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Enrico Macias : “Je suis devenu chanteur par accident !”

Publié le 17 mars 2019

Alors qu’il vient de fêter ses 80 printemps, Enrico Macias garde une âme d’enfant. Confidences d’une icône populaire.

Un nouvel album, l’Olympia ces 9 et 10 février, l’interprète d’Enfants de tous pays, qui vient de souffler ses 80 bougies, paraît plus en forme que jamais, heureux de pouvoir continuer à nous enchanter sur scène à un très bel âge. En exclusivité pour France Dimanche, l’artiste revient sur huit décennies d’une vie riche de joies immenses mais aussi de drames intimes.

France Dimanche : Ce week-end, vous serez à l’Olympia pour deux dates exceptionnelles. Que ressentez-vous ?
Enrico Macias : Je suis particulièrement heureux, car je vais y fêter mon anniversaire ! Il y aura des surprises, pas des mauvaises, j’espère [Rire]. Je pense que le public devrait être content. J’ai fait mon premier Olympia en 1964, en vedette américaine des Compagnons de la chanson, et j’y chantais Paris tu m’as pris dans tes bras. J’adore cet endroit.

FD : On vous retrouve bientôt dans une nouvelle série de Netflix, Family Business, dont l’histoire est un peu loufoque…
EM : Oui, on a déjà tourné une première saison, et j’espère participer à la seconde, car je me suis beaucoup amusé. J’aime jouer la comédie. Pour moi qui conserve une âme d’enfant, qui adore rigoler avec les copains, c’est une vraie récréation. La chanson, c’est plus sérieux et un peu plus solitaire aussi. Même s’il y a les musiciens, bien sûr, il y a moins cet effet de troupe. Et puis, je tournais la plupart du temps avec Gérard Darmon, qui est un ami intime et un acteur que je trouve fantastique. Je joue mon propre rôle, mais dans une histoire qui n’est pas la mienne, car moi, je n’ai jamais fumé un joint de ma vie ! Alors imaginer le public me voir griller un pétard, c’est surréaliste ! [Rire] Vous risquez d’être surpris ! Mais enfin, c’est pour la bonne cause. J’essaie de convaincre Gérard Darmon de transformer sa boucherie en coffee-shop, car le cannabis va être légalisé. Enfin, vous verrez, c’est tout une histoire et c’est très drôle !

FD : Vous avez eu 80 ans le 11 décembre. êtes-vous angoissé par le temps qui passe ?
EM : Pas du tout. Vieillir ne me pose aucun problème. Je me dis que beaucoup de gens sont partis sans avoir la chance d’arriver à mon âge. De plus, atteindre 80 ans et continuer à être en haut de l’affiche, c’est quand même pas mal, non ?

FD : Quel est votre secret pour rester en forme ?
EM : Il y a encore quelques années, je courais 20 km par jour. Aujourd’hui je ne le fais plus, mais je garde une bonne hygiène de vie. Je fais très attention à moi.

FD : Le petit garçon que vous étiez imaginait-il un tel destin ?
EM : Absolument pas. Comme mon père était musicien, c’est vrai que je rêvais de faire comme lui. Mais pas de chanter, ça non. D’ailleurs, je suis devenu chanteur un peu par accident, ou plutôt par chance. Quand j’étais jeune, je ne pensais pas avoir une belle voix. Et puis, un jour, dans ma chambre, fenêtre ouverte, je gratouillais ma guitare en fredonnant. Soudain, j’ai vu un attroupement se former dans la rue pour m’écouter. Là, j’ai compris que je me trompais : j’étais peut-être fait pour ça, finalement. Et, cinquante-sept ans après, je me dis que j’ai eu raison.


FD : Travaillez-vous beaucoup votre voix ?
EM : Oui. Disons qu’il y a deux médicaments pour protéger sa voix : le travail et beaucoup dormir. Le sommeil repose les cordes vocales, et prendre des cours de chant les solidifie et permet aussi de mieux respirer.

FD : Vous arrive-t-il de songer qu’un jour vous ne pourrez plus chanter ni monter sur scène ?
EM : Ce serait terrible ! Je ne dis pas que je me suiciderais, car je suis contre ça, mais ce serait comme si ma vie s’arrêtait. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point c’est toute ma vie !

