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Diana Rigg : Féministe avant l’heure !

Publié le 24 mai 2019

Diana Rigg, l’interprète d’Emma Peel dans Chapeau melon et bottes de cuir, révèle l’injustice dont souffraient les actrices à l’époque.

S’il est une série des années 60 qui a marqué les esprits de toute une génération, et continue encore aujourd’hui de séduire les plus jeunes d’entre nous, c’est bien le cultissime The Avengers, rebaptisée en France Chapeau melon et bottes de cuir ! Sous le fameux couvre-chef anglais, l’agent spécial John Steed, joué par Patrick Macnee, et dans les interminables cuissardes et les tenues en cuir noir, la piquante Emma Peel, interprétée par Diana Rigg dans les saisons 4 et 5, formaient un couple de choc évoluant dans un univers original entre science-fiction, action et espionnage.

Produit par la France, le Canada et le Royaume-Uni, ce programme avait à l’époque une longueur d’avance en matière d’égalité des sexes, réservant aux femmes une place de choix. La délicieuse Emma avait beau être avant tout une sublime créature à la silhouette affriolante, elle n’en était pas moins un personnage doté d’une grande intelligence, et son sens de l’humour, sa modernité, sa force physique et son courage la plaçaient sur le même pied que son partenaire masculin. 

Malgré tout, cette apparente parité disparaissait une fois les projecteurs éteints et le mot « Coupez ! » prononcé haut et fort par les réalisateurs à la fin des tournages. En effet, si, à la scène, la belle brune adepte des arts martiaux n’avait rien à envier à son alter ego quand il s’agissait de se battre contre les méchants, à la ville et sur la fiche de paie c’était une autre histoire ! 


« Au début je gagnais moins que le cadreur », vient en effet de confier Diana Rigg, aujourd’hui âgée de 80 ans, lors du Festival international des séries de Cannes qui s’est déroulé du 5 au 10 avril dernier. Une situation que celle qui campe avec brio la perfide et dure Olenna Tyrell dans Game of Thrones, n’avait alors pas supportée. « Je m’en suis plainte, a-t-elle encore expliqué. À l’époque, on m’a qualifiée de mercenaire. Aucune autre femme de la profession ne m’a soutenue. Personne ne m’a appuyée, pas même Patrick Macnee, que j’aimais énormément, mais qui a fait l’autruche. »

Pour celle qui, dans les années 60, déclarait sans sourciller : « Je trouve tout le discours féministe très ennuyeux », se retrouver ainsi plongée dans ce combat pour l’égalité des salaires entre les deux sexes – bataille qui, de nos jours, est d’ailleurs bien loin d’être gagnée ! –, a dû s’avérer quelque peu brutal. Mais cette immense comédienne, qui a commencé par étudier à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art, et consacré la majeure partie de sa vie professionnelle au théâtre, était bien décidée à mener cette lutte jusqu’au bout. Et à la gagner ! « Au final, j’ai obtenu ce que je demandais », a en effet raconté la star. 

Cette lutte n’était en fait pas la seule durant ces deux années passées dans les services secrets de Sa Majesté. Car si le rôle d’Emma Peel était bien celui d’une femme moderne et indépendante, il a réduit pour un temps l’image de Diana à celle d’un simple sex-symbol. Un rôle que l’artiste, faite Dame Commander de l’ordre de l’Empire britannique en 1994, « en récompense d’une carrière exceptionnelle sur scène et à l’écran », a détesté incarner : « Je me sentais rabaissée, parce que j’étais bien plus que cette simple image de femme sexy ». Et d’ajouter en riant : « D’ailleurs, la combinaison en cuir que je portais était très inconfortable, elle me faisait transpirer, ce n’était franchement pas sexy ! »

La splendide brune a donc quitté Chapeau melon, pour incarner l’épouse de James Bond (George Lazenby) dans Au service secret de Sa Majesté. Et, étonnamment, la belle Diana a enlevé la fameuse combi moulante pour se glisser dans les tenues plutôt dévêtues de ce rôle de faire-valoir de l’agent 007.

Clara MARGAUX

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