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Dany Carrel :“Je suis tout épatée d'être encore là !"

Publié le 21 février 2021

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Atteinte du coronavirus, l'actrice Dany Carrel, 88 ans, qui a déjà vaincu deux cancers, ne pensait jamais en sortir vivante. Elle a pourtant survécu après trois semaines d'hospitalisation…

Figure emblématique du cinéma et du théâtre français des années 50 à 90, elle a joué pour les plus grands (Henri Decoin, René Clair, Henri Verneuil, Julien Duvivier, Henri-Georges Clouzot) et aux côtés des plus illustres (Gérard Philipe, Danielle Darrieux, Jean Gabin, Jean Marais, Philippe Noiret).

Débarquée en France à l'âge 3 ans de son Vietnam natal, elle ne se destinait pas à devenir actrice, mais médecin. Du Pacha à Clérambard, en passant par Pot-Bouille, sans parler des planches et de la télé, on se dit qu'elle a vraiment bien fait de troquer le stéthoscope pour le jeu. Grâce à Alain Stouvenel, créateur du site BDFF (Base de données de films français), nous l'avons retrouvée alors qu'elle se guérit tout juste du Covid-19. Elle nous raconte, de sa jolie voix revenue, son retour à la vie et son grand étonnement qu'on ne l'ait pas oubliée.

France Dimanche : Comment allez-vous ?

Dany Carrel : Ça va ça vient, comme on dit ! J'ai eu le Covid, et après trois semaines d'hospitalisation, je suis heureuse de m'en être sortie. Et d'avoir retrouvé ma voix, car j'étais complètement aphone. Aujourd'hui, je suis toujours un peu flagada, mais surtout j'ai perdu le goût, et ça, ça m'attriste beaucoup. Moi qui adore le champagne, là j'ai juste l'impression de boire une horrible potion amère ! Alors je regarde les autres trinquer, en espérant que ça revienne un jour. Mais bon, je ne vais pas me plaindre, je suis là. Tellement de gens y restent. J'ai été très bien soignée, ici en Normandie, à l'hôpital de la Côte Fleurie, près de Honfleur. Dès que je suis arrivée aux urgences, on m'a mise sous oxygène et j'ai évité la réanimation. Il y a des restes, je ne vous le cache pas, mais j'ai eu beaucoup de chance. Car lorsque l'ambulance m'a embarquée, je ne pensais pas revenir. C'est pourquoi, je suis tout épatée d'être encore là !

FD : Vous étiez très présente au cinéma, au théâtre et à la télévision du début des années 50 à la moitié des années 90. Pourquoi vous êtes-vous ensuite retirée ?

DC : Parce que j'ai eu deux cancers ! En 1994, j'étais en chimio pour soigner mon deuxième cancer, en même temps que je jouais ma dernière pièce, Laisse parler ta mère ! au théâtre Saint-Georges, à Paris. Lorsqu'un soir je me suis trouvée si mal sur scène que mon mari m'a dit : « Stop, maintenant tu arrêtes ! » Mais vous savez, j'ai l'impression d'avoir quitté le métier depuis si longtemps que je suis un peu étonnée qu'on s'intéresse encore à moi. Je pensais être complètement oubliée. Néanmoins, j'ai toujours trouvé merveilleux ce métier, qui m'a permis de rencontrer des gens formidables et de prendre énormément de plaisir.

FD : Quels sont vos meilleurs souvenirs ?

DC : J'en ai plein la tête et le cœur, mais surtout au début de ma carrière, avec René Clair, Duvivier, Clouzot, Gérard Philipe, Gabin… Je ne regrette rien, c'était tellement magique. Même si maintenant, je suis heureuse de vivre plus paisiblement, avec mes chevaux, mes chiens, mes chats, c'est envahi d'animaux ici. J'habite près de Deauville, sur une propriété où il y a deux maisons, une pour les enfants et petits-enfants et l'autre pour mon mari et moi, et même ma sœur, qui est désormais veuve et que je ne voulais pas laisser toute seule à Paris.

FD : Aviez-vous toujours souhaité être comédienne ?

DC : Non, je voulais être médecin. Mais comme j'étais orpheline, avec personne pour m'aider, m'abriter, me nourrir, j'ai commencé par faire de la figuration pour gagner un peu d'argent. Et de fil en aiguille, j'ai rencontré les bonnes personnes qui m'ont offert des petits rôles, puis des moyens et des plus importants. Je pense que c'est René Clair, avec Les Grandes Manœuvres, qui m'a fait entrer dans la cour des grands. Je n'avais pas un rôle très conséquent, mais suffisamment pour recevoir ensuite un tas de propositions. Après, je regrette un peu de n'avoir joué que des personnages de jolies filles un peu légères, dénudées ; j'aurais adoré interpréter des personnages plus sombres, plus complexes, plus profonds.

FD : Pourquoi le pseudonyme Dany Carrel et ne pas avoir gardé Yvonne Chazelles du Chaxel ?

DC : Pour mon premier film, Le Dortoir des grandes, Henri Decoin, le réalisateur, m'a dit : « Ça va être beaucoup trop long sur l'affiche, il faut trouver plus court ». Lorsque mes yeux se sont posés sur un document sur son bureau où était inscrit « Docteur Carrel », donc voilà ; et pour le prénom, c'est celui d'une actrice de l'époque que j'adorais, Dany Robin, tellement jolie.

FD : Il y a quelques années, grâce à Jean-Pierre Foucault et son émission Sacrée soirée, vous avez retrouvé votre maman vietnamienne…

DC : Oh oui, quelle émotion ! Je n'aurais jamais imaginé que ce miracle puisse se produire un jour. Mais ils sont allés à Da Nang, au Vietnam, où nous sommes nées, ma sœur et moi, et ils ont retrouvé notre maman. Je n'en revenais pas ! Quelle émotion de découvrir cette petite silhouette, toute fine, comme emportée par le vent. J'avais projeté d'aller la voir, là-bas, mais trop affaiblie par les traitements contre mon cancer, j'ai dû attendre, et ensuite elle est malheureusement décédée. C'est le destin, que voulez-vous, mais c'était déjà tellement merveilleux et inattendu de l'avoir vue ! Heureusement, j'ai ma sœur, Alice-Émilie, de 18 mois ma cadette, près de moi. On a été séparée enfant, elle est restée au Vietnam, pendant que moi je suis venue en France. Mais lorsque j'ai commencé à gagner ma vie, j'ai mis tout en œuvre pour la retrouver et pour qu'elle me rejoigne. Depuis, on ne s'est plus jamais quittées.

FD : Pourquoi votre sœur n'était-elle pas partie avec vous ?

DC : Parce qu'elle avait la varicelle ! Du coup, le commandant du bateau à bord duquel nous embarquions l'a refusée. Mon père étant mort, c'est ma belle-mère qui m'a embarquée, et elle n'a jamais essayé de récupérer ma sœur ensuite ! Quand nous sommes arrivées en France, elle m'a placée à l'orphelinat, à 3 ans, où j'ai des souvenirs enchanteurs. J'ai eu faim et froid, mais j'ai aussi reçu beaucoup de tendresse de la part des sœurs et de mes amies d'alors.

FD : Concernant votre naissance, on trouve deux dates : 20 septembre 1932 et 1935. Quelle est la bonne ?

DC : Mystère, je ne l'ai jamais su moi-même ! Avec la guerre au Vietnam, c'était très compliqué. Quand j'étais plus jeune, j'optais plutôt pour 35, ce qui faisait un peu plus jeune ; mais aujourd'hui que je suis une vieille dame, je m'en fiche

Caroline BERGER

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