France Dimanche > Actualités > Emmanuel Macron : L’enfant qui voulait être roi !

Actualités

Emmanuel Macron : L’enfant qui voulait être roi !

Publié le 19 janvier 2019

Sûr de lui, solitaire et condescendant… Le romancier Patrick Rambaud brosse un portrait sans concession du chef de l’État.

Il est à la Ve République ce que Saint-Simon fut au règne de Louis XIV et à la Régence : le chroniqueur à la plume acérée des heurs et malheurs de nos monarques élus, régnant sur l’Élysée et sur la France. Après Nicolas Sarkozy et François Hollande, Patrick Rambaud, de l’académie Goncourt, dont il décrocha le prix, se penche sur le nouvel occupant du palais présidentiel. Dans Emmanuel le Magnifique, qui vient de paraître chez Grasset, l’auteur brosse un portrait sans concession du chef de l’État. Un ouvrage achevé avant que ne débute la crise des « gilets jaunes », mais dont la lecture permet de mieux comprendre le décalage entre notre président et son peuple en colère.

Rédigé sur le ton de l’ironie, comme si l’auteur était le mémorialiste d’un souverain élu par ses sujets, le titre de ce livre, aussi brillant que les précédents, en dit déjà long sur le point de vue du romancier : le Magnifique ne fait pas allusion au film ayant pour héros Jean-Paul Belmondo, mais au surnom donné à Laurent de Médicis, figure illustre du XVe siècle florentin. Et le récit de Rambaud décrit la trajectoire d’un homme qui voulait grandir trop vite, trop sûr de son destin.

Un désir chevillé au corps que notre futur président exprima très tôt, choisissant d’être élevé par sa grand-mère maternelle, Germaine Noguès, une directrice d’école à la retraite dont Emmanuel l’Amiénois devint le dernier et le plus assidu des élèves. Dans Révolution, il rend d’ailleurs un bel hommage posthume à celle qui fit son éducation : « Ma grand-mère m’a appris à travailler. Dès l’âge de 5 ans, une fois l’école terminée, c’est auprès d’elle que je passais de longues heures à apprendre la grammaire, l’histoire et la géographie. » Déjà son amour pour ses aînés l’incitait à leur ressembler, à un âge où l’on porte encore des couches-culottes. « À 2 ans, précise Rambaud, son père le surprit plusieurs fois avec à la main un volume tiré de ses rayons, comme s’il allait le lire, mais où il se contentait de glisser un crayon en guise de marque-pages ; par cette singerie enfantine, il connaissait déjà le culte des apparences. »

Ce simple mimétisme allait bientôt se développer, grâce à l’apprentissage de la lecture. À la fréquentation de ses camarades de classe, le petit garçon allait tout de suite préférer celle des bouquins, avouant plus tard tout ce qu’il devait à ses auteurs de chevet : « J’ai appris chez Colette ce qu’est un chat ou une fleur, a-t-il déclaré, et chez Giono le vent froid de la Provence et la vérité des caractères. »


Cette confession en dit long sur la personnalité du jeune Macron : un doux rêveur solitaire, s’évadant dans l’univers de la fiction, qui lui semblait bien plus séduisant que la réalité. Et, entre les pages des ouvrages dénichés dans la vaste bibliothèque familiale, le futur homme politique découvrait que, au moins chez les littérateurs, l’amour se moquait des différences d’âge. Ainsi, dans Le Rouge et le Noir, le chef-d’œuvre de Stendhal, Mme de Rênal succombait au charme du jeune Julien Sorel. 

Une intrigue dont Emmanuel, devenu adolescent, a dû se souvenir quand, pour citer Patrick Rambaud, sa route croisa celle d’une professeure de lettres : « La baronne d’Auzière avait vingt-quatre ans de plus que lui et des enfants de son âge. Et après ? Quelle importance ? Un quart de siècle séparait Mme de Staël de son jeune second mari. » Son coup de foudre réciproque avec Brigitte allait malgré tout leur valoir la réprobation de tous les bien-pensants d’Amiens, qui rappela sans doute à ce lettré en herbe une phrase du sulfureux André Gide : « Les bourgeois honnêtes ne comprennent pas que l’on puisse être honnête autrement qu’eux. » L’élève et la maîtresse, au propre comme au figuré, furent réunis grâce au bien nommé lycée La Providence, créé par un ordre aux lois très particulières : « Les Jésuites étaient en même temps autoritaires et bienveillants, distants et familiers, supérieurs et humbles, ni pour ni contre mais les deux à la fois. Quiconque a reçu leur éducation en reste marqué à vie. »


Patrick Rambaud

Patrick Rambaud parle là en connaissance de cause. Et ce parcours scolaire explique à l’en croire l’attitude d’Emmanuel des années plus tard, quand, devenu énarque malgré lui, après avoir échoué deux fois à intégrer Normale sup, revers cuisants pour ce littéraire, il se souvient des leçons des « bons pères, souriant en permanence, même accablés par le travail ». Disponible jour et nuit, ce bosseur invétéré finit par taper dans l’œil de la banque d’affaires Rothschild. Lors de son entretien d’embauche, son recruteur ne tarit pas d’éloges sur lui, mais remarque néanmoins un détail : Emmanuel porte des chaussures marron. Un terrible fashion faux pas à la City ! Qu’à cela ne tienne, il s’offrira une paire de richelieu noires !

À cet art de s’adapter aux circonstances, ce jeune homme aux dents longues ajoute une autre qualité : une incroyable confiance en lui, assez forte pour le convaincre de faire de la politique comme personne ne l’avait osé avant lui. « Il se savait populaire car différent, explique l’un de ceux qui l’ont côtoyé quand il était ministre de l’économie de François Hollande, jusqu’en 2016. Les critiques ne le touchaient pas. » Mais cette médaille a son revers, comme le souligne un autre de ses proches de l’époque : « Il est brillant et singulier mais a aussi un côté enfantin et arrogant qui peut le rendre imprudent. »

Une fois son triomphe acquis en mai 2017, cet homme pressé, qui n’a jamais eu le sentiment d’avoir trahi François Hollande, a gouverné à sa manière : celle d’un monarque républicain, seul maître à bord. Peut-être n’est-ce pas par hasard qu’Emmanuel Macron a choisi de fêter ses 40 ans au château de Chambord, sur les bords de Loire, la plus vaste des résidences de François Ier. Sa volonté de faire entendre sa voix sans trop écouter celle des autres lui aura permis d’accéder en quelques mois, sans la moindre expérience antérieure, à la plus haute fonction de l’État. 

Mais cette foi en sa bonne étoile ne suffit pas toujours pour vaincre, comme en témoigne la crise sociale actuelle. Pour gouverner, il faut à la fois du flair mais aussi des oreilles attentives.

Claude LEBLANC

À découvrir