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Dick Rivers : Mort le jour de son anniversaire !

Publié le 25 avril 2019

Indomptable, le petit Niçois tombé dans la marmite du rock à l’adolescence n’aura jamais tenté d’être dans le vent. Depuis plusieurs mois, Dick Rivers se savait condamné. Le cancer l’a terrassé à 74 ans, comme Johnny.

Sale temps pour les ­rockers… Après la disparition de Johnny en décembre 2017, c’est au tour de Dick Rivers, l’ancienne icône des Chats sauvages de raccrocher le blouson noir laissant ses innombrables fans inconsolables. C’est son manager, Denis Sabouret, qui a annoncé la terrible nouvelle ce 24 avril, en postant un message sur son compte Twitter : « J’ai la grande tristesse de vous annoncer que Dick Rivers est décédé cette nuit des suites d’un cancer. Nos très affectueuses pensées à son épouse Babette ainsi qu’à toute sa famille. »


DICK RIVERS – Officiel

Emporté par un cancer qu’il avait tenu à garder secret jusqu’au bout, le chanteur se débattait depuis plusieurs années déjà avec de multiples problèmes de santé. En novembre 2014, Dick Rivers, 69 ans, se sent encore porté par le feu sacré et vit à 100 à l’heure. Il doit remonter sur scène en janvier 2015, deux ans après la fin de sa précédente tournée. Une perspective qui le galvanise. Il s’apprête à communier avec son fidèle public à l’occasion de ses 54 ans de carrière et la sortie de son dernier album studio, Rivers. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Un grave traumatisme crânien consécutif à une chute stoppe net ce beau rêve. Comble de la fatalité, cette fameuse chute survient à l’Hôpital américain, à Neuilly-sur-Seine, là même où il rendra quatre ans plus tard son dernier souffle. Un mauvais présage…

Arrivé devant l’établissement pour passer les examens médicaux requis par les assurances avant sa tournée, l’artiste s’était effondré à l’entrée, sa tête heurtant violemment un muret. Les médecins lui découvrent alors deux hématomes, un entre la paroi et le crâne, l’autre dans le cerveau… Dick Rivers reste alors hospitalisé sept jours. À la suite de ce tragique épisode, il avait perdu six kilos mais pas sa hargne de rocker. Rester cloué au lit, très peu pour lui !


Il reprend le collier. Mais son entourage lui reproche de ne pas lever le pied et surtout d’avoir trop longtemps négligé sa santé, comme toutes ces bêtes de scène, qui, à l’instar de Johnny, portées par le public, se sentent indestructibles. « Il revient de loin » résumait son manager à l’époque. Mais pour celui qui a chanté Je continue mon rock’n’slow, s’imposer du repos, c’était déjà avoir un pied dans la tombe. Ce maudit traumatisme crânien lui avait pourtant fait réaliser qu’en ce bas monde, personne n’est éternel, pas même les stars du rock’n’roll.

Désormais, lui qui avait connu une certaine fureur de vivre, se posait des questions existentielles, comme il l’avait confié au micro de RTL : « Je pense souvent à la mort, parce que c’est la fin et que je redoute la fin ». Heureusement, il retrouve vite un regain d’énergie et se lance dans la promotion de ce triple album auquel il tenait tant et qui revenait sur ses 55 ans de carrière. Et sa participation à Âge tendre, la tournée des idoles lui redonne un coup de jeune.

Patatras à nouveau ! Quand les médecins lui diagnostiquent un cancer, il est d’abord tenté de baisser les bras. Puis il relève la tête, l’espoir le porte, l’espoir fou de penser qu’une guérison est possible. Épaulé par son épouse Babette, il y aura cru jusqu’au bout. Ce sera finalement ce satané cancer qui remportera la bataille…

Il en a fait du chemin, le petit Niçois, de Nice baie des anges, qu’il avait si bien chantée, pour devenir un symbole du rock’n’roll, une véritable référence en la matière. Même s’il n’avait peut-être pas atteint les sommets où se sont retrouvés certains de ses confrères, comme Johnny ou Eddy Mitchell.

