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Delphine Boël : La "bâtarde" a gagné !

Publié le 21 octobre 2020

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Suite à une décision de la cour d'appel de Bruxelles, Delphine Boël, la fille cachée de l'ancien roi des Belges obtient enfin le titre de princesse…

C'est désormais officiel : l'artiste plasticienne Delphine Boël, la fille cachée de l'ancien roi des Belges Albert II, peut enfin se faire appeler « Son Altesse royale Delphine de Saxe-Cobourg, princesse de Belgique » ! Un épilogue qui serait presque digne d'un conte de fées moderne si cette femme combative de 52 ans n'avait pas tant souffert pour en arriver là. Pour celle qui a toujours refusé d'être « une enfant au rabais », pour reprendre les termes de son avocat, voir ainsi la justice belge lui donner raison ce 1er octobre n'a pas de prix. Après sept ans d'une bataille judiciaire acharnée, il était temps ! Reconnue comme le quatrième enfant d'Albert II, Delphine Boël peut savourer sa victoire.


C'est en janvier dernier que l'affaire a pris un tournant d é c i s i f. Contre toute attente, l'ex-monarque, qui a régné sur la Belgique de 1993 à 2013, reconnaît être le père biologique de l'artiste belge. Les tests ADN auxquels la justice l'a contraint ont parlé et prouvent sa filiation avec Delphine Boël.

À 85 ans, fatigué par cette bataille au long cours qui bou-leverse la Belgique depuis de nombreuses années, il souhaite « mettre un terme dans l'honneur et la dignité à cette procédure pénible », comme le précisent ses avocats. Sept ans après avoir transmis le trône à son fils Philippe, ce père absent ne s'oppose donc plus à la demande de l'artiste d'être reconnue comme sa fille légale !

Pour l'intéressée, cette reconnaissance de paternité « change vraiment [sa] vie », comme elle l'a déclaré à l'AFP. Cependant, même si Delphine accueille avec soulagement les aveux tardifs de l'ex-souverain, elle en veut plus. Ces belles paroles doivent être suivies d'actes et elle a fait savoir, par la voix de son avocat, qu'elle exige « exactement les mêmes prérogatives, titres et qualités que ses deux frères (Philippe et Laurent) et sa sœur (Astrid). » Il ne restait plus à la cour d'appel de Bruxelles qu'à statuer et à entériner cet incroyable retournement de situation. C'est donc chose faite puisqu'elle vient d'accorder à la jolie blonde au regard bleu ce qu'elle désirait le plus au monde : le titre de princesse !

Delphine de Belgique a vu le jour le 22 février 1968 à Uccle, près de Bruxelles. Sa maman, la baronne Sybille de Selys Longchamps, vit depuis longtemps déjà une histoire d'amour avec un homme marié qui n'est autre qu'Albert, alors prince héritier. S'il a épousé, en 1959, la future reine Paola, cela ne l'empêche pas de continuer à rendre visite à la belle aristocrate. Pendant très longtemps, cette passion brûlante – qui durera près de vingt ans ! – restera secrète. Mais en 1999, une biographie consacrée à la reine Paola, intitulée Dolce Paola et signée Mario Danneels, révèle cette liaison au grand jour. Le scandale est retentissant. Non seulement, la Belgique découvre, stupéfaite, que son roi a eu une maîtresse durant près de deux décennies mais que celle-ci lui a donné une fille, Delphine ! Albert, loin de se démonter, nie aussitôt toute filiation avec cette enfant supposée, qui est déjà âgée de 31 ans. On imagine sans peine la douleur de la trentenaire de se voir ainsi ignorée par son père biologique.

Sa mère s'est bien mariée en 1962 à l'écuyer et administrateur de sociétés Jacques Boël dont elle porte le nom, mais Delphine sait, depuis un moment déjà, qu'il n'est pas son père. Petite, elle a pourtant beaucoup fréquenté l'amant de sa maman qu'elle surnomme « Papillon », sans en connaître l'identité et sans imaginer une seule seconde qu'il puisse être son père. « Je ne savais pas qu'il était le prince », a-t-elle confié il y a quelques années à Paris Match. Pour l'enfant, ce monsieur si gentil est, comme elle dit, « le grand ami » de sa mère. Cette dernière finira par lui révéler la vérité un soir, en voiture. Pour Delphine, alors âgée de 17 ans, c'est un choc immense ! La jeune fille encaisse et s'applique à faire comme si de rien n'était. « Ensuite, entre 17 et 32 ans, je n'ai rien dit », confirme-t-elle.

C'est la fameuse biographie de Mario Danneels, publiée en 1999, qui lui fait changer d'avis. Naïvement, elle espère des retrouvailles avec le « Papillon » de son enfance. Sa maman ne lui a-t-elle pas dit qu'il avait été son grand amour ? Que pour elle, il avait failli divorcer mais que la raison d'État l'avait emporté ? Elle déchante rapidement après plusieurs tentatives d'approche avec le roi demeurées sans réponse. Mais l'artiste ne s'avoue pas vaincue. « Mon père pourrait être un meurtrier en prison. Peu importe qui il est, il est et reste mon père », affirmait-telle il y a sept ans dans Paris Match.

Delphine, mariée depuis à Jim O'Hare, un Américain d'origine irlandaise, a déjà 45 ans lorsqu'elle se décide soudain à porter l'affaire devant les tribunaux. Si elle sait bien que cette action en justice ne remplacera jamais l'amour d'un père, elle songe d'abord à ses propres enfants, Joséphine et Oscar, qui ont aujourd'hui bientôt 17 et 12 ans. Car eux aussi, en tant que petits-enfants de l'ancien monarque peuvent hériter de titres royaux.

Et Delphine a bien fait puisqu'ils deviennent eux aussi princesse et prince de Belgique, suite à la décision de la cour d'appel. Une belle revanche pour celle qui aura tant souffert d'être, aux yeux de tout un pays, la « bâtarde ».

Valérie EDMOND

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