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Delphine Ernotte : La flingueuse de France Télévisions !

Publié le 2 octobre 2017

Sur le service public, il ne fait pas bon 
être un présentateur de plus de 50 ans. 
La patronne Delphine Ernotte veille.

Verra-t-on bientôt Michel Drucker condamné à prendre sa  retraite  au nom du jeunisme ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que la nouvelle patronne de France Télévisons n’a pas perdu de temps pour faire le grand ménage : en novembre 2015, alors qu’elle dirige la maison depuis un peu plus de trois mois, Delphine Ernotte décide de licencier Philippe Verdier, le présentateur météo de France 2.

Dans les mois qui suivront, sous différents prétextes, elle va successivement évincer Pascal Golomer, directeur de l’information de France 2, Julien Lepers, qui présentait Questions pour un champion depuis près de trente ans, et, plus récemment, David Pujadas. Une vraie hécatombe !

À chaque fois, ses décisions sont fortement contestées, aussi bien chez les professionnels que parmi les téléspectateurs. Ainsi, quand elle reproche à Philippe Verdier d’avoir « utilisé l’image du groupe pour la promotion de son livre » (Climat investigation, éditions Ring), c’est inexact. Simplement, Verdier s’est plus ou moins rangé au côté des climatosceptiques (même s’il ne conteste pas le réchauffement climatique), et cela tombe mal : son livre sort au moment de la Conférence de Paris 2015 sur le climat. De quoi contrarier le pouvoir, dont Delphine Ernotte est très proche.

->Voir aussi - Delphine Ernotte : France Télévisions lance la chasse aux vieux !

D’ailleurs, beaucoup considèrent que sa nomination a été achetée auprès du CSA. Laurent Mauduit, journaliste à Mediapart, a parlé d’une désignation « entachée d’irrégularités », les rédactions de France 2 et France 3 ont évoqué une procédure « opaque et antidémocratique ».

Pour Philippe Verdier, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer un licenciement partisan, la presse évoque une affaire « hautement politique, comme au bon vieux temps de l’ORTF du général de Gaulle ». Le journaliste sportif Pascal Praud parle d’une « fatwa, scandaleuse, injuste et ridicule ».

Mais la dame de fer de France Télévisions n’en a cure : elle jure avoir pris sa décision conformément à sa volonté de « réaffirmer le service public ». Et tranche ! Cela peut laisser rêveur, quand on sait qu’elle a fait toute sa carrière dans le privé, chez France Télécom puis Orange France, dont elle a été directrice générale.

D’ailleurs, sans doute au nom de la défense du service public, elle n’hésite pas à s’octroyer, selon une enquête de BFM, un salaire mirobolant : 322.000 euros brut par an, avec un bonus pouvant aller jusqu’à 78.000 euros ! Le même salaire que son prédécesseur Rémy Pflimlin, se défend-elle, rappelant au passage qu’elle gagnait le double chez Orange !

“Tueuse froide”

Quand, en décembre 2015, elle remercie Pascal Golomer pour le remplacer par Michel Field, la Société des journalistes de France 2 proteste contre cette éviction brutale « en pleine période électorale ». Et lorsque, en juin dernier, c’est au tour de David Pujadas, le présentateur du journal télévisé de France 2, de prendre la porte, la patronne de France Télévisions invoque la méfiance croissante des Français à l’égard des journalistes, le besoin de « nouvelles formules, de nouveaux visages ».

Cette ambition, elle l’a résumée de façon lapidaire : son but, c’est de mettre un terme à « une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans » ! Elle va donc tout faire pour que cesse cet archaïsme sexiste. Elle se dit favorable à la discrimination positive, veut instituer la parité hommes-femmes. Dans les coulisses, on la qualifie de « tueuse froide », on dit d’elle qu’elle « aime la castagne », on l’appelle « la dame de pique », qui ne porte la gent masculine dans son cœur…

Pour elle, la défense du service public s’inspire beaucoup des méthodes du privé. Et s’il faut lui reconnaître d’avoir, en deux ans d’exercice, ramené les comptes de France Télévisions à l’équilibre, c’est toujours sur le plan humain que ça coince. Le licenciement de Julien Lepers, par exemple, « est une décision de la chaîne », jure-t-elle dans le magazine Society : ses audiences étaient trop faibles, un point c’est tout. Le public n’était pas d’accord ?

Dans cette interview accordée à Society, elle persiste et signe : « Après le renvoi de Julien Lepers, il y a eu un reportage sur France Inter où les journalistes s’étaient rendus dans des maisons de retraite pour interroger leurs pensionnaires sur son départ. Une dame avait répondu : “Oh, de toute façon, moi je ne l’aime pas.” Les avis étaient partagés. Ce n’est pas Michel Drucker, quoi. »

Bref elle donne le coup de grâce au malheureux animateur, déjà durement éprouvé par sa brutale mise à l’écart ! Justement, malgré ces belles paroles, Drucker, représentant type de la « télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans », ne risque-t-il pas de passer à la trappe, au nom du renouvellement ? Difficile de savoir.

Delphine Ernotte aime la jeunesse. Elle ne cache pas son affection pour Cyril Hanouna – même si elle avoue le trouver « vulgaire » –, parce que « le lien qu’il crée avec le téléspectateur est hyper important. Chez nous, ajoute-t-elle, Nagui crée ce lien avec le téléspectateur, il le rend proche de lui. Michel Drucker aussi ». Ouf, en voilà deux qui n’ont pas encore senti le vent du boulet, mais jusqu’à quand ?

D’autant qu’à France Télévisions, tout est bon pour justifier un licenciement. Les audiences sont utilisées selon ceux qu’elles arrangent. France 3 s’était séparée de Julien Lepers parce qu’il ne faisait que 11 %.

Près de deux ans plus tard, Samuel Étienne, son successeur, est enfin arrivé aux alentours de 11 %, et ça ne bouge plus ! Heureusement pour lui, le « jeune animateur » n’a que 46 ans…

Carlos Herrera

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