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Dylan Robert : Un caïd, un vrai !

Publié le 12 mars 2019

Sacré “meilleur espoir masculin” aux César, Dylan Robert, 18 ans, a déjà été emprisonné deux fois. Et ce n’était pas du cinéma.

Gueule d’ange ou gueule de voyou… en tout cas gueule de star, ça, c’est certain ! Et son destin est un film. Un conte de fées même ! Le scénario ? L’itinéraire d’un gamin des quartiers populaires de Marseille qui, en moins de un an, passe de la case prison aux tapis rouges. On se pincerait pour y croire, et pourtant… Le vendredi 22 février dernier, tremblant mais fier comme un coq, Dylan Robert montait sur la scène de la salle Pleyel pour récupérer son César. Celui de « Meilleur espoir masculin », rien que ça ! « Je suis égaré », déclarait-il alors avec humour devant la prestigieuse assemblée qui le dévisageait.

À 18 ans, il porte désormais sur les épaules ce statut envié de nouvelle pépite du cinéma français. Une reconnaissance qu’il doit à son interprétation poignante de Zachary, dans le film Shéhérazade, sorti le 5 septembre dernier. Son personnage, celui d’un jeune caïd libéré de prison et rejeté par sa mère, traîne dans les rues jusqu’à tomber amoureux d’une prostituée dont il devient finalement le proxénète.

Tour à tour choquant, drôle, et bouleversant, ce long-métrage, aussi noir que romantique, a également valu à son réalisateur, Jean-Bernard Marlin, de repartir avec le César du meilleur premier film. Une récompense qu’il doit à son œuvre, bien sûr, mais aussi et surtout au culot dont il a su faire preuve au moment de choisir ses comédiens. Pendant des mois, il a ainsi écumé les foyers d’accueil marseillais à la recherche d’adolescents désireux – et capables – de faire du cinéma. L’information se propage vite et arrive jusqu’aux oreilles de Dylan. 

Informé du casting à sa sortie de prison, celui-ci s’apprête alors à reprendre une formation… de carreleur ! Incarcéré pour de nombreux délits, ce gamin au grand cœur, mais en perdition, présente le profil idéal pour décrocher le premier rôle. Et, cerise sur gâteau, Kenza Fortas, la jolie brune choisie pour interpréter Shéhérazade, était sur les bancs de l’école avec lui ! Au collège, ces deux-là en pinçaient déjà l’un pour l’autre…


Pour lui, tous les voyants semblent donc au vert, même si rien n’est simple. Formé à l’école de la rue marseillaise, Dylan a le langage et l’accent chantant qui va avec… Pour des dialogues à l’écran, ça ne passe pas du tout. Un orthophoniste est même appelé à la rescousse. « Je n’arrivais pas à quitter le langage de la cité. Quand j’essayais, j’avais vraiment un problème d’articulation. Comme la cité me comprenait très bien, je ne me posais pas la question… En travaillant ces petits détails, ma personnalité a fini par changer », confiait-il il y a quelque temps. Une fois le film en boîte, celui qui a dormi dans le même lit que sa mère jusqu’à l’âge de 16 ans n’a pas pu profiter de sa nouvelle vie. 

Car l’adolescent a dû retourner en prison… « Pour de vieilles histoires, balaie-t-il, j’avais quelques trucs à payer, encore. » Seul dans sa cellule, il n’est cette fois plus un détenu comme les autres. Face à des rivaux jaloux de son ascension, Dylan ronge son frein dans son coin, en attendant la suite.

Une suite qui arrive très vite !Libéré en mars 2018, moins de deux mois plus tard, l’aspirant comédien se rend au Festival de Cannes en compagnie de toute l’équipe du film, sélectionné pour la Semaine de la critique. Et sur place, la magie opère… Alors suivi par l’émission Stupéfiant !, sur France 2, l’ancien délinquant se confie devant la journaliste Léa Salamé : « Ça me plaît bien… J’aime comment on me chouchoute, c’est beau ! C’est un rêve d’enfant. » À ses côtés, sa mère, qui a pleuré en découvrant le film, savoure chaque instant : « Je suis fière. Au début, vous n’y croyez pas, mais après… C’est mon fils, mon bébé, alors le voir sur un tapis rouge… »

Entre cette expérience cannoise et la 44e cérémonie des César qui l’a consacré, Dylan a déjà bien grandi… Et même si ce long-métrage fait écho à sa propre histoire, le parallèle entre la réalité et la fiction a ses limites. Dans Shéhérazade, Zach (son personnage) finit sous les verrous. Dans la « vraie vie », comme il l’appelle, Dylan a choisi : il veut être acteur ! « Ce César, c’est un “bienvenue” dans le monde du cinéma », se félicitait-il d’ailleurs en brandissant cette statuette si convoitée. 

Il n’y a pas de raison que le conte de fées prenne fin ! D’autant plus que sa partenaire à l’écran, Kenza, a été sacrée « Meilleur espoir féminin » lors de cette soirée. Quelques jours plus tôt, les deux acteurs ont d’ailleurs eu la chance d’être invités à la fameuse Gift Suite de l’hôtel Napoléon à Paris, pour faire le plein de cadeaux. Dylan s’y est vu offrir un voyage cinq étoiles à Tahiti aux dates de son choix… 

Et dès le lendemain des César, il apparaissait au milieu d’une poignée de privilégiés, installé dans le fameux « carré VIP » du Parc des Princes, la tribune dans laquelle stars et grands de ce monde assistent au match du Paris-Saint-Germain. 

Mais, quelle que soit sa trajectoire, celui qui a arrêté l’école à l’âge de 12 ans semble avoir le cuir suffisamment épais pour garder les pieds sur terre tout en sachant faire face à l’adversité. « Il n’y a plus rien qui me touche aujourd’hui, confie-t-il. L’incarcération, le quartier, tout ça… ». Affirmant fièrement être un vrai « vatos [un dur, ndlr] », le Marseillais s’est d’ailleurs fait tatouer cette inscription qui en dit long et lui rappellera à jamais d’où il vient : « Vatos un jour, vatos toujours ».

Edwin FORESTHAN

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