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Estelle Mouzin : Suppliciée par l'ogre des Ardennes !

Publié le 16 septembre 2020

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Après dix-sept ans de mystère, l'affaire connaît son épilogue : Michel Fourniret aurait en effet tué Estelle Mouzin, la fillette disparue en janvier 2003…

« Maintenant on sait qui c'est. Il faut qu'il dise où est Estelle, c'est la seule chose importante », a demandé Éric, le papa de la petite Estelle Mouzin, alors que les auditions de Michel Fourniret débutaient le 25 août dernier. Pour ne pas sombrer, ce père courageux, expert en risque industriel dans le domaine des assurances, qui se démène depuis la disparition de sa fille en 2003, espère plus que tout savoir enfin où le « monstre » a abandonné la dépouille de la fillette qui n'a jamais été retrouvée…


Que s'est-il vraiment passé ce 9 janvier 2003 dans le village de Guermantes en Seine-et-Marne, où la petite fille de 9 ans s'est volatilisée en rentrant de l'école ? Les battues lancées peu de temps après pour tenter de mettre la main sur l'enfant et son éventuel ravisseur n'ont rien donné.

Les enquêteurs du SRPJ de Versailles ont bien recueilli le témoignage d'une petite copine d'Estelle, Megan, qui racontait avoir été accostée trois semaines plus tôt par le conducteur d'une fourgonnette blanche : « Ça a l'air lourd ce que tu portes, tu veux que je te ramène chez toi ? » L'écolière s'était cramponnée à son cartable et avait refusé mais Estelle, elle, aurait-elle eu la faiblesse d'accepter de se faire raccompagner par ce monsieur un peu trop avenant ?

Les enquêteurs en sont persuadés. Grâce aux indications de Megan, les policiers sont parvenus à dresser le portrait-robot du suspect qui va être placardé aux quatre coins de France. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à Michel Fourniret, à l'époque. Mêmes lunettes et mêmes sourcils épais séparés par une ride du lion très prononcée… Le délinquant multirécidiviste, interrogé suite au témoignage d'une de ses connaissances qui dit l'avoir reconnu sur une aire d'autoroute non loin de Guermantes peu de temps avant l'enlèvement d'Estelle, nie tout en bloc.

Ce dangereux maniaque, connu des services de police depuis 1966, prétend avoir téléphoné à son fils depuis son domicile situé à Sart-Custinne dans les Ardennes belges au moment de l'enlèvement. La piste Fourniret est donc abandonnée, au grand dam du père de la fillette qui est persuadé de sa culpabilité. Mais en juin 2003, six mois à peine après la disparition d'Estelle, l'homme va tomber pour une tout autre affaire.

Ce jour-là, à Ciney, dans la province de Namur en Belgique, il tente d'enlever une nouvelle victime, Marie-Ascension, 13 ans. Après l'avoir attirée dans sa camionnette, il la ligote et la jette à l'arrière. Mais l'adolescente parvient à se libérer et à s'enfuir. Une automobiliste la recueille. « C'est lui ! » hurle alors Marie-Ascension, reconnaissant le véhicule et son conducteur qui a fait demi-tour à sa recherche. L'automobiliste note l'immatriculation et file au commissariat. Fourniret est arrêté. Fin de cavale pour le tueur en série qui est interpellé par la police belge l'année de ses 61 ans. Les enquêteurs interrogent Michel Fourniret et Monique Olivier, son épouse, pendant un an, en vain.

Mais alors que le tueur est sur le point d'être libéré, sa femme, qui sera appréhendée dans la foulée, craque et avoue une partie des crimes de son conjoint. Poussé dans ses retranchements, Fourniret finit par reconnaître six meurtres et assassinats le 30 juin 2004, puis deux autres le 1er juillet.

Mais en juin 2007, coup de théâtre ! Le tueur envoie une lettre réclamant à comparaître pour les meurtres de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domèce, et insinue de façon énigmatique qu'il pourrait ne pas être étranger à la disparition de la petite Estelle Mouzin. Mais il faudra attendre mars dernier, pour que le monstre des Ardennes avoue enfin clairement avoir tué la fillette.

