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Enrico Macias : Effondré par la mort de son père

Publié le 19 mars 2004

Sylvain Ghrenassia, le père de Enrico Macias, s'est éteint à l'âge de 85 ans, le 15 mars dernier...Sylvain Ghrenassia, le père de Enrico Macias, s'est éteint à l'âge de 85 ans, le 15 mars dernier...Et dire qu'il ne voulait pas que son fils fasse de la musique ! Aujourd'hui, il fait nuit dans le cœur de Enrico Macias, comme si le soleil s'en était allé à jamais... Une nuit glacée, insondable et douloureuse : la nuit noire du deuil. Son père, Sylvain, s'en est allé pour toujours, à 85 ans. Cette fois Enrico est définitivement orphelin.

Déjà, en mai dernier, il avait dû dire un ultime adieu à Suzanne, sa maman. À 88 ans, la vieille dame avait fermé les yeux sur un monde qui ne lui avait pas toujours été clément, mais qu'elle aimait profondément.

«Maman, c'était le sacrifice, devait alors dire Enrico, des larmes dans la voix. Elle a beaucoup souffert, mais elle avait toujours le sourire.» C'est cette femme admirable qu'Enrico avait accompagnée jusqu'à sa dernière demeure, dans le carré juif du cimetière de Pantin, aux portes de Paris.

Dix mois se sont écoulés. Dix mois de tristesse pour Enrico, mais surtout pour Sylvain, son père. Sylvain, qui se sentait comme amputé de n'avoir plus auprès de lui cette tendre épouse qui l'avait accompagné durant tant d'années. Celle avec laquelle il avait partagé tant de joie ; celle qui lui avait donné de si beaux enfants et parmi eux celui qui allait connaître l'exceptionnel destin des stars : Enrico.

Mais Suzanne, c'était aussi la compagne des mauvais jours, ceux du déracinement, de l'exil. Mais c'était surtout ce doux sourire qui savait mettre du soleil quand la grisaille de Paris était venue balayer le beau ciel bleu d'Algérie. Privé de sa moitié, Sylvain n'avait plus le goût de vivre.

Tout l'amour de ses enfants et de ses petits-enfants n'y pouvait rien changer. Et au fil des mois, il a décliné à son tour, jusqu'à s'éteindre ce douloureux 15 mars, alors que - ironie du sort ou clin d'œil du destin - un véritable soleil d'été illuminait alors Paris.

Adieu

En disant adieu à son père, c'est à toute sa vie qu'Enrico dit aujourd'hui adieu, à commencer par son enfance. Une enfance d'amour, de lumière, de parfum mais surtout de musique.

Car c'est à Sylvain qu'Enrico doit sa passion pour cette musique arabo-andalouse avec laquelle il vient encore de triompher avec son dernier album conçu avec son fils Jean-Claude, Oranges amères.

En effet, Sylvain était un grand violoniste et, dès son plus jeune âge, le petit Enrico, qui ne s'appelait encore que Gaston, a été bercé par ses arpèges. Gaston, un prénom choisi par Sylvain en souvenir d'un petit garçon de neuf ans prématurément arraché à sa famille.

Pourtant, bizarrement, Sylvain a été loin d'encourager son fils dans la voie que lui-même avait choisie. «Mon père n'appréciait pas du tout mon goût pour la musique, a révélé Enrico dans son livre de souvenirs, Non je n'ai pas oublié, paru aux éditions Robert Laffont. Quand il voulait me punir, il cachait ma guitare, ce qui ne m'empêchait de la récupérer pour continuer, dès qu'il avait le dos tourné, pour continuer d'apprendre ce que personne ne semblait vouloir m'enseigner.»

En fait, comme il devait l'avouer plus tard, Sylvain Ghrenassia avait peur de cet avenir pour son fils. «Je ne voulais pas qu'il soit musicien car je me rappelais combien j'avais souffert.» Finalement, devant tant de passion, Sylvain avait fini par céder. Comment aurait-il pu faire autrement, lui le violoniste, fils d'un flûtiste hors pair ? Chez les Ghrenassia, c'est ainsi ; on est musicien de père en fils, qu'on le veuille ou non.

Comme il a dû être fier par la suite, Sylvain, de voir son fils rencontrer un tel succès ! Avec Suzanne, ils étaient de toutes ses premières, applaudissant à tout rompre à la fin de chaque chanson. Et pour Enrico, c'était un soutien de savoir qu'à l'Olympia ou lors de ses autres spectacles, ses parents étaient là, quelque part dans le noir de la salle pour le soutenir de tout leur amour.

Voici sans doute, parmi des milliers d'autres, les souvenirs qui remontent à la mémoire d'Enrico au moment de l'ultime adieu. Des souvenirs tendres et doux, mais aussi déchirants car alors on sait qu'ils ne sont désormais plus que des souvenirs.

Désormais Sylvain est parti rejoindre Suzanne dans l'au-delà et, même s'il est profondément croyant et qu'il se doit de se réjouir de les savoir réunis pour l'éternité, Enrico Macias n'en est pas moins aujourd'hui terriblement seul. Seul, comme un enfant perdu.

Daisy Lemercier

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