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Dominique Strauss-Kahn : Ce que les prostituées n’avaient jamais dit !

Publié le 16 octobre 2015

Muettes depuis le procès du Carlton, les prostituées Jade et Mounia révèlent pour la première et dernière fois ce qu’elles ont vraiment � subi � à cause de l'affaire avec Dominique Strauss-Kahn.

Relaxé ! Il n’est pas difficile d’imaginer le soulagement qu’a dû éprouver Dominique Strauss-Kahn, le 12 juin dernier, lorsque les juges du tribunal correctionnel de Lille, chargés de statuer dans l’affaire dite « du Carlton », ont annoncé que l’ex-ministre et ancien directeur du FMI était libre.

Pour lui, ce simple mot : re-la-xé, a sonné comme une autorisation de sortie de l’enfer. Les journaux, les radios, les télévisions du monde entier s’en sont évidemment fait l’écho. Mais ce dont personne, alors, ne s’est avisé, c’est que ce procès avait eu un effet très différent sur d’autres personnes ; un effet diamétralement opposé, même, puisque, elles, c’est bien une plongée en enfer qui les attendait à la sortie de ce tribunal de Lille, alors qu’elles pensaient être enfin tirées d’affaire. Soudain, elles ont vu leur ancien cauchemar redevenir une terrible réalité.

Ces personnes, ce sont les prostituées qui, pour avoir participé à quelques « parties fines » où Dominique Strauss-Kahn était présent, se sont retrouvées contraintes de sortir de l’ombre, dans laquelle elles se dissimulaient tant bien que mal, pour venir témoigner en pleine lumière. Elles pensaient pouvoir retourner ensuite à leur silence, et ont d’ailleurs tenté de le faire, mais la réalité leur a cruellement démontré que c’était chose impossible.

C’est pourquoi, la semaine dernière, deux d’entre ces femmes, Jade et Mounia, ont décidé de prendre la parole. Pour révéler à voix haute ce que jamais encore elles n’avaient dit, à propos de ce que leur a fait vivre leur fréquentation de Dominique Strauss-Kahn.

C’est un livre, paru jeudi dernier aux éditions Michel Lafon, qui a convaincu Jade et Mounia de s’exprimer au grand jour, dans les colonnes du journal Libération ; celui de leur ami Bernard Lemettre. Dans Je veux juste qu’elles s’en sortent, ce militant du mouvement du Nid (association prônant l’abolition de la prostitution) raconte, entre autres, l’histoire de Jade et Mounia, 42 ans toutes les deux, qu’il a accompagnées avant, pendant et après le fameux procès, dont elles se seraient bien volontiers passées.

« Je ne voulais pas y aller, à ce procès, révèle Mounia. Je ne voulais même pas parler aux policiers pendant l’enquête. Mais ils m’ont dit que je n’avais pas le choix. » Même son de cloche du côté de Jade, qui enchaîne : « Moi c’est exactement pareil. J’avais je ne sais combien de messages d’un policier sur mon répondeur. Dans le dernier, il disait : “Si vous ne rappelez pas, on vient demain matin à 6 heures chez vous”. Tu imagines, le matin, avec mes enfants qui dorment ? J’ai eu super peur, j’ai rappelé. »

Le plus étonnant, et que l’on a tendance à perdre un peu de vue, c’est que les deux femmes n’ont jamais porté plainte contre Dominique Strauss-Kahn, qu’elles n’ont même jamais rien demandé à la justice ! Tout ce qu’elles voulaient, c’était qu’on les oublie, qu’on les laisse construire patiemment, dans la discrétion, leur nouvelle existence, puisque toutes les deux en ont terminé définitivement avec la prostitution, Mounia dès 2008, Jade trois ans plus tard.

Ce qu’elles ont à dire sur leur ancien « métier » n’incite pas à la gaudriole. Écoutez Jade : « Je répétais que j’étais libertine, que ça me plaisait, c’était une façon de me convaincre. Je buvais beaucoup, je faisais tout pour oublier. Et puis, mon enveloppe corporelle avait déjà servi, alors elle pouvait servir encore [Jade confie dans le livre de Bernard Lemettre avoir été violée enfant, ndlr]. »

Honte

Quand une femme en arrive à parler de son « enveloppe corporelle », qu’est-ce que ça signifie ? Sans doute, qu’elle tente désespérément, pour ne pas sombrer, de dissocier son esprit, son véritable « moi », de ce corps qu’elle abandonne ponctuellement aux souillures contre de l’argent. C’est le signe d’une souffrance profondément enkystée.

Le seul moyen d’espérer l’apaiser, c’est d’abord bien sûr de renoncer à la prostitution : Jade et Mounia l’ont fait ; ensuite, de tenter d’oublier, d’effacer ce passé qui pèse si lourd : c’est ce que le procès du Carlton a rendu impossible pour elles.

Car, dès le premier jour d’audience, les deux femmes ont vu leur identité révélée à la France entière. Ce qui a provoqué un véritable séisme dans leurs vies. « Ma famille a coupé les ponts, raconte Mounia. Pour eux, j’étais devenue la honte, le déshonneur. » Sa fille de 17 ans a essuyé de nombreuses insultes au lycée, à tel point que sa mère a dû la changer d’établissement.

Ce n’est pas tout : Mounia a retrouvé sa boîte aux lettres vandalisée, avec un tag « DSK ». Une voisine l’a agressée en la traitant de « sale pute ». Elle a dû fermer son compte Facebook, suite aux messages incessants, n’a gardé qu’une connexion à un réseau social professionnel. « Et même là, régulièrement, des gens me contactent : “C’est toi qui as couché avec DSK ?” Je vis rideaux et volets fermés, je ne sors que pour faire les courses, je n’arrive plus à faire confiance. »

Jade, elle, avait trouvé un emploi d’éducatrice en Belgique. Depuis que ses collègues ont découvert son passé, rien ne va plus : « J’ai eu des remarques, des allusions. J’ai envie de partir, ce n’est pas possible de vivre en lisant ça dans le regard des autres. Mais même si je change de travail, il suffit que mon employeur tape mon nom sur Internet et il saura. Des gens de ma famille qui vivent à l’étranger l’ont appris comme ça. »

Le plus terrible, c’est que toutes les deux ont des enfants, qui, désormais, savent ce qu’a fait leur mère dans le passé. Situation dramatique, mais qui, pourtant, a eu pour Jade au moins un effet bénéfique : « Mon fils aîné, qui avait complètement raté son année scolaire l’an dernier, s’est mis à me rapporter des super notes, 9/10, 17/20. Quand je lui ai demandé ce qui se passait, il m’a dit : “Je veux te soutenir…” »

La consolation reste maigre, toutefois, par rapport à l’enfer dans lequel le procès de Lille a replongé Jade et Mounia. Qui, elles, devront probablement attendre longtemps avant d’être « relaxées » par la vie, comme Dominique Strauss-Kahn l’a été par la justice.

Voir aussi - Dominique Strauss-Kahn : Pris en fragrant délit à Rolland Garros

Valérie Bergotte

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