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Didier Bezace : Au paradis des artistes !

Publié le 1 avril 2020

Acteur charismatique, directeur de théâtre et metteur en scène exigeant, ce grand monsieur vient de s'éteindre à 74 ans.

C'était une personnalité attachante et surtout un homme bourré de talent… Le comédien Didier Bezace, qui a tiré sa révérence le 11 mars dernier à l'âge de 74 ans, après une lutte sans relâche, contre la maladie restera longtemps dans toutes les mémoires.

Cette « longue maladie qu'il a combattue avec vigueur et courage », comme l'a précisé son attachée de presse dans un communiqué poignant aura finalement eu raison de ce comédien transpirant de bonté, qui laisse ses proches et ses compagnons de jeu dans une infinie tristesse. Pour les spectateurs, c'était une figure familière, rassurante, souvent abonné aux seconds rôles, donnant aux gens l'impression qu'il faisait partie de la famille. Dans le milieu du spectacle, ce grand professionnel était très respecté, notamment dans le monde du théâtre, en tant que comédien, mais aussi en qualité de metteur en scène.

Il avait d'ailleurs reçu en 2005 le Molière du meilleur metteur en scène pour la pièce La Version de Browning de Terence Rattigan. Tombé dans la marmite théâtrale après Mai 1968, ce féru de beaux textes avait fondé en 1970 avec son ami l'acteur Jean-Louis Benoît le théâtre de l'Aquarium, au sein de La Cartoucherie de Vincennes dirigée par Ariane Mnouchkine. L'ex-soixante-huitard y bousculera les codes, invitant le public à des pique-niques dans l'herbe ou à des fiestas mémorables. Sur les planches, il se confronte déjà aux œuvres phares du répertoire : Feydeau, mais aussi Perec ou Bourdieu, que ce militant de gauche admirait tant. De 1997 à 2013, toujours avec l'envie de rendre la scène populaire, il dirige à Aubervilliers le théâtre de la Commune, devenant un grand défenseur de la « décentralisation ».

C'est pour cet engagement que la maire d'Aubervilliers, Meriem Derkaoui, a tenu à rendre hommage dans un tweet à celui qui « avait su allier le théâtre politique et le théâtre poétique ». Exigeant et cultivé, il savourait le plaisir de monter des pièces qui donnent à réfléchir, adaptant auteurs classiques et contemporains comme Luigi Pirandello, Molière, Bertolt Brecht ou encore Marguerite Duras.

En 2001, il s'était lancé un pari fou : s'attaquer à L'École des femmes de Molière en se confrontant, avec Pierre Arditi en Arnolphe, à un parterre plus qu'exigeant : celui de la cour d'honneur au Festival d'Avignon. Un pari risqué, mais réussi ! Après cette consécration, on ne l'arrête plus. Au cinéma et à la télévision, au fil d'une trentaine de films et d'une cinquantaine de téléfilms, on le voit aussi bien chez Pascale Ferran (Petits arrangements avec les morts) qu'à plusieurs reprises devant la caméra de Bertrand Tavernier – notamment dans L.627 où il campe un chef de la brigade des stups plein d'humanité –, de Valérie Guignabodet dans Mariages !, ou de Pierre Schoeller dans L'Exercice de l'État. Autant de seconds rôles marquants, dont celui de Carre dans Profil bas de Claude Zidi qui lui permit d'obtenir le César en 1994. Un grand monsieur de la culture s'en est allé…

Sur son compte Instagram, la star de J'accuse de Roman Polanski, encore sous le choc de la mort de son grand ami qu'il avait rencontré lors du tournage de la comédie Mariages ! sortie en 2004, a publié un cliché en noir et blanc accompagné en légende d'un simple « Salut, Didier » avec un émoji qui pleure.

Un hommage sobre, mais vibrant, qui a suscité les commentaires des acteurs Pierre Niney et Émilie Dequenne qui ont aussi fait part de leur émotion en apprenant la disparition de cette grande figure des planches.

Valérie EDMOND

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