Verneuil ou Claude Chabrol. Et, pour une nouvelle décennie, se partage entre le cinéma, le théâtre et la télévision.Sa jeunesse passe sans flétrir. Peut-être parce qu’elle sait rire de tout ? Au Figaro, en 2008, elle livrait sa recette, non sans malice : « Je n’ai jamais suivi aucun régime, jamais rien fait par obligation. Rien ne vaut un petit whisky. J’ai encore de bonnes jambes, mais la gym imposée, très peu pour moi. Je n’ai heureusement aucun problème de mémoire. Je dors bien, c’est peut-être le secret de ma forme. »
Tragédie
Il y a surtout l’amour qu’elle a retrouvé dès 1948 avec le scénariste Georges Mitsinkidès, avec qui elle restera mariée jusqu’à la mort de celui-ci, en 1991. Ensemble, ils adopteront un garçon, Michel, source de grands bonheurs pour Danielle, mais aussi de son plus atroce chagrin : en 1998, ce fils tant aimé meurt à tout juste 40 ans.Plus rien ne sera tout à fait comme avant, même si, reconnue et adulée par les jeunes générations de cinéastes et d’acteurs, Danielle Darrieux jouera et tournera encore pendant plus de dix ans.
Désormais quand elle n’est pas en Normandie, Danielle se trouve avec Jacques, dans son refuge du Morbihan : face aux îles du golfe où habitent sa belle-fille Sylvie, fille de Jean Poiret et Françoise Dorin, ainsi que ses deux petits-enfants qui la mettent aux anges.Car, après tout, Danielle Darrieux commence à avoir l’âge d’être grand-mère !
Pierre-Marie Elstir

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