Mais il avait sa personnalité, sa ferveur, ses fans, son monde… Et trente-trois albums studio, ce qui fait toute une vie.

Une vie qui l’avait fait naître fils unique, en 1945, d’un père boucher, quand il s’appelait encore Hervé Forneri… La proximité de la garnison américaine de la rade de Villefranche le met en contact avec la musique qui naît alors, le rock’n’roll. Pour lui, il n’y aura pas d’hésitation. Sa vie ne sera pas faite de jambons et de beefsteaks. Il sera Elvis Presley ou rien. Et pour commencer à lui ressembler, en plus de son jeu de jambes qu’il maîtrise rapidement à la perfection, il prend comme pseudonyme celui que l’on connaît, largement inspiré par le personnage interprété pars Elvis dans le film Loving You, un apprenti chanteur du nom de… Deke Rivers !

Non seulement le garçon ne suivra pas la carrière de son père, mais il décide, à l’âge de 10 ans, de rejoindre les États-Unis, là où tout se passe selon lui, et où la musique est bonne. Rebelle avec une cause, il fugue, essayant de s’embarquer clandestinement dans un paquebot en partance pour l’Amérique ! Hélas pour lui, il est rapidement rattrapé par la police marseillaise. Son père, fou furieux, et sûrement très inquiet, le sermonne et promet de le surveiller de près !

À 12 ans, il a déjà une guitare. Il se rêve en virtuose, mais, avec beaucoup d’honnêteté, déchante quant à ses talents d’instrumentiste : « J’en joue assez mal. Je ne connais que quatre accords », avoue-t-il. Mais ce fan inconditionnel de Vince Taylor, Johnny Cash et Gene Vincent ne renonce pas à devenir une star. En 1960, à 15 ans, il sèche l’école, au grand dam de son père, qui le rêve médecin. Dick monte alors un groupe, Les Chats sauvages, avec ses copains de lycée, dont deux frères qui excellent à la guitare, Jean-Claude et Gérard Roboly. Et voilà comment débute sa légende, une légende qui, durant cette incroyable décennie musicale, va s’opposer à celle des Chaussettes noires, Eddy Mitchell en tête…

Mais Dick n’a rien à envier au groupe d’Eddy. Managés par Jean-Claude Camus, Les Chats enchaînent les tubes. Twist à Saint-Tropez, composé en octobre 1961, va devenir le grand succès rock de l’année 1962, et qui résonne dans toutes les surprises-parties de France ! De mai 1961 à juin 1962, Dick Rivers et son groupe enregistreront plus de 100 titres originaux. Une prouesse formidable !

Mais si la musique est le premier amour du chanteur, en grand admirateur de l’Amérique, il est aussi féru de belles cylindrées. À cette passion, qui l’a toujours habité, Dick a associé un goût du danger qu’on ne lui connaissait peut-être pas, une fascination pour la « grande faucheuse » qui l’empêchait de rester sur le bord de la route à regarder les autres passer. Il avait en effet fait le choix de ne pas s’économiser et de vivre dangereusement. « Ma fascination pour les belles voitures et la vitesse a souvent failli me coûter chère, car j’ai passé une partie de ma vie à frôler la mort en fonçant à tombeau ouvert », raconte-t-il en effet dans ses mémoires.

Mais pour l’heure, la mort l’épargne, et c’est tant mieux, car Dick, avec son côté crooner, apporte beaucoup de joie à ses admirateurs. Les disques solos vont donc s’enchaîner, comme Rien que toi, sorti en 1964, bientôt suivi d’autres tubes. C’est donc sans étonnement qu’on le retrouve sur la mythique photo des yéyés, prise par Jean-Marie Périer, publiée en avril 1966.

Côté amour, Dick est précoce. Il a fugué à 10 ans, il se mariera le jour de ses 20 ans ! Quelques jours après le mariage dément de Johnny et Sylvie à Loconville en effet, Dick s’unit en toute discrétion à Micheline Davis-Boyer, à la mairie de Saint-Cloud, le 24 avril 1965. Leurs témoins et amis sont Sophie Daumier, Guy Bedos et Roger Pierre, qui ont tous répondu présent. Les nombreux fans de l’ancien leader des Chats sauvages découvrent dans la presse le bonheur tranquille d’un rocker qui donne tout sur scène. « Micheline, c’est mon assurance-vie », dit-il. Mais il ajoute : « Le ronron domestique, très peu pour moi : je suis resté un véritable Chat sauvage ».

