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Dany Boon et Benoît Poelvoorde : Jumeaux sans le savoir...

Publié le 4 février 2011

Ces deux-là sont sur la même longueur d'ondes. Dany Boon et Benoît Poelvoorde ressuscitent Bourvil et de Funès Et comment ne pas l'être quand on a tant de points communs et des destins si semblables. Les deux héros de Rien à déclarer, Dany Boon et Benoît Poelvoorde étaient faits pour se rencontrer ! Effectivement, ces deux gars du Nord ont en commun bien plus qu'un immense talent et une passion pour leur métier d'acteur. Leurs biographies respectives comportent de troublantes similitudes.Ces deux-là sont sur la même longueur d'ondes. Dany Boon et Benoît Poelvoorde ressuscitent Bourvil et de Funès

Un papa sympa

Tous deux ont eu un père routier ! Nés à deux ans d'écart, Benoît en 1964 à Namur, en Belgique, et Dany en 1966 à Armentières dans le département du Nord, l'un et l'autre ont grandi avec un papa chauffeur routier. C'est même au volant d'un trois tonnes que le père de Dany rencontra sa future épouse : « Tous les matins, il venait faire son plein à la station-service tenue par les parents de ma mère », raconte l'acteur qui n'a jamais oublié sa fierté de môme assis à l'avant de l'énorme camion.

->Voir aussi - Dany Boon : Il ne fait pas rire la nouvelle femme de sa vie !

Voilà qui fait sourire Benoît, dont le père était « routier international », précise-t-il. En réalité, la vraie passion de monsieur Poelvoorde père, c'était plutôt les voitures décapotables : « Les Triumph », précise son acteur de fils.Une enfance difficile

Benoît n'avait que 12 ans quand son père fut victime d'un accident de la route. Sa mère ne pouvant l'élever seule, l'enfant naviguera entre pensions et internats. Ce déchirement, l'acteur en parle rarement, préférant évoquer une enfance dure et digne, entourée comme il dit « par des gens qui n'ont qu'une chemise, mais qui l'attachent jusqu'au dernier bouton. » Dany, lui aussi, a perdu son père à 26 ans, avant qu'il n'ait eu le temps de renouer avec lui des liens rompus depuis ses 15 ans.

C'est l'âge où il a quitté ses parents, une maison de coron achetée à crédit et « des choses très dures » dit-il, laissant derrière lui une enfance « pauvre et privée d'insouciance ». L'humour les a sauvés.

Une mère courage

Comme Danièle, qui n'avait que 17 ans à la naissance de Dany, Jacqueline était très jeune à l'arrivée de Benoît et l'une et l'autre ont dû travailler dur. La première fait des ménages et devient mère au foyer lorsqu'elle est enceinte de son troisième enfant. La seconde est commerçante et tient une épicerie : « Une marchande des quatre saisons qui ferait du théâtre de marionnettes avec ses légumes », comme la décrit un proche de Benoît.

Ce dernier le confirme : « C'est une femme incroyable, ma mère. Par exemple, elle embrasse les arbres dans son jardin. Oui, les arbres. » Dans le magazine Psychologies, il l'avoue : « Je suis un fils à sa maman, et voilà ! » Dany ne cache pas non plus la tendresse infinie que lui inspire sa mère : « Elle est mon inspiratrice. Elle me fait rire. » Tous deux reconnaissent également avoir reçu de la « première femme de leur vie » une qualité essentielle : la gentillesse.

Le même banc d'école

Autre découverte qui rapproche encore les deux comédiens : ils ont suivi la même formation en Belgique, pas dans un cours de théâtre, mais dans des écoles d'arts graphiques. Doués pour le dessin, ces futurs complices se destinaient en effet aux métiers de la publicité. Dany a d'ailleurs travaillé dans une agence à Béthune (Pas-de-Calais), puis à Paris dans un studio de dessins animés. Benoît a été employé durant un an en tant qu'illustrateur pour le journal belge La Province. D'ailleurs, en venant à Paris, il projetait d'intégrer une agence de publicité.

