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Élie Semoun : Longtemps, il a refusé la mort de sa mère

Publié le 2 avril 2004

Il n'était encore qu'un petit garçon de 11 ans quand le malheur a frappé. Élie Semoun s'en est ouvert dans un livre de confessions...Il n'était encore qu'un petit garçon de 11 ans quand le malheur a frappé. Élie Semoun s'en est ouvert dans un livre de confessions...

Derrière l'apparente gaieté des clowns ou des humoristes, il y a souvent une fêlure, une blessure intime dont la cicatrice n'a jamais pu se refermer. Souvent, ils n'en parlent pas. Ils préfèrent la taire, par pudeur. Et s'ils rivalisent de drôlerie, c'est pour toujours mieux la cacher.

Élie Semoun ne fait pas exception à cette règle. À 40 ans passés, il s'est confié pour la première fois sur l'effroyable malheur qui a bouleversé sa vie, alors qu'il n'était encore qu'un gamin.

En effet, Élie Semoun a eu la douleur de perdre sa mère à 11 ans. Ce drame, il n'en a quasiment jamais parlé. Tout au plus, lors d'interviews, glissait-il qu'il ne se souvenait pas tellement bien de cette période de sa vie et qu'il ne voulait pas essayer de se la remémorer, pour ne pas en souffrir...

Chape de silence Pourtant, aujourd'hui, Élie Semoun brise finalement cette lourde chape de silence et de douleur. C'est à la journaliste Anne-Laure Gannac que le comédien et chanteur s'est confié, dans un livre intitulé Mère fils l'impossible séparation (éditions Anne Carrière Document).

->Voir aussi - Élie Semoun : Une volée de bois vert !

Longuement, l'humoriste revient sur cette inguérissable blessure de l'enfance. Et, enfin, il trouve le courage de parler de cette mère absente. «Je n'ai pas de souvenirs très précis d'elle, de son visage, a-t-iL avoué, dans ce livre bouleversant. Quand je pense à elle, je vois Romy Schneider dans La piscine : j'imagine une femme très belle, avec un foulard noué sur la tête...»

Ce qui s'est surtout gravé à jamais dans l'esprit de l'enfant qu'Élie était alors, ce sont les ultimes moments qu'il a vécus avec sa mère : «Je me souviens que, quand elle était à l'hôpital, nous étions totalement inconscients mon frère et moi. Nous continuions à jouer comme si de rien n'était. Je me rappelle aussi la dernière fois que nous sommes allés la voir. Elle m'a dit : "Tout va bien." Je savais que tout allait mal.»

Élie raconte aussi qu'après cet ultime instant partagé, toute sa mémoire s'est brusquement effacée. Il ne lui était plus possible de se souvenir de quoi que ce soit : «Depuis cette scène à l'hôpital, plus rien. Le noir total, ou presque, sur le passé avec ma mère et sur les mois qui ont suivi sa mort. Je me suis protégé en faisant barrage aux souvenirs.»

De cette période, il ne lui reste que des flashes, d'autant plus intenses qu'ils sont rares. Ainsi, enfant, il ne s'est pas tout de suite rendu compte de ce que signifiait la mort de sa mère. Il lui a fallu quelques semaines pour en prendre conscience : «Nous étions dans un salon de coiffure, mon père et moi et le coiffeur a demandé banalement : "Et votre femme, ça va?" Mon père lui a répondu : "Il s'est passé une catastrophe, elle est morte." À l'instant où mon père a prononcé ces mots, je me suis, pour la première fois, rendu compte qu'effectivement, il s'était passé une catastrophe. C'est ce jour-là que j'ai compris que ma mère était morte.»

Élie comprend, certes... mais il refuse d'admettre ! Pour lui, sa mère n'est pas morte, elle vit encore, quelque part ! Il croit la voir dans la rue, entendre sa voix ! À un moment ou à un autre, c'est sûr, elle va revenir !

Culte des mots

«Au fond, analyse Élie, j'ai usé de toutes sortes de subterfuges pour oublier qu'elle n'était plus là. (...) Très rapidement, j'ai voulu m'adapter, seul, à l'absence de ma mère, du moins en apparence. Et c'est maintenant, à 40 ans, que je sais qu'elle m'a manqué. Jeune, j'en étais inconscient. (...) Tout ce que je sais, c'est que perdre sa mère quand on a 11 ans, ce n'est absolument pas naturel. Oui, c'est tout sauf normal.»

Ce dont Élie est bien conscient, c'est que, malgré son absence, sa mère lui a transmis des valeurs et une passion pour la vie : «Elle était professeur de français. J'en ai gardé un vrai culte des livres et des mots. Dans mon rapport à la mort, aussi depuis longtemps, je suis obsédé par la mort. C'est pour cela que je ne fais que des choses très "vivantes" et que je travaille beaucoup. Je ne me laisse pas le temps de penser... au temps.»

Et, pour lui, c'est aussi parce qu'il a vécu cette terrible expérience que, depuis toujours, il n'est attiré que par les femmes jeunes : «Ce comportement que j'ai vis-à-vis des femmes est vraiment rattaché à mon histoire et à ma mère. Elle est morte à 36 ans : pour moi, elle est restée éternellement jeune. Une femme que l'on aime et qui vieillit, je ne sais pas ce que c'est... et je ne veux pas le savoir.»

Pourtant, en dépit de ce drame essentiel, l'enfance d'Élie Semoun n'a pas été totalement saccagée, comme il le reconnaît lui-même, en rendant hommage... à son père : «À la mort de ma mère, mon père a été vraiment courageux. Il nous a élevés tous les trois, comme il a pu. Il a fait des erreurs, c'est normal ; être père et mère à la fois, ce n'est pas simple.»

Aujourd'hui, marié et père d'un petit garçon de 8 ans, Anthony, Élie Semoun sait qu'il doit tout lui transmettre, tout ce qu'il a de plus précieux. Car mieux que quiconque, il sait à quel point la vie et l'amour de ses parents sont précieux. Et si fragiles...

Thomas Croisière

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