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Equithérapie : “Comment je soigne les enfants avec les chevaux…”

Publié le 16 février 2016

Nicolas Emond, psychologue de 35 ans, utilise la médiation des chevaux pour venir en aide à ses patients. Il a même fondé il y a trois ans l’Institut de formation en équithérapie.

« Quand j’ai débuté mes études de psychologie, à 18 ans, jamais je n’aurais pensé que je m’orienterais plus tard vers l’équithérapie. Aujourd’hui, à 35 ans, je travaille au centre équestre Bayard, dans le bois de Vincennes, où je reçois une quinzaine de patients par an, âgés de 3 et 18 ans.

En 2012, j’ai même fondé l’Institut de formation en équithérapie (IFEq), et fermé mon cabinet en septembre dernier, pour pratiquer uniquement cette discipline qui me passionne.
Au départ, je voulais travailler dans les ressources humaines, mais j’ai compris que le milieu de l’entreprise ne me correspondait pas. Ma vraie vocation était de me mettre au service des autres, et j’ai eu l’idée d’associer la thérapie et le cheval.
À l’époque, il n’y avait pas Internet, et les informations étaient très rares. Grâce à une association, j’ai pu trouver un stage en Belgique, pendant un été, pour me spécialiser avec des hippothérapeutes (l’équivalent local des équithérapeutes).

Cavalier dès l’âge de 6 ans, j’ai eu mon premier cheval à 21 ans. Cet animal m’a beaucoup aidé, notamment après la perte d’un être cher. J’ai compris qu’il pourrait être un support de thérapie pour des personnes souffrant de difficultés psychologiques importantes.

"J’ai compris que les chevaux pourraient être un support de thérapie pour des personnes souffrant de difficultés psychologiques importantes."

J’ai commencé avec Louis*, un enfant qui souffrait de dysphasie. Une maladie qui touche la compréhension et l’expression orale. Je n’avais pas entendu le son de sa voix lorsqu’il est venu au premier entretien, en compagnie de ses parents. à notre deuxième rencontre, je lui ai proposé de monter sur le dos d’un poney. Et d’un seul coup, il m’a regardé, et m’a parlé de lui, de ses parents.

Intelligents, ces enfants ont des choses à dire, mais ils doivent faire beaucoup d’efforts pour les formuler, parfois sans réussir à se faire comprendre. Ce qui les angoisse. Deux ans plus tard, à 11 ans, il a pu retourner dans une école ordinaire, grâce à son cheval.

On est heureux d’être le témoin d’une telle évolution, cela donne un sens à ce que l’on fait. Les belles histoires, comme celle de Louis, sont malheureusement rares. Il n’y a pas de miracle. En général, je me sens déjà satisfait quand je vois mes patients progresser pas à pas.
L’équithérapie est une expérience corporelle, relationnelle et émotionnelle. Grâce à leurs canaux sensoriels très développés, les chevaux ressentent tout ce qui se passe autour d’eux, et adaptent en permanence leur comportement en fonction de ce qu’ils perçoivent.

"Véritable baromètre à émotions, le cheval est un parfait intermédiaire entre le patient et le thérapeute."

Véritable baromètre à émotions, le cheval est un parfait intermédiaire entre le patient et le thérapeute. A condition d’avoir une réelle connaissance de cet animal, on peut lire ce qui se passe intérieurement chez le malade.
En travaillant avec des personnes lourdement handicapées, on apprend à s’émerveiller d’un regard ou d’un simple geste. Quand j’ai rencontré Lucie*, elle avait 5 ou 6 ans. Elle était atteinte d’un syndrome de Rett. En grandissant, cette fillette allait perdre sa motricité et régresser intellectuellement. Il existe très peu de traitements pour cette pathologie génétique.

Notre mission est de conserver le plus longtemps possible toutes les aptitudes du patient. La thérapie de Lucie aurait pu se limiter à trois ou quatre ans, mais elle a fait beaucoup de progrès, et je l’ai suivie finalement pendant près de sept ans. La voir rire, regarder le cheval dans les yeux, le câliner, ou faire des mimiques, et constater que la bête réagissait, m’a bouleversé. Ce métier est vraiment très riche émotionnellement. »
Anita Buttez

* Les prénoms ont été changés.

Site : www.ifequitherapie.fr

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