France Dimanche > Actualités > Elizabeth II : Le jour où elle est devenue reine

Actualités

Elizabeth II : Le jour où elle est devenue reine

Publié le 16 avril 2015

C'est au Kenya, première étape d'un voyage de cinq mois avec son mari, qu'Elizabeth II a appris la mort brutale de son père George VI... Six jours plus tard, elle s'asseyait sur le trône britannique.

Le 31 janvier 1952, dans l'avion qui l'emmène à Nairobi, Elizabeth pense avec bonheur à ces merveilleux moments qu'elle va passer en Afrique avec son mari, Philip, loin du protocole et de ses obligations de princesse. Ce séjour au Kenya, première étape d'un voyage officiel de cinq mois, la jeune femme compte bien en faire sa seconde lune de miel. Et profiter pleinement de ce périple que rien ne semble menacer.

Quelques heures auparavant, lorsqu'elle lui a dit au revoir, sur le tarmac de l'aéroport d'Heathrow, où il était venu leur souhaiter un bon voyage, son père, le roi George VI, pour qui elle s'est fait tant de souci, lui a en effet paru totalement remis de la grave opération au poumon qu'il avait subie au mois de septembre.

Un séjour paradisiaque

C'est donc l'esprit tranquille que, dans l'après-midi du 5 février, après deux jours de manifestations et de réceptions, Lilibet pose enfin ses valises à l'hôtel Treetops, construit dans les branches d'un figuier géant en plein cœur du parc national d'Aberdare. La princesse est alors bien décidée à vivre intensément ce séjour paradisiaque.

Perchée, auprès de son cher et tendre, sur la cabane d'observation de Treetops, la jeune femme prend sans arrêt des photos, médusée par le spectacle des animaux sauvages dans la savane. Philip, ému et amusé, écoute sa femme s'extasier devant le spectacle d'un groupe de rhinocéros ou d'un troupeau d'éléphants...

Elizabeth coupée du monde

Pendant ce temps-là, à 6 000 km, un drame se joue au château de Sandringham. Dans la nuit du 5 au 6 février 1952, le roi George VI, qui était atteint d'un cancer, s'est éteint dans son sommeil, emporté par une attaque. Un valet de pied, venu lui apporter son thé, a découvert son corps sans vie à 7 h 30, le 6 au matin.

George VI en 1942
George VI en 1942 ©DR

Mais en cette bien triste matinée, alors que le Royaume-Uni pleure son monarque, Elizabeth ne sait pas qu'elle a succédé à son père. Elle se trouve alors au sommet d'un figuier, isolée à l'autre bout du monde. Selon le Guardian, le télégramme annonçant le décès du souverain, envoyé à la maison du gouverneur à Nairobi, n'a en effet pu être interprété, les clés du coffre où se trouvait la machine à déchiffrer étant introuvables !

Ce n'est donc qu'à 13 h 30 au Kenya, soit 11 h 30 en Grande-Bretagne, qu'un reporter de l'East African Standard, tenant l'information de l'agence Reuter, fait enfin part de la disparition du roi George VI au secrétaire privé d'Elizabeth, Martin Charteris. Sans attendre, celui-ci transmet alors la nouvelle au secrétaire de Philip, Michael Parker, resté à Sagana Lodge, le charmant bungalow près de la ville de Nyeri, où le couple s'est installé après avoir quitté Treetops. Une nouvelle qui sera un choc terrible pour le prince, mis au courant par Parker pendant que son épouse est au salon, occupée à son courrier. Mais le plus douloureux reste à faire : annoncer à Elizabeth la mort d'un père à qui elle vouait une immense affection et un respect sans bornes.

Une terrible nouvelle

"Philip lui a appris la nouvelle dans leur chambre. Puis il a entraîné sa femme dans le jardin pour qu'elle puisse laisser libre cours à son chagrin, loin des regards indiscrets", raconte Michael Parker.

Pour Lilibet, qui ignorait que son père était atteint d'un cancer, la disparition de George VI est une grande souffrance. D'autant que le souverain et sa femme avaient élevé leurs deux filles, Elizabeth et Margaret, dans une chaleureuse atmosphère familiale. Dans son livre The Little Princesses, Marion Crawford, la nounou de la future souveraine, se souvient des parties de cache-cache endiablées auxquelles se livraient les deux fillettes dans les jardins de Windsor Castle avec celui qui n'était encore que le duc d'York. Elle se souvient aussi des rires qui s'échappaient de la salle de bains lorsqu'il assistait au bain de ses enfants, de la joie d'Elizabeth caracolant sur son poney dans le parc au côté de son papa, puis plus tard de la fierté de la jeune femme lors des discussions sérieuses entre le roi et sa fille aînée. Après la guerre, le monarque avait en effet associé son héritière à son travail, lui montrant des documents officiels, sollicitant même son avis.

Une complicité qui, en ce 6 février, manque déjà à la jeune reine. D'après les témoins, malgré la grande dignité dont elle fait aussitôt preuve, elle a les traits tirés, marqués par la douleur. Dans l'avion qui la ramène en Angleterre, en robe d'été et gants blancs, les passagers remarquent qu'elle a les yeux rouges, embués de larmes. Elle ne mettra sa tenue de deuil que peu de temps avant l'arrivée à Londres, comme si elle voulait retarder le plus longtemps possible sa rencontre avec son destin.

Catherine VENOT

À découvrir