Un chat sauvage, mais aussi un homme blessé par la vie. Car s’il a la joie de devenir père le 19 octobre 1965, son épouse ayant donné le jour à un petit garçon, Pascal, le premier enfant du chanteur, Dick souffrira toujours de certaines comparaisons qui lui meurtriront le cœur. Et d’un manque de reconnaissance de la part de certains, qui le faisait beaucoup souffrir. « Je n’existe pas pour Michel Drucker. Il m’ignore. C’est un phénomène que je ne comprendrai jamais. Même pour les albums qui ont marché, je n’existe pas pour Drucker. Avec un disque comme L’homme sans âge, j’aurais eu ma place chez lui. C’est doublement vexant parce qu’il joue la carte populaire, grand public, familiale du dimanche après-midi. C’est le même public que moi. Parfois, je lis dans des journaux télé que Michel Drucker consacre son Vivement dimanche à tel ou tel artiste. Des gens dont je tairai les noms pour ne pas m’attirer les foudres de Satan. Surtout en ce moment. Mais qui en aucun cas ne méritent un tel honneur. Je me dis que je dois être la dernière merde du monde pour que jamais on ne me le propose à moi. Et quelque part, c’est ma fierté d’être légendaire alors que je ne participe jamais à une émission grand public », avait confié cet écorché vif à Sam Bernett en 2011.

Cependant, Dick n’avait jamais perdu sa passion pour la chanson, même lorsque le succès s’est un peu éloigné. Quand on lui demandait, en 2018, ce qui le faisait encore courir, il répondait au Midi Libre : « La scène, le public, le contact ! En vérité, je suis né sur scène. […] Je fais partie de cette génération qui se devait de faire de la scène. Par la suite, certains ont pu avoir du succès sans en faire mais nous, on nous a mis tout de suite devant un public. Cela fait donc partie de mes racines, peut-être même de mes gènes. Et puis, vous savez, à 72 ans, je suis le plus jeune des dinosaures ! »

Dans cette même interview, le chanteur expliquait une des raisons qui faisaient que, selon lui, son nom n’avait pas été aussi haut sur l’affiche que ses confrères Johnny et Eddy, s’épargnant de faire certaines concessions commerciales : « C’est moi qui n’ai pas voulu ça, faire ce genre de trucs, être un hippie quand c’est la mode d’être un hippie, faire du disco ou de la variété. Je n’ai jamais suivi les tendances. J’ai fait ma propre mode, enfin, je pense… À certains moments la mode m’a rejoint, à d’autres elle m’a quitté… C’est le cycle de ma vie. »

Une vie bien remplie, en musique comme en amour. En 1966, il avait en effet rencontré Monique, dite Mouche, avec qui il restera durant treize ans, adoptant Natala, la fille qu’elle avait eue d’une précédente relation. Puis, ce sera Babette, sa dernière compagne, restée auprès de lui.

Dans les années 70, Dick rejoint le continent américain et vit son rêve… Il y joue avec un groupe nommé Labyrinthe, avant de revenir sur sa terre natale, plus fort que jamais, avec le titre Maman n’aime pas ma musique, disque d’or… Avec son complice Alain Baschung, il enregistrera plusieurs albums, et continuera de chanter son spleen de sa voix grave, comme dans Nice baie des anges… Jamais Dick n’aura renoncé à son amour pour le rock, se remettant en question, travaillant avec la nouvelle génération, comme Benjamin Biolay, Mathieu Boggaerts ou Axel Bauer.

Aujourd’hui, la France est en deuil. Quel triste anniversaire que ce 24 avril, qui voit la disparition de Dick, soixante-quatorze ans jour pour jour après sa naissance ! Espérons que Johnny, disparu il y a peu, accueillera comme il se doit son vieil ami, au paradis des rockers…

Sophie MARION et Laurence PARIS

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