FD : Avez-vous des regrets ?
EM : Non, pas dans ce domaine-là. Mes seuls regrets sont ceux d’avoir perdu des êtres chers, ma femme, mon beau-père, mon pauvre frère, mes parents… Malgré l’immense bonheur que j’ai de faire ce métier, ces douleurs demeurent très vives. Quelques mois après la disparition de mon épouse, je ne pouvais plus chanter. Plus aucun son ne sortait de ma bouche. Je me souviens d’ailleurs avoir été contraint d’aller faire une émission de télé qui était programmée depuis longtemps. Ç’a été terrible. J’ai fini par y arriver quand même, mais non sans peine. Dans toutes ces épreuves, c’est la musique qui m’a permis de tenir le coup, ainsi que l’amour du public, une authentique thérapie.

FD : Vous confiez que votre femme, Suzy, est toujours très présente…
EM : C’est vrai, elle est là, tout près de moi, je la sens. Elle veille sur moi.

FD : Vous avez une fille, Jocya, 56 ans, et un fils, Jean-Claude, 51 ans ; ainsi que cinq petits-enfants, Symon, 24 ans, Elyot, 22 ans, Julia, 22 ans, Ethel, 18 ans et Jérémie, 10 ans. Leur avez-vous transmis votre passion pour la musique ?
EM : Bien sûr, du premier au dernier, ils sont tous musiciens. Mais, je ne leur ai jamais appris, c’est inné, dans nos gènes. Et aucun ne joue la même musique. Avec eux, je crois être la tendresse même. Je garde tant de beaux souvenirs de mes grands-parents que je souhaite qu’ils en conservent d’aussi bons avec moi. C’est un lien très différent de celui qu’on a avec ses enfants et que je trouve très important et magnifique.

FD : Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance ?
EM : Mes grands-parents, justement, car ce sont eux qui m’ont élevé, et le lien qui nous unissait était particulièrement fort. Ma grand-mère paternelle a d’abord eu mon père, puis une fille, et enfin un second fils qui s’appelait Gaston, décédé au moment où je suis né. Ainsi, pour tenter d’atténuer son chagrin, elle a convaincu mes parents de me donner le prénom de cet oncle disparu et de me garder avec elle, ce qui a créé quelques conflits avec ma maman. Mais je conserve un souvenir fabuleux de ma grand-mère. C’était une femme exceptionnelle !

FD : Au départ, vous vous destiniez plutôt à l’enseignement ?
EM : Oui, j’ai été instituteur durant un an, à 60 km de Constantine. Je me souviens qu’on enseignait tout par la méthode globale. L’univers des enfants me plaisait déjà énormément. Puis on a tué mon beau-père lors d’un attentat, et j’ai été obligé de fuir vers la France. Là, j’ai envoyé une lettre à l’éducation nationale pour demander un poste, et j’ai reçu une affectation deux ans après ! Autant vous dire qu’entre-temps, je m’étais réorienté vers… la musique ! Mais, orphelin de celle, arabo-andalouse, de mon beau-père, Cheikh Raymond, j’ai dû inventer un nouveau répertoire.

FD : Vous aurez passé votre vie à chanter la paix. Que ressentez-vous face aux atrocités de notre monde ?
EM : Elles ont malheureusement toujours existé. Mais, cela n’empêche pas la marche inexorable de l’humanité vers la paix. Je suis bien conscient de toutes ces horreurs qui font du mal à tant de gens, mais si, individuellement, on peut connaître des drames, l’humanité entière s’en sortira toujours. Je suis convaincu que chacun, dans son for intérieur, son subconscient, a envie que ça aille mieux. En ça, je suis confiant, car la destinée de l’humanité n’est pas aussi noire qu’on le pense. Si on existe encore après tout ce qu’il s’est passé, c’est que le positif a gagné.

FD : En cinquante-sept ans de carrière, vous avez évidemment réalisé plein de rêves. En nourrissez-vous encore ?
EM : On a toujours des rêves. J’aime chanter, jouer la comédie et j’adore rêver !

FD : Et qu’en est-il de vos déboires judiciaires vis-à-vis de la banque Landsbanki ?
EM : Je préfère ne pas en parler, car il n’y a rien de nouveau [la Cour de cassation rendra son arrêt le 14 mars, ndlr]. Tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est très long et vraiment douloureux.

Caroline BERGER

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