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Emmanuel Macron : C’est la vie de château !

Publié le 12 juillet 2018

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Après la nouvelle vaisselle de l’Élysée, c’est au tour de la future piscine de Brégançon de faire scandale. Emmanuel Macron semble en proie à la folie des grandeurs…

Voilà une piscine qui n’en finit pas de faire des remous !

Déconnecté de la réalité, notre cher président ?

Il semblerait en tout cas que celui que l’on qualifiait volontiers à ses débuts de
« jupitérien » s’engage, lentement mais sûrement, dans la voie monarchique.

Celle du faste, des réceptions en grande pompe et des dépenses inconsidérées.

Cette piscine que le couple Macron veut faire construire au fort de Brégançon, c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le bassin !


Après avoir lancé que les aides sociales coûtaient au pays « un pognon de dingue » et recadré au mont Valérien un collégien un peu insolent qui l’apostrophait d’un : « Ça va, Manu ? » en rétorquant : « Tu m’appelles monsieur le président », c’est la boulette de trop.

“Moi d’abord”

C’était écrit, diront certains.

« Macron veut incarner totalement la monarchie présidentielle, il se prend au sérieux, même si c’est un bon comédien », observe Marc Endeweld, journaliste et auteur d’une biographie du chef de l’État, L’ambigu Monsieur Macron (Flammarion).

Il est vrai que pour alimenter cette thèse, les éléments ne manquent pas.

Dès le jour de l’annonce de sa candidature à la présidence, fin 2016, l’ex-ministre de l’Économie, qui rêve de grandeur, se rend à la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France.

Le soir de son « sacre », c’est l’apothéose.

Visage grave, il investit sa fonction au Louvre en accumulant les symboles monarchiques : ombre chinoise se découpant sur l’ancien palais des rois, avec en arrière-plan cette pyramide voulue par le « sphinx » François Mitterrand.

Peu après, l’ami de Stéphane Bern se rend dans la demeure de Louis XIV pour s’exprimer face au congrès, à Versailles.

Dans la foulée, il reçoit Vladimir Poutine, le nouveau tsar russe, dans la galerie des Glaces.

Difficile de faire plus royal, comme accueil !

Un peu plus tard, « Monsieur » le président de la République investit le château de Chambord, pour fêter son quarantième anniversaire. Rien que ça !

Après quoi, c’est au tour de Donald Trump de goûter au luxe à la française.

Dîner à la tour Eiffel, défilé du 14 Juillet, le président américain, milliardaire, pourtant habitué au bling-bling, est « ébloui ».

Et puis, il y a aussi la relation amicale assumée qu’entretient Emmanuel Macron avec le royaliste Philippe de Villiers. Pour lui rendre visite en Vendée, il y a quinze jours, il a même fait le trajet à bord du Falcon de la République, en plein débat sur les restrictions budgétaires.

Autant d’indices qui en disent long sur sa conception particulière de la fonction présidentielle : « Il a le sentiment d’être de cette catégorie de personnes qui ont le devoir de diriger, assure Marc Endeweld. C’est une conception presque aristocratique de la politique. Il croit en son destin, politique, personnel. Il croit être investi d’une mission. »

Une mission qui pourrait finir par coûter très cher aux contribuables français !

Il y a deux semaines, l’on apprenait que l’Élysée avait passé commande auprès de la Manufacture de Sèvres d’un nouveau service en porcelaine.

Coût de la facture avancé par le palais : 50 000 euros.

Mais selon Le Canard enchaîné, la note annoncée était largement minorée, et cette somme ne servirait qu’à rémunérer les « 30 artistes et designers » qui ont participé à un concours lancé par le palais pour élire la plus belle vaisselle.

Renseignements pris auprès de l’illustre manufacture, à raison de 400 euros minimum par assiette, l’achat de 1 200 pièces reviendrait plutôt à un demi-million d’euros.

Ça fait cher le service !

Revenons à cette fameuse piscine à Brégançon.

Emmanuel, qui s’était rendu dans la résidence d’été de la présidence avec son épouse l’an dernier, avait réclamé le rafraîchissement d’une partie du fort après son passage.

Et cet été, le couple a envie de se baigner en toute intimité au beau milieu des jardins terrasses arborés et fleuris qui ceinturent l’imposante bâtisse construite entre le XIIe et le XVIIe siècle, classé monument historique.

Une lubie qui a déclenché un véritable tsunami médiatique jusque dans les rangs des troupes du président.

Cette toquade apporte de l’eau au moulin des élus LREM qui fustigent en secret le côté « Moi, d’abord » de Macron.

Pour eux, ces dépenses ne permettent pas seulement à en mettre plein la vue aux grands de ce monde et à faire rayonner la France à l’international.

Elles servent aussi à flatter l’ego d’un « président des riches » qui, selon eux, semble bel et bien avoir pris le « melon ».

« La piscine, c’est un signe ostentatoire de richesse, comme une voiture cabriolet. C’est la faute de carre, la boulette ! », tacle, dans Le Parisien, un député de la majorité, qui redoute que l’opposition s’en régale : « Si j’étais à leur place, j’en ferais le Fouquet’s de Macron. »

Deniers publics

Voyant enfler la polémique, la présidence tente de jouer la carte de la transparence.

Il s’agira, dit-on, d’une piscine hors-sol et non enterrée, « pour respecter les lieux », classés.

Elle sera montée avant les vacances du couple Macron, en août, et elle est démontable.

Coût prévisionnel : « 34 000 euros », prélevés sur le budget de Brégançon – donc sur des deniers publics –, qui se monte à 150 000 euros par an (contre 200 000 sous Chirac), ajoute la présidence.

Un coût largement sous-évalué lorsque l’on connaît les contraintes techniques dues au terrain escarpé du site.

Une facture aux alentours de 50 000 euros au bas mot semble plus plausible.

Mais pourquoi vouloir une piscine lorsque l’on jouit d’une propriété les pieds dans l’eau ?

Pour échapper aux paparazzis qui planquent aux abords de la plage privée, répond l’exécutif.

Et dans un communiqué publié dans Le Journal du dimanche, l’Élysée précise que « cet aménagement permettra d’économiser 60 000 euros, soit le prix de deux embarcations de gendarmerie, d’ordinaire dévolues au sauvetage en mer et qui sont consacrées l’été à la protection du président ».

Certes, Macron n’est pas le premier à vouloir améliorer son « ordinaire ».

Michel Rocard, Premier ministre, avait fait construire un terrain de tennis et une piscine à la résidence officielle de La Lanterne, près de Versailles.

Même Hollande, qui se targuait d’être un « président normal », avait voulu, durant l’été 2012, donner un peu de chaleur à l’austère résidence présidentielle varoise, en se faisant livrer 40 cartons de coussins en provenance de chez Kettal, une enseigne barcelonaise très chic, où la moindre galette de chaise se paie environ 200 euros.

Quant à Sarkozy, on ne peut pas dire qu’il a regardé à la dépense pour son Air Sarko One, un Airbus A330 qui avait tout d’un palace volant…

Avec ses 500 000 euros de vaisselle auxquels s’ajoutent les 50 000 euros de la future piscine, le couple présidentiel n’a pas peur d’en faire trop.

Mais gare au retour de bâton, car le petit peuple, « ceux qui ne sont rien », comme les désigne lui-même le chef de l’État, pourrait bien finir par se fâcher pour de bon…

Sophie MARION

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