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Eddy Mitchell : Baptisé “le chanteur du diable” au Moyen-Orient !

Publié le 29 août 2015

À 73 ans, “Schmoll” le rebelle n’a rien perdu de sa “rock’n’roll” attitude… Au point que Eddy Mitchella bien failli � ne jamais revenir �  d’une tournée en Arabie Saoudite !

Le rock’n’roll doit sûrement posséder des vertus stimulantes, voire rajeunissantes, puisqu’Eddy Mitchell a su passer, en cinquante ans de carrière, du statut de Chaussette noire remuante à celui de Vieille canaille rutilante…

Une métamorphose opérée avec une classe et une élégance que lui envieraient sûrement, si par chance ils étaient encore en vie, les icônes de la musique Elvis Presley ou Ray Charles, deux artistes dont Eddy est depuis toujours un fervent admirateur.

« Schmoll » de son surnom est, lui, loin d’avoir tiré ses dernières cartouches : il y a tout juste une année, le dandy délicieusement ronchon, alors âgé de 72 ans, mettait le feu au Palais omnisports de Bercy, aux côtés de ses vieux compères tout aussi dynamiques, Johnny Hallyday et Jacques Dutronc.

Une bête de scène capable de faire vibrer une salle de plusieurs milliers de fans et qui, par ailleurs, n’a jamais succombé à ses démons, avouez que c’est admirable ! Pourtant, la vie d’un rocker n’est pas un long fleuve tranquille, et celle de M. Mitchell ne déroge pas à la règle…

La sienne ressemble même à un parcours du combattant, métaphore qui tombe à pic, puisqu’Eddy, antimilitariste devant l’Éternel, a bien failli ne jamais revenir d’un pays où il était allé chanter pour les soldats !

« C’était en 1990, à Noël, pendant la guerre du Golfe, vient-il de confier au Figaro. Le ministère de la Défense m’avait demandé si j’acceptais de partir là-bas pour soutenir le moral des troupes. Je n’aime pas les militaires, mais j’ai dit “Oui”. Arrivé sur place avec mes musiciens, on m’a fait savoir que les Saoudiens me considéraient comme un “chanteur du diable”. »

Eddy Mitchell verticaleTéméraire

Dans une région du globe où certains sont lapidés, jetés dans un cachot sans lumière, emprisonnés à perpétuité ou amputés des mains pour moins que ça, nous vous laissons imaginer l’horreur de la situation dans laquelle s’était fourré Eddy Mitchell.

Lui qui avait dû se faire violence pour accepter de passer les fêtes à faire danser sur Lèche-bottes blues des jeunes gens qui, d’ordinaire, marchent au pas a dû s’en mordre les doigts !

« Ils m’ont interdit de me produire », a-t-il encore raconté. « Interdit » ? Ce mot ne fait pas partie du vocabulaire de celui qui a adopté la rock’n’roll attitude pour l’éternité, et qui se rit du danger. « J’ai quand même chanté pour les soldats, accompagné par Basile Leroux, auquel on avait prêté une guitare. Mais quand on est repartis du camp, il n’y avait plus d’avion pour rentrer à Paris. C’est là que j’ai appelé Michel au secours. »

Michel… Polnareff ? Sardou ? Drucker ? Aucun des trois ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est à l’ancien ministre du Budget de François Mitterrand, Michel Charasse, que l’artiste a fait appel pour sortir de cette mauvaise passe !

Car, ainsi que le chanteur l’a confié dans les colonnes du Figaro, les deux hommes sont amis depuis 1988, époque où ils se sont investis dans les Restos du cœur. C’est d’ailleurs ce fervent socialiste, qui a mis en place le dispositif fiscal encourageant les dons aux associations, qui existe encore aujourd’hui.

Rapatrié

Mais revenons à notre malheureux « chanteur diabolique » coincé, pour son malheur, en Arabie Saoudite ! S’il n’a jamais été dans ses habitudes de faire jouer ses relations pour obtenir une faveur, celui qui était dans le collimateur des Saoudiens en pleine guerre du Golfe a bien été contraint de faire une entorse à ses principes.

Bien lui en a pris : il a suffi d’un coup de téléphone de l’homme politique à Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Défense, pour que ce dernier s’occupe du rapatriement des artistes.

Un épisode qui a tout de même jeté un froid sur les relations franco-saoudiennes, obligeant Chevènement à se fendre de cette explication auprès de son homologue : « Les chansons d’Eddy Mitchell ne menacent pas les valeurs de l’islam, pas plus qu’elles ne menacent en France les valeurs chrétiennes », assurait-il.

Tout au plus risqueraient-elles de… nous emmener sur la route de Memphis !

Clara Margaux

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