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Ennio Morricone : Adieu Maestro !

Publié le 21 juillet 2020

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Ennio Morricone, l’artiste de 91 ans, qui a signé les musiques de 500 films, nous a quittés le 6 juillet.

Il faudrait bien plus d’une minute de silence pour rendre hommage à celui qui a si bien su l’habiller… Compositeur de génie, il rêvait de faire carrière dans la musique contemporaine mais a connu la gloire grâce au cinéma, qui lui doit tant. Comme disait de lui son ami et compatriote, Sergio Leone, pour qui il a écrit, entre autres, les bandes originales de la trilogie du dollar (Pour une poignée de dollars, Le Bon, la Brute et le Truand, Et pour quelques dollars de plus) et d’Il était une fois en Amérique : « Il est mon meilleur scénariste. » Ce dimanche 6 juillet, l’enchanteur d’images a poussé sa dernière note. Hospitalisé à Rome pour une fracture du fémur après une mauvaise chute, Ennio Morricone s’en est allé tutoyer les anges. Il avait 91 ans.


La musique, il est tombé dedans tout petit. Aîné d’une fratrie de cinq enfants, il voit le jour le 10 novembre 1928, dans cette Rome qu’il n’a jamais quittée. Fasciné par son père, Mario, trompettiste dans un orchestre de jazz, il crée ses premières compositions à l’âge de 6 ans. Quatre ans plus tard, il entre au prestigieux conservatoire de Santa Cecilia où son génie précoce fait l’admiration de ses professeurs. Il y apprend, outre la trompette, l’art de l’orchestration. Ses études achevées, il fonde avec quelques amis Nuova Consonanza, un groupe d’improvisation avant-gardiste.

C’est à cette même époque qu’il rencontre celle qui sera sa muse et son unique amour, Maria Travia. « Elle m’a tout de suite beaucoup plu », confiait-il au quotidien italien Corriere della Sera. Amie de sa sœur, cette pétillante brune, originaire de Sicile, ne tombe pourtant pas dans ses bras. Il faudra en effet un tour tragique du destin pour cristalliser leur amour. Quelque temps après leur première rencontre, Maria est victime d’un grave accident de voiture. Très épris, Ennio passe de longues heures à son chevet, gagnant comme cela le cœur de sa belle. « Elle souffrait beaucoup. Je suis resté auprès d’elle. Et ainsi, jour après jour, goutte à goutte, elle est tombée amoureuse. Parce qu’en amour comme dans l’art, le tout, c’est la constance ! »

Six ans plus tard, en 1956, ils se disent « oui » pour le meilleur et pour la vie. Mais le meilleur tarde à arriver. La première œuvre classique d’Ennio ne rencontre pas le succès escompté. Et il lui faut faire bouillir la marmite, d’autant que Maria vient d’accoucher de leur premier fils, Marco. Il décroche un poste à la RAI, principal groupe audiovisuel italien. Mais son tempérament exigeant et impétueux ne s’accommode pas des compromis artistiques qui lui sont demandés : 24 heures seulement après son arrivée, il claque la porte ! Il tente alors sa chance dans la chanson, écrivant des arrangements pour des artistes en vogue. C’est ainsi qu’en 1963 Charles Aznavour fait appel à ses services pour les deux disques qu’il sort en italien.

À la télévision et à la radio, pour lesquelles il réalise de nombreux génériques d’émissions, Ennio commence à faire parler de lui. Il a aussi effectué une première incursion au cinéma signant, en 1961, la bande originale du film Il Federale (sorti en France sous le titre Mission ultra-secrète) de Luciano Salce.

Mais en ce début des années 1960, c’est un ancien camarade de classe qui va lui tendre la perche vers la gloire. Sergio Leone, qui veut redonner ses lettres de noblesse au western en le revisitant à la sauce italienne, (d’où l’expression « western spaghetti »), lui confie la musique de Pour une poignée de dollars. Mélangeant hardiment trompette, sifflets, chœurs, cuivres et guitare électrique, Ennio signe un chef-d’œuvre absolu, contribuant pour beaucoup au souffle épique du film. C’est un immense succès et le début d’une géniale collaboration, aussi bien amicale qu’artistique : Ennio écrira toutes les musiques des films de Sergio, qui le fera même venir sur le tournage d’Il était une fois dans l’Ouest pour guider le jeu de des acteurs, Claudia Cardinale, Henri Fonda et Charles Bronson.

Père de trois autres enfants – Andrea, Alessandra et Giovanni –, Ennio devient, à partir des années 1970, celui que tous les réalisateurs s’arrachent, d’Henri Verneuil (Le Clan des Siciliens), à Brian de Palma (Les Incorruptibles), en passant par Georges Lautner (Le Professionnel), Roland Joffé (Mission), Giuseppe Tornatore (Cinema Paradiso), ou Quentin Tarantino. Avec ce dernier, il remporte un Oscar pour la musique des Huit Salopards, sorti en 2016.

Assisté par Maria, dont l’oreille attentive le guide et qui écrit les paroles de certains de ses morceaux, l’artiste prodigue a composé, en soixante-dix ans de carrière, 500 musiques de films. Terreur des journalistes, celui qui exigeait – à juste titre – qu’on l’appelle « Il Maestro » n’hésitait pas à envoyer balader ceux dont les questions lui semblaient sans intérêt ! Et il insistait beaucoup sur son travail de compositeur en dehors du cinéma. Il est en effet l’auteur de quelque 80 pièces classiques, dont une messe écrite pour le pape François en 2015. « Dans toute ma musique il y a quelque chose de sacré », confiait-il. Et d’unique. Quelques notes suffisent en effet pour reconnaître le style baroque, inspiré, inimitable et poétique d’Ennio Morricone. Il Maestro n’est plus mais sa musique, elle, n’a pas fini de nous émouvoir…

Lili CHABLIS

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