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Elizabeth II : Ses petits secrets culinaires

Publié le 12 mars 2020

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© BESTIMAGE Elizabeth II

À 93 ans, la Reine Elizabeth II vient de recruter un nouveau chef français à Buckingham. Un poste à haut risque pour ce fin palais royal des plus exigeants…

Tandis que le Royaume-Uni vient tout juste de couper les ponts avec l’Europe, Elizabeth II, qui était, dit-on, fermement opposée au Brexit, recrute justement un sous-chef spécialisé dans la cuisine française. Une manière bien à elle, tout en détours et habile subtilité, d’affirmer son opinion, peut-être… Selon l’annonce publiée sur le site de Buckingham, le postulant devra seconder le chef, gérer les équipes au plus près et, surtout, être un spécialiste des bons petits plats à la française.

Cette volonté d’embaucher un membre made in France dans ses cuisines viendrait-elle de son désir de retrouver l’émotion gustative que la reine avait notamment ressentie le 5 avril 2004, lorsqu’elle et son époux avaient été invités à la table de Jacques Chirac à l’Élysée pour célébrer le centenaire de l’Entente cordiale ? Il faut dire que, lors de ce dîner d’exception, les convives avaient pu notamment goûter un foie gras d’oie maison à la gelée de sauternes et sa brioche mousseline accompagnés d’un château d’Yquem 1990, un vin blanc liquoreux qui a enchanté les papilles délicates de la reine, laquelle apprécie également les grands vins rouges du Médoc… 

En plus de veiller à concocter les mets préférés d’Elizabeth, cette perle rare devra aussi « planifier des menus pour un large éventail d’occasions ». Il lui faudra aussi se montrer disponible cinq jours sur sept, voire davantage, pour un salaire annuel de 22 076,04 livres [environ 26 000 euros, ndlr] auquel s’ajouteront quelques bonus comme le gîte et le couvert… De quoi tenter un Frenchie adepte des défis qui souhaiterait se confronter aux petites habitudes culinaires, voire aux manies de Sa Très Gracieuse Majesté !

Rien d’extravagant pourtant dans l’assiette de cette souveraine de 93 ans qui aime les plaisirs simples, mais possède des dégoûts très prononcés : « La reine est comme toutes ces charmantes petites dames âgées, dans le sens où elles aiment que les choses soient faites d’une certaine façon et que ce soit ainsi absolument tout le temps », avait, il y a quelque temps, confié son ancien chef, Darren McGrady.

Lilibeth, que son époux, le prince Philip, affuble dans l’intimité de petits noms appétissants tels que « ma petite saucisse adorée » ou « mon chou-fleur », mange et boit peu, ne consomme que des produits de saison, des légumes surtout, peu de viande saignante, préférant le poulet rôti, le gibier et le poisson. Gare à celui qui oserait introduire dans ses menus de l’ail ou de l’oignon ! Aurait-elle une aversion pour ces délicieuses racines qui parfument si bien nos poêlées et nos ragoûts ? On suppose en réalité qu’Elizabeth, amenée à rencontrer des personnalités à longueur de journée, ne veut incommoder personne avec une haleine chargée !

À une époque, les soirs où elle dînait seule, elle s’autorisait une part de haddock servi avec une sauce béarnaise et des frites. Un peu lourd sur l’estomac avant de se coucher, non ? Vous admettrez que ces agapes ont jusque-là plutôt bien réussi à cette solide matriarche ! En fait, la reine doit sûrement son exceptionnelle longévité au fait que le soir elle ne prend en général qu’un repas léger, jamais composé de pâtes, de riz ou de pommes de terre, même s’il lui arrive parfois de commander à ses cuisiniers une omelette aux truffes avec du saumon fumé. C’est d’ailleurs son poisson préféré : lorsqu’elle reçoit, particulièrement si elle séjourne à Balmoral, en Écosse, elle l’offre à ses invités, et il est alors pêché dans le fleuve Dee. Par le passé, à Sandringham, le faisan tiré du jour par le prince Philip atterrissait directement dans l’assiette de sa royale épouse ! Mais c’est le carré d’agneau qu’elle apprécie au plus haut point et qu’elle faisait servir à Buckingham ou à Windsor avec des petits pois ou des carottes. Côté boisson, si elle ne se déplace jamais sans son eau minérale de Malvern, elle ne dédaigne pas un apéritif en privé, pink vermouth ou dry Martini. 


Côté desserts, Lilibeth a ce qu’on appelle le bec sucré et ne boude pas son plaisir devant une tarte au citron, du summer pudding, des poires pochées, une mousse au chocolat ou une glace menthe-chocolat, qu’elle accompagne parfois d’une coupe de champagne… Mais son péché mignon reste le chocolate biscuit cake, qu’elle déguste tout au long de la semaine. « C’est le seul gâteau dont elle demande un morceau tous les jours jusqu’à ce qu’il soit fini, expliquait son ancien chef. Elle en prend une petite part quotidiennement jusqu’à ce que vous vous retrouviez en cuisine avec juste un minuscule, minuscule petit morceau. Mais même celui-là, il faut le lui garder ! »

Si un chef français était bel et bien recruté au palais, ce ne serait pas la première fois que notre gastronomie entrerait dans les cuisines de la couronne britannique. Marie-Antoine Carême, dit Antonin Carême, « le roi des chefs et le chef des rois », premier à porter cette appellation, a été au service du prince régent, futur roi George IV, et l’a même guéri d’une forte goutte rien qu’en lui concoctant des menus diététiques avant l’heure ! Plus récemment, Henri Cédard a régné sur les menus de George V – le grand-père d’Elizabeth II – et inventé l’Empire Christmas pudding. Très proche du souverain, ce dernier lui offrira un cottage sur le domaine de Sandringham, où il finira ses jours en 1935. 

Souhaitons au prochain élu des cuisines de la reine de bénéficier d’un tel traitement…

Clara MARGAUX

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