Même s'ils n'avaient pas été acteurs, ces deux-là se seraient forcément rencontrés ! Une infinie tendresse pour leurs deux mamans qui les ont élevés seules.

Une foule bigarrée et joyeuse se presse aux abords de l'immense multiplexe Pathé, mercredi 26 janvier à Liévin, dans le Pas-de-Calais. Un événement de taille se prépare en cette fin de matinée pluvieuse : la sortie, en avant-première dans le Nord et en Belgique, de Rien à déclarer, le nouveau film de Dany Boon, qui fut un héros local avant d'être une gloire nationale.

À l'entrée du cinéma, ça se bouscule. Heureusement, les Nordistes sont de bonne composition. Malgré l'attente dehors, dans le froid, et les petites bousculades à l'intérieur, ils restent d'une humeur égale. Personnes du troisième âge et plus, familles nombreuses, bandes de copains... Toutes les générations de toutes les catégories sociales semblent s'être données rendez-vous pour la grand-messe de ce début d'année.

Pleine à craquer, la salle bruisse de commentaires pendant les publicités. « Et si c'était moins bien que Bienvenue chez les Ch'tis ? », s'inquiète l'une, « Après Kad Merad, Benoît Poelvoorde, bonne pioche ! », analyse une autre. « C'est qui cette Julie Bernard ? Inconnue au bataillon ! », s'interroge un troisième... La lumière s'éteint. Des soupirs de soulagement se font entendre.

La première séquence du film, qui dévoile la fameuse frontière franco-belge où se déroule l'action, provoque quelques chuchotements. « On s'y croirait », entend-on dans les rangées. Dany Boon a visiblement réussi à restituer l'ambiance des anciens villages frontaliers avec leurs bistrots chaleureux et leurs embouteillages quotidiens. La première apparition de Benoît Poelvoorde déclenche, elle, l'hilarité.

L'acteur belge est aussi, en quelque sorte, un enfant du pays. Parfait en douanier francophobe et irascible, il confirme qu'il est l'un des meilleurs acteurs comiques actuels. Quelques instants plus tard, c'est la première confrontation entre Dany Boon et Benoît Poelvoorde. La maladresse touchante du premier contraste avec l'agressivité contrôlée du second. « On dirait Bourvil et de Funès ! » lance soudain un spectateur blagueur. Rire général.

Le bougre ne croit pas si bien dire. Avec ses mimiques incroyables et son caractère de cochon, Poelvoorde évoque irrésistiblement le grand Louis. Quant à Boon, cela fait longtemps que sa parenté avec le Normand André Raimbourg, dit Bourvil, a été établie. La désormais fameuse séquence où leur 4L customisée se casse en mille morceaux ne fait-elle pas écho à la destruction de la 2 CV de Bourvil au début du Corniaud ?

Toutes les scènes où Boon se retrouve chez les parents de Poelvoorde dont il aime secrètement la sœur n'ont-elles pas la saveur des quiproquos qui émaillent les scènes où Bourvil et de Funès sont en présence des Allemands dans La grande vadrouille ? Dany Boon confirme sa filiation avec Gérard Oury, le maître de la comédie populaire des années 60-70.

À la sortie du film, les spectateurs ont la mine satisfaite. D'aucuns rejouent certaines scènes ou se balancent quelques répliques du film. « C'est aussi bien que Les Ch'tis, on va y retourner ! », affirment deux jeunes filles. Les premiers chiffres sont plus qu'encourageants : avec 42 000 entrées dans le Nord-Pas-de-Calais le premier jour, Rien à déclarer est en dessous de Bienvenue chez les Ch'tis (67 665) mais atteindra probablement les dix millions d'entrées. L'enfant du pays Dany Boon a encore réussi son coup !

Laurence Delville/François Palin

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