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Dominique Besnehard : “Moi, j’aime m’occuper des autres !”

Publié le 29 novembre 2018

A 64 ans, Dominique Besnehard, le plus célèbre des agents d’artistes, nous raconte les coulisses de sa profession… et il n’a pas la langue dans sa poche !

Qui aurait cru que ce fils d’épiciers normands deviendrait l’agent des stars le plus célèbre de France ? Petit, avec un cheveu sur la langue, il n’a pourtant jamais cessé de croire en ses rêves de strass et de paillettes. Des rêves qui l’ont mené de sa chambre d’enfant, à Houlgate (Calvados), jusqu’aux plateaux de cinéma les plus prestigieux. Il est à l’origine, depuis 2015, de la série à succès Dix pour cent (France 2), dont les personnages sont largement inspirés de son parcours et de ses rencontres. Sacrée meilleure série de 52 minutes en septembre dernier au Festival de la fiction TV de La Rochelle, sa troisième saison, très attendue, sera diffusée dès ce 14 novembre. Rencontre.

France Dimanche : Cette série se fonde-t-elle sur votre expérience ?
Dominique Besnehard : Elle en est en tout cas très largement inspirée ! Ce n’est pas mon bébé, mais presque. C’est quelque chose de très important pour moi. J’ai eu l’idée de créer cette série après avoir travaillé vingt ans comme agent. J’avais envie de montrer ce qui se passe dans les coulisses de ce métier. Avec ses moments de joie, mais aussi ses immenses déceptions. Devoir se battre pour imposer des acteurs ou croire à un projet qui ne se fait pas, tout en passant à côté d’autre chose, ce n’est pas toujours facile.


FD : Quels sont les personnages qui vous ressemblent le plus ?
DB : Le point de départ, ce sont les trois agents interprétés par Camille Cottin, Thibault de Montalembert et Grégory Montel. Ce sont des personnages que j’ai vraiment rencontrés ou qui peuvent me ressembler par certains aspects. Quant aux guest stars qui apparaissent dans les premières saisons, elles sont nées d’histoires que j’ai racontées ! En revanche, pour cette troisième saison, les destins des agents suivent leurs cours, et ce n’est plus vraiment moi qui en suis l’inspirateur.

FD : Le métier d’agent a-t-il changé depuis vos débuts ?
DB : Oui, car j’appartiens à une génération où les acteurs ne vous quittaient pas. Ils pouvaient être mécontents parfois, mais ça se réglait souvent après une discussion. Je me souviens d’un jour où Nathalie Baye voulait me voir. Elle m’a appelé et m’a dit : « Je voudrais te parler de quelque chose qui ne va pas ! » C’était ma meilleure amie, je partais souvent en vacances avec elle, donc ça s’est vite arrangé entre nous. Maintenant, ce n’est plus possible, car ce monde a changé. Quand on est agent aujourd’hui, on est toujours dans la peur que l’acteur ou l’actrice nous quitte du jour au lendemain.

FD : Depuis la fin des années 70, vous êtes apparu dans de nombreux films. Auriez-vous aimé faire une carrière d’acteur ?
DB : En toute sincérité, non ! Ça m’amuse d’avoir deux ou trois jours de tournage par-ci par-là, mais pas plus. D’autant qu’être acteur, c’est s’occuper de soi-même. Et moi j’aime m’occuper des autres !

FD : De quels acteurs ou actrices avez-vous préféré vous occuper ?
DB : J’ai adoré travailler avec Nathalie Baye ! Quand je me suis occupé d’elle, sa carrière était déjà faite, mais elle a quand même voulu me rejoindre, par amitié. Et ensuite elle a eu des moments très difficiles, vous savez. Après sa séparation d’avec Johnny Hallyday, ç’a été très compliqué pour elle. Nathalie était une actrice intello, alors être en couple avec lui ne lui a pas rendu service. Les cinéastes avec lesquels elle travaillait ont été déstabilisés. Son image en a pris un sacré coup ! Mais elle n’a jamais baissé les bras. Dans une carrière, un acteur ou une actrice a toujours des moments où il, ou elle, est davantage dans l’ombre. Mon rôle, à l’époque, était justement d’être capable de savoir gérer ça. Et ce n’est pas si simple ! J’ai beaucoup aimé Sophie Marceau aussi. Je l’ai connue lors du casting de La boum, mais je l’ai récupérée après, quand elle était avec Andrzej Zulawski. Je l’ai poussée à faire du théâtre, ce qui a donné une nouvelle facette à son talent. Dans un tout autre style, je ne peux pas oublier Béatrice Dalle. Elle m’en a fait voir des vertes et des pas mûres [rires] ! Mais je garde pour elle une profonde affection, car elle est très généreuse. C’est une femme intelligente. Là où elle m’épate vraiment, c’est qu’elle renaît toujours de ses cendres. Elle a eu des moments tellement difficiles, notamment sur le plan de sa santé. Tout le monde le sait, Béatrice s’est mise en grand danger à cause de la drogue… Ç’a été terrible, vraiment. Mais elle s’en est sortie !

FD : Grâce à vous ?
DB : Grâce à elle-même ! Moi je l’ai toujours accompagnée, mais si elle a su se relever, Béatrice ne le doit qu’à sa volonté. Ce qui m’épate aussi, c’est qu’aujourd’hui elle parle de tout ça avec un tel recul. Et surtout sa carrière a redémarré. Au théâtre comme au cinéma. Chapeau !

FD : Quels sont les acteurs masculins qui vous ont le plus marqué ?
DB : Je garde un très bon souvenir de Christophe Lambert, à l’époque où il était une immense star. J’ai adoré Lambert Wilson aussi, même si ça n’a pas été facile, vu qu’il a été l’un des rares à m’avoir quitté. Ça m’a fait beaucoup de peine, parce que je l’aimais beaucoup, celui-là. Mais il a eu raison, car j’avais fait une grosse bêtise. J’ai mal géré les choses avec lui à l’époque. Mais bon, cela s’est bien fini, et nous sommes devenus très amis par la suite ! D’une façon générale, j’estime avoir été plutôt chanceux. Rares sont ceux qui m’ont abandonné, et aucun ne m’a trahi ou réellement blessé. Je n’y suis peut-être pas pour rien…

Edwin FORESTHAL

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