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Didier Raoult : Professeur miracle ou Dr Mabuse ?

Publié le 20 avril 2020

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© BESTIMAGE Didier Raoult

Génie pour les uns, inconscient pour les autres, Didier Raoult qui préconise la Chloroquine pour guérir du coronavirus déchaîne les passions.

Il a gagné ! Après des jours de polémique et un déchaînement de critiques à son encontre, le professeur Didier Raoult, 68 ans, savoure sa victoire ! Le gouvernement a finalement autorisé l’utilisation de l’hydroxychloroquine, utilisée contre le paludisme et préconisé par l’infectiologue marseillais pour traiter les patients atteints du coronavirus. La délivrance de Plaquenil, médicament dérivé de la fameuse molécule, est désormais encadrée par un décret paru le 26 mars, qui interdit notamment son exportation. Bon prince, le trublion qui n’en finit pas de semer la zizanie dans la communauté scientifique a tenu à remercier aussitôt le ministre de la Santé, Olivier Véran, « pour son écoute »… 

Avec ses longs cheveux gris, sa barbe de druide et ses « yeux de Sioux », dixit Paris Match, qui lui consacre sa dernière couverture, ce professeur hors norme détonne dans les hautes sphères de la recherche médicale. Grande gueule et volontiers provocateur, le directeur de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille est devenu en un rien de temps une superstar dans la lutte contre le Covid-19. Un statut que ce professeur de microbiologie hors norme jugé par un bon nombre de ses pairs comme fantasque revendique haut et fort. « Dans mon monde, je suis une star mondiale, je ne suis pas du tout à contre-courant. Je fais de la science, pas de la politique », a-t-il balancé déconcertant au quotidien Le Progrès, avant de mettre en ligne, vendredi 27 mars, une nouvelle étude prouvant l’efficacité de son traitement. Rien à faire, malgré sa solide réputation, cette sommité de l’infectiologie divise. Les uns le taxent de « génie », quand d’autres l’accusent de n’être qu’un docteur Mabuse inconscient, estimant que les expérimentations menées par l’infectiologue auprès d’un échantillon de 24 patients ne répondent pas aux critères scientifiques d’un essai clinique valide.

Chez les pontes de la recherche, son arrogance agace : « Il nous faisait comprendre qu’on était tous des cons », persifle, dans Paris Match, un agrégé de l’Académie de médecine qui a travaillé à ses côtés. Il faut dire que Didier Raoult cultive son personnage de mégalo haut en couleur. Paris Match révèle que chez lui, à Marseille, l’homme possède une belle collection de bustes romains en marbre, dont un à sa propre effigie !

Didier Raoult n’a pourtant pas grand-chose à voir avec le diabolique personnage de Fritz Lang. Reconnu dans le monde entier comme une pointure, il est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs chercheurs français, classé dans le trio de tête pour ses nombreuses publications dans de grandes revues scientifiques et médicales…


Né en 1952 à Dakar d’un père médecin militaire et d’une mère infirmière, Didier Raoult ne suivra les traces de son père qu’après un parcours chaotique. Forte tête, réfractaire à toute autorité à commencer par celle de l’école, il est envoyé par ses parents en internat à Briançon, dans les Hautes-Alpes. Mais en seconde, il décide d’arrêter sa scolarité. Il passera pourtant un bac littéraire en candidat libre. Son diplôme en poche, pas question pour autant de se lancer dans des études au long cours. Il préfère prendre le large à bord de navires de commerce où pendant deux ans, il va jouer les moussaillons. Mais rentré à Marseille, son père le contraint à s’inscrire à la faculté de médecine. Très vite, il se passionne pour les maladies infectieuses et tropicales, qui lui rappellent ses voyages exotiques, rêvant en secret de devenir, comme il dit, « champion du monde » dans cette catégorie.

Pari réussi haut la main ! Microbiologiste de renommée internationale, le génial professeur, catalogué comme l’un des trois meilleurs chercheurs français pour ses nombreuses publications dans de grandes revues scientifiques et médicales, peut se targuer d’avoir réalisé des travaux majeurs telles ces découvertes sur les virus géants, qu’il mène en 2003 en collaboration avec le généticien Jean-Michel Claverie (CNRS). 

