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Enrico Macias : Son message de tolérance !

Publié le 14 février 2015

Bien connu pour ses prises de position en faveur de la fraternité�, Enrico Macias vient de démontrer qu’il les appliquait aussi dans la rue…

Il a eu 76 ans le 11 décembre dernier, et on a l’impression de le connaître depuis toujours. Enrico Macias, né Gaston Ghrenassia, fait partie de notre famille. Une place conquise depuis plus de cinquante ans grâce à des tubes comme Paris, tu m’as pris dans tes bras ou Enfants de tous pays.

Plus qu’un chanteur, Enrico, Juif né en Algérie, qu’il a quittée le 29 juillet 1961, est un messager de paix. Durant toute sa carrière, dans toutes ses chansons, il a prêché le même message : aimez-vous les uns les autres, quelles que soient vos origines, votre nationalité ou votre religion… Juif ou Arabe, Blanc ou Noir, même combat ! Cet activisme lui a valu d’être nommé « Chanteur de la paix » en 1980 par les Nations unies.

Rebaptisée depuis «Messager de la paix », cette distinction compte parmi ses récipiendaires George Clooney, Stevie Wonder, Michael Douglas, Mohamed Ali, Luciano Pavarotti… C’est dire l’honneur qui fut alors fait à Enrico Macias.

Humaniste

Aujourd’hui encore, dans un monde qui semble vaciller, le chanteur n’abdique pas. L’an dernier, pendant le conflit de Gaza, il confiait sa douleur d’humaniste. « Les victimes, qu’elles soient israéliennes ou palestiniennes, ça me fait mal au cœur. Une maman qui perd son enfant, qu’elle soit ennemie ou amie, c’est toujours une maman. »

Alors, bien sûr, les heures sombres que nous venons de traverser, Enrico Macias les a éprouvées à 200 %. L’amoureux de la liberté d’expression et du vivre ensemble a été anéanti par la violence de l’attaque contre Charlie Hebdo. Mais, comme des millions de Français qui ont manifesté le 11 janvier pour le crier – et parfois reprendre en chœur Enfants de tous pays –, il croit en des lendemains meilleurs, en une société où tout le monde pourra vivre dans le respect mutuel. Et Enrico applique au quotidien son credo !

Le natif de Constantine vient ainsi de raconter au Parisien une scène qu’il a vécue durant ces derniers jours. « Un jeune Maghrébin m’a interpellé dans la rue en me disant : “Salut Enrico”, et en ajoutant “Vive la Palestine”. » Cette adresse provocatrice visait, bien entendu, à faire sortir de ses gonds l’interprète de Noël à Jérusalem. C’était mal le connaître. Et oublier qu’il a aussi chanté Mon ami, mon frère. « Je lui ai dit : “Je suis d’accord, vive la Palestine. Moi aussi je peux le crier. Mais je veux que tu cries aussi vive Israël.” » Le charisme de l’artiste étant décidément sans limites, que croyez-vous que fit l’impertinent ? « Tous les deux, on a crié : “Vive Israël, vive la Palestine !” Quelle leçon je lui ai donnée », s’amuse Enrico.

Cette scène a dû lui rappeler de bien mauvais souvenirs. En effet, en 2007, un juif intégriste a accusé le poète de chanter dans la rue pour les Arabes et de vouloir faire la paix avec eux. Le sang méditerranéen de l’artiste n’aurait alors fait qu’un tour : « Qu’est-ce que ça peut te faire ? Oui, je suis pour la paix et alors ? » Le ton est monté, et Enrico Macias a été blessé par un projectile. Sa blessure a alors nécessité la pose de trois points de suture à la main. Instruit par cet incident, c’est avec un calme olympien que le chanteur a géré la situation délicate vécue avec le jeune Maghrébin.

Ce sont cet optimisme, cette foi en l’être humain qui font avancer le sage. Septuagénaire, il continue d’enregistrer des albums (le dernier, Venez tous mes amis ! date de 2012) et de donner des concerts. Après des dates à Paris, Lyon, Aix-en-Provence et Dugny (Seine-Saint-Denis) ce mois-ci, il sera aussi au Cannet (Alpes-Maritimes) le 28 mars prochain. Oui, l’optimisme est le meilleur des élixirs de jouvence et semble avoir donné la vie éternelle à Enrico.

Couche-tard pathologique, l’artiste fait une demi-heure de guitare par jour, puis nage trois quarts d’heure, avant de s’astreindre à une séance d’abdominaux dans son appartement des Grands Boulevards, à Paris. Il y a encore quatre ans, ce sportif accompli courait même 20 kilomètres tous les jours !

Sa volonté d’aller de l’avant est d’autant plus admirable qu’Enrico vit seul depuis la mort de sa femme, Suzy, en 2008. « Je l’ai épousée quand elle avait 18 ans. Et elle était déjà malade. […] Elle a tellement souffert avec des opérations à cœur ouvert que je me dis qu’aujourd’hui elle est bien où elle est. Il faut savoir tourner une page », dit-il avec philosophie.

C’est peut-être pour cela que Enrico Macias va bientôt quitter son logement, devenu trop grand pour lui. Mais ne comptez pas sur lui pour quitter la France ! « L’antisémitisme, il faut le combattre, pas le fuir. »

Benoît Franquebalme

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