Le 21 août, son ex-épouse et complice Monique Olivier, qui rabattait pour lui des jeunes filles afin qu'il donne libre cours à ses pulsions sexuelles, fournissait même des détails sur le rapt de la petite à la juge Sabine Kheris, désormais en charge du dossier. Oui ! Son ex-mari a bien kidnappé, séquestré puis « violé et étranglé » Estelle. Et enfin, des traces ADN de la fillette étaient identifiées sur un matelas récupéré dans l'une des propriétés de Michel Fourniret, ayant appartenu à sa sœur défunte, à Ville-sur-Lumes, ne laissant que peu de doute sur sa culpabilité.

Mais pour l'heure, le corps de la fillette n'a toujours pas été retrouvé ; ce qui empêche Éric, le père d'Estelle ainsi que ses deux enfants, de faire son deuil. Mais ce papa brisé, qui avait fait placarder le visage de sa fille dans les lieux publics, entrevoit peut-être enfin la fin du tunnel, après dix-sept ans d'angoisse… Si le meurtre de la petite fille par Michel Fourniret – qui vient d'être entendu pendant deux jours par la juge Sabine Kheris, sans que l'on sache s'il a fini par lâcher le morceau – est enfin avéré, la fillette allongerait alors la longue liste des victimes de « l'ogre des Ardennes ».

Comme le relate notre confrère Paris Match, qui a consacré une enquête approfondie au dangereux pédophile, le parcours de cet homme à l'apparence d'un monsieur Tout-le-monde est tout bonnement glaçant : onze crimes avoués, trois incarcérations, des dizaines de victimes d'agressions, viols, meurtres et assassinats… Entre ses premières poursuites en 1967 et son arrestation en 2003, Michel Fourniret a sévi à de multiples reprises, de l'est de la France à la côte Atlantique, en passant par la Belgique et la région parisienne.

C'est par le biais d'une annonce publiée le 12 décembre 1986 dans l'hebdomadaire catholique Le Pèlerin, que l'assassin, qui purge alors une peine de prison pour viols et agressions sexuelles, va faire la connaissance, en 1987, de Monique Olivier, une mère de famille de 38 ans, séparée de son mari et de ses enfants, qui vit dans le Gard. Au cours d'une impressionnante correspondance, où il n'est question que de défloraison et de MSP, comprenez, de « membranes sur pattes », leur code secret pour désigner leurs futures victimes, Fourniret se dépeint comme un être mystique qui voue un culte à la virginité, après avoir vu la Vierge au cours d'une balade à vélo.

Le 11 décembre 1987, tout juste sorti de Fleury-Mérogis, il passe à l'acte avec la complicité de sa diabolique compagne au QI évalué à 131, en enlevant une adolescente de 17 ans, Isabelle Laville, à la sortie de son lycée à Auxerre. Ils la ramènent chez eux, où Fourniret la viole, puis l'étrangle, avant de jeter son corps dans un puits. Suivront Marie-Angèle Domèce, 19 ans ; Fabienne Leroy, 20 ans ; Jeanne-Marie Desramault, 22 ans ; Élisabeth Brichet, 12 ans, Natacha Danais, 13 ans ; Céline Saison, 18 ans ; Mananya Thumpong, 13 ans, violées, puis tuées au terme d'un parcours glaçant…

Lors de leur procès en 2018, les époux démoniaques seront condamnés à la prison à perpétuité. Incompressible pour lui, et pour son « égérie criminelle », comme l'a qualfiée le procureur, assortie d'une peine de sûreté de vingt-huit ans…

Reste encore à savoir où l'ogre a bien pu enterrer Estelle. Une révélation qui marquerait pour Éric, son papa, une nouvelle étape, celle du deuil tant attendu de sa petite fille chérie, qu'il n'aura pas eu la chance de voir grandir.

Valérie EDMOND

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