Une avancée capitale susceptible de redessiner les contours du monde du vivant, et qui a généré de très nombreux travaux en virologie, en génétique, en biologie de l’évolution, comme le note Le Monde dans ces pages scientifiques. Sa grande fierté, c’est sans doute l’institut hospitalo-universitaire « Méditerranée Infection » dans lequel, à la tête de 800 collaborateurs qui lui vouent un véritable culte, il planche sur une incroyable collection de bactéries et de virus tueurs.

Dans son antre, qui a déjà réussi à identifier plus d’une centaine de nouveaux agents pathogènes, comme le révèle le site spécialisé Pourquoi Docteur, on le vénère comme un gourou. Pour Yanis Roussel, 24 ans, qui gère avec enthousiasme la préparation de son doctorat et la communication de l’institut, à travers les célèbres vidéos du chercheur qui génèrent des millions de vues sur YouTube, son patron a tout du dieu vivant : « Le professeur Raoult est un homme qui a un tel goût de la découverte, de l’innovation. Il est sans cesse en mouvement, toujours en quête de quelque chose de nouveau, d’une nouvelle recherche », avoue-t-il au Figaro, pas peu fier d’appartenir à sa garde rapprochée.

Rien d’étonnant à ce que dans la cité phocéenne, le professeur fasse désormais figure de grand druide, et son traitement contre le Covid-19, de potion magique. Il a en effet tout de l’irréductible Gaulois, retranché dans son laboratoire, combattant non pas une armée de Romains comme dans Astérix mais un ennemi viral et invisible. 

À Marseille, l’homme est loin d’être considéré comme un fada. Bien au contraire, à en juger par la foule massée lundi dernier devant son institut de recherche pour se faire dépister. Un engouement partagé par le député de Marseille et leader de la France insoumise. Jean-Luc Mélenchon est ainsi monté au créneau, s’insurgeant contre ces « belles personnes » qui lui intentent un procès. « Le tableau fait de ce professeur, présenté comme un sauvage malpoli et provocateur, m’a évidemment tapé dans le nez… Je connais trop bien l’odeur de la peinture dont dispose la bonne société, ses médias et ses plumes à gages. » 

Du côté des people, le voilà également encensé par Læticia qui en direct de Los Angeles crie carrément au génie ou encore l’humoriste Jean-Marie Bigard. Et le professeur d’ajouter dans Paris Match, en iconoclaste assumé : « Il n’y a qu’en France qu’on ne sait pas très bien qui je suis. Ce pays est devenu Versailles au xviiie siècle… »

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Brigite Macron, fan de la 1ere heure

Face à l’ampleur de la pandémie, Emmanuel Macron, « déboussolé », se serait finalement résolu à téléphoner à Didier Raoult sur les conseils de sa femme Brigitte, d’après Le Canard enchaîné. Un pas vers le scientifique qui aurait tout changé, puisque l’hydroxy­chloroquine qu’il préconise pour soigner le Covid-19 vient d’être autorisée.

Laura Tenoudji, guérie grâce à lui

Atteinte du coronavirus, la journaliste Laura Tenoudji, tout comme son époux Christian Estrosi, le maire de Nice, s’est portée volontaire pour essayer le Plaquenil, l’antipaludéen préconisé par le Pr Raoult. « Au bout de 48 heures, j’ai ressenti les premiers effets positifs, les symptômes de la maladie s’estompaient et une semaine après, je retrouvais ma pleine forme », a-t-elle déclaré, conquise par les thérapies du scientifique atypique.

Donald Trump, “Un don du ciel !”

Le président américain s’est appuyé sur les travaux du chercheur marseillais pour affirmer, dans un récent discours, que la chloroquine est un « don du ciel », selon ses mots, pour soigner le Covid-19. Il souhaite rendre ce médicament disponible aux États-Unis.

Valérie EDMOND

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