France Dimanche > Actualités > Daphné Bürki : Menacée de mort !

Actualités

Daphné Bürki : Menacée de mort !

Publié le 10 mars 2019

Terrifiée par un tel déferlement de haine, Daphné Bürkin’a pas osé porter plainte.

Aujourd’hui, c’est une vraie star de la télé. Avec son émission Je t’aime, etc. sur France 2, qui parle d’amour mais aussi de culture et de sport, Daphné Bürki fait un carton. Ses chroniqueurs semblent heureux de travailler avec cette femme qui paraît si sûre d’elle.

Mais les apparences sont trompeuses. Derrière son air confiant, la belle blonde cache une réelle et profonde blessure, gardée secrète depuis des années. Daphné Bürki a en effet été cyberharcelée, et même menacée de mort !

Oui, l’animatrice à la tête bien faite et bien pleine, qui avait débuté sur Canal + en 2004, a, comme tant d’autres, subi les foudres de la désormais tristement célèbre Ligue du Lol (comme Laughing Out Loud, ou « mort de rire » en français). À partir de 2009, un petit groupe composé pour l’essentiel d’hommes, journalistes bien en place, publicitaires influents, responsables de relations publiques, avait créé sur Facebook une association au travers de laquelle il se moquait, dénigrait, haïssait, avant tout sur Twitter, d’autres personnes, avec des messages souvent homophobes, sexistes et racistes.

Les victimes de ce cyberharcèlement ? Surtout des femmes, mais pas seulement. Des professionnels débutants, des pigistes, des stagiaires étaient aussi ciblés. Des gens sans défense, craignant les répercussions qu’aurait eues sur leur carrière toute tentative de riposte.

Parmi ces personnes figurait Daphné, comme elle vient de le révéler, avec beaucoup de courage, lors de son émission du vendredi 15 février. Le regard bien droit, elle s’est adressée à son public en ces termes : « J’ai subi un harcèlement très violent, j’ai subi des menaces de mort. Je n’ai pas porté plainte, je vous le dis aujourd’hui, parce que personne ne savait comment faire, personne ne savait quoi me dire… On me disait à l’époque : “C’est normal, c’est le jeu.” Il n’y a pas de jeu, en fait. »


Comme les autres victimes de cette ligue de haine, l’animatrice a gardé le silence. Telles les femmes battues qui éprouvent de la honte et n’osent pas dénoncer leurs bourreaux, elle s’est tue, subissant les attaques violentes et répétées de ce petit groupe qui s’amusait à régner sur le monde des médias. « Ça a été un moment terrifiant de ma vie, a poursuivi Daphné. Je vous en parle aujourd’hui sur ce plateau, mais je n’en ai jamais parlé, même à mes parents, à ma famille, ou à mes amis, parce que je voulais les préserver. Je pense que ce n’était pas la bonne attitude, et c’est pour ça que cette émission est importante pour moi », avant d’ajouter avoir invité le fondateur de la Ligue du Lol, le journaliste Vincent Glad, à participer à Je t’aime, etc, et qu’il « n’avait pas souhaité venir ».

Cet homme, Daphné le voyait régulièrement, lorsqu’ils travaillaient ensemble en 2012. Il lui inspirait confiance puisqu’un jour, complètement à bout, suite à ce harcèlement continu, elle s’était confiée à lui. La journaliste était alors bien loin de se douter que cet homme-là était en fait à l’origine même de son calvaire !

La jeune femme a tenu à faire savoir en publiant un message très explicite sur Twitter le 11 février, ce qu’il lui avait répondu le jour où elle lui demandait de l’aide : « Je me souviens en 2012, après les directs du Grand journal, je confiais à Vincent Glad que je me faisais harceler et menacer de mort sur Twitter. Je lui demandais quoi faire. Il me répondait : “Laisse, ne porte pas plainte, ça ne sert à rien. Se faire troller, c’est la règle.” Aujourd’hui, je comprends… » Se faire « troller », c’est-à-dire se faire démolir, huer, détester, en langage internet, voilà ce que Daphné devait donc accepter, selon son « ami ».

Aujourd’hui, Vincent Glad a été mis à pied au sein du journal Libération pour lequel il travaille, le temps d’une enquête interne. C’est d’ailleurs ce même quotidien qui a fait exploser le scandale de la Ligue du Lol. Vincent Glad a publié des excuses sur Twitter, tout en déclarant : « Je n’ai harcelé personne avec mes propres tweets. » D’autres membres du groupuscule ont aussi été sanctionnés par leur hiérarchie. Mais ces faits, qui ont eu lieu pour la plupart entre 2009 et 2013, sont prescrits au bout de six ans et ne peuvent donc plus être l’objet de poursuites judiciaires.

Aujourd’hui pourtant, grâce à des personnes comme Daphné Bürki et d’autres avant elles sexuellement harcelées, qui osent dénoncer, peut-être que, peu à peu, le monde deviendra un endroit plus vivable.

Laurence PARIS

À découvrir