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Diam’s : Elle a vécu l’enfer !

Publié le 28 février 2018

Il y a dix ans, Diam’s était au sommet de sa carrière. Dépassée, usée par une image de star qu’elle n’assumait pas, elle a fini par choisir le silence…

Une décennie s’est écoulée. Et le 4 novembre prochain, à l’occasion de la 19e cérémonie des NRJ Music Awards, nombreux sont ceux qui penseront à elle…

À cette chanteuse rebelle qui, le 20 janvier 2007, raflait tous les honneurs devant les caméras de TF1. Sacrée notamment meilleure artiste féminine de l’année ce soir-là, Diam’s surfe sur le succès de son troisième album, Dans ma bulle, certifié disque de diamant quelques semaines plus tôt.

Reine incontestée du rap, elle est alors au sommet de sa carrière. Ses CD se vendent par millions, on la voit sur tous les plateaux télé, et son double de cire vient de faire son entrée au musée Grévin.

Elle a seulement 27 ans, la vie semble lui sourire comme jamais, mais à l’intérieur, elle hurle… Ce que son public ne sait pas, c’est qu’elle est à l’époque bien plus torturée que les textes de ses chansons ne le laissent transparaître.
Et la vraie Diam’s est en réalité à des années-lumière de cette image de star façonnée par son producteur, Benjamin Chulvanij.

Connu également pour avoir été membre du jury de la quatrième saison de Popstars, sur M6, l’homme est à l’origine de sa métamorphose. Loin, très loin des paillettes et du star-system, Mélanie Georgiades – son vrai nom – évolue alors dans un courant qui prône un rap dur, engagé, agressif même, plutôt destiné aux jeunes des quartiers difficiles qu’aux campings et aux discothèques. Benjamin Chulvanij va changer tout ça…

Quand il écoute la première version de son album, sa sentence est sans appel. «Je lui ai dit : “Mélanie… ça manque de hits ! Et moi j’en ai besoin pour te faire exploser. Donc on va recommencer… On va garder une base, mais je veux des morceaux différents”», confiait-il récemment, au micro de l’émission 50 Minutes Inside, sur TF1.

Transformation

Pour fabriquer ce tube tant attendu, le producteur n’hésite pas à investir 100 000 euros et à constituer une équipe de cinq personnes entièrement dédiée à la réussite de ce projet. Quelques semaines plus tard, le résultat dépasse ses rêves les plus fous. Avec le morceau intitulé DJ, il tient enfin sa pépite. «Quand ils me l’ont fait écouter, j’étais tellement content que je me suis dit qu’on allait faire danser tous les campings. Et ça marché… puisqu’on a fait danser la France entière !» se souvient-il. Mais la transformation ne s’arrête pas là !

Aux antipodes des canons de beauté de l’époque, la jeune chanteuse est alors un garçon manqué qui se cache derrière ses sweats à capuches et ses jeans extra-larges. «Une brillante directrice artistique image a eu l’idée de lui faire les cheveux courts et de lui mettre deux créoles aux oreilles… ça l’a féminisée», révèle son producteur. En y ajoutant juste ce qu’il faut de maquillage et de tenues plus sexy, la mayonnaise prend très vite.

“Danger”

Entre son relooking réussi et son style musical qui se rapprochent de la variété, le public de Diam’s s’élargit. Elle séduit les jeunes comme leurs parents, elle plaît aux filles et aux garçons, et ses textes parlent aux plus démunis autant qu’aux bobos parisiens. C’est un triomphe.

Mais malgré son immense succès, le malaise grandit. Diam’s est seule, et elle en souffre terriblement. «J’ai pas de sœur, j’ai pas de frère, j’ai pas de mec… Je suis toute seule ! Moi, quand je rentre chez moi, il n’y a rien. C’est vide…», regrettait-elle à l’époque.

Pour comprendre pourquoi cette solitude la ronge tant, il faut remonter aux origines de la rappeuse… Née à Chypre en 1980, elle débarque en région parisienne avec sa mère à l’âge de 3 ans. Entre un père totalement absent et une mère qui travaille énormément, la jeune Mélanie peine à se faire des amis et souffre en silence…

Ce silence la pousse même à tenter de mettre fin à ses jours à l’âge de 15 ans. Et le sort s’acharne… comme si elle n’avait pas le droit au bonheur, deux ans plus tard, elle tombe amoureuse d’un homme qui la bat et la séquestre ! «Ce n’est pas de l’amour… on peut aimer sans avoir à se protéger le visage à chaque fois qu’une personne s’approche de vous !» écrira-t-elle plus tard.

Cette enfance et cette adolescence cabossées en font une écorchée vive. Révoltée, passionnée, mais incapable de s’aimer. En janvier 2008, alors que sa tournée se termine et qu’elle est au sommet de sa gloire, elle demande à être internée dans le plus grand secret. «Deux jours auparavant, j’avais été prise d’une crise de folie, toute seule chez moi… J’étais à deux doigts de me tuer ou de faire une très grosse bêtise. J’étais devenue dangereuse pour moi-même», confiera-t-elle plus tard.

Pour calmer ses angoisses, les médecins l’assomment de traitements. Mais rien n’y fait. Et lorsqu’elle se rend sur la scène des Victoires de la musique, un mois et demi plus tard, ses larmes la trahissent… À dater de ce jour, Diam’s va progressivement devenir une énigme. Jusqu’à ce matin du 9 octobre 2009, quand la Une de nos confrères de Paris Match la montre sortant d’une mosquée, voilée de la tête aux pieds ! «Ce jour-là, on m’a volé une partie intime de ma vie», dénonce-t-elle quelque temps après.

Car à l’époque, même sa propre mère ignore tout de sa transformation ! «Et de l’artiste la plus aimée des Français, elle devient vite la moins aimée», analyse aujourd’hui un membre de son entourage. D’autant que très rapidement, tout le monde s’en mêle. Isabelle Adjani se dit «atterrée et profondément désolée», tandis que Fadela Amara, alors ministre du gouvernement Sarkozy, qualifie Diam’s de «danger pour les jeunes filles des quartiers populaires» !

Quand, un mois plus tard, son dernier album, intitulé SOS, sort dans les bacs, une grande partie de son public lui tourne le dos. Et là où son précédent opus s’était écoulé à plus d’un million d’exemplaires, celui-ci atteint péniblement les deux cent mille ventes.

Anéantie par la polémique, elle décide finalement de quitter l’univers de la musique pour se consacrer à sa famille, à la religion et à des œuvres caritatives. Elle vient ainsi de créer une collection de produits de papeterie baptisée Mel by Mel, dont les bénéfices seront reversés à son association, Big Up Project. L’objectif de cette structure vise à améliorer le sort des enfants défavorisés d’Afrique.

Celle qui dit avoir «tellement gagné en paix et en sérénité» poursuit donc sa nouvelle vie. Loin, si loin de ce public qui l’a tant applaudie… mais au plus près de Maryam (5 ans) et Abraham (2 ans), ses deux enfants chéris.

Florian ANSELME

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