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“Ex-boulangère, je suis devenue hôtesse de charme pour un site coquin”

Publié le 23 mars 2016

Après avoir déposé le bilan de sa boulangerie, Sylvie Garré, cette ancienne employée dans un cabinet notarial, maman de deux enfants majeurs, et fière de ses rondeurs, gagne à nouveau sa vie, à 55 ans, en tant qu’hôtesse de charme. Sans se soucier du qu’en-dira-t-on…

« J’ai travaillé toute ma vie. Mais mon mari et moi avons été obligés de déposer le bilan de la boulangerie que nous tenions dans notre petit village de Campan, dans les Hautes-Pyrénées. Il nous a bien fallu nous retourner, ne pas rester les deux pieds dans le même sabot et faire face.
Si mon époux a retrouvé un emploi de boulanger, ma recherche n’a, elle, rien donné. J’ai bien tenté de renouer avec ma première profession, car j’ai été pendant trente ans employée dans un cabinet notarial. Mais, malheureusement, je n’ai croisé aucune opportunité dans ce domaine d’activité.

C’est alors que s’est présentée à moi la possibilité de devenir hôtesse de charme pour un site internet de téléphone rose. Je n’ai pas hésité, d’autant que ce site coquin met aussi en avant les rondes, celles que beaucoup appellent trop facilement les “grosses” avec une pointe de moquerie dans la voix.

"J’ai réussi à m’assumer en tant que femme plantureuse."

J’ai toujours été opulente, c’est dans ma nature. J’ai souvent souffert du regard des autres, des petites réflexions faites dans mon dos. Mais, avec l’âge, j’ai dépassé cela. J’ai réussi à m’assumer en tant que femme plantureuse.
Si, pendant une trop grande partie de ma vie, j’ai gommé mon corps en le dissimulant sous des vêtements très larges, depuis pas mal d’années j’ose vivre ma féminité avec mes rondeurs.
À présent, je m’habille de manière sexy, même si certains disent que je suis un peu excentrique et que je cherche à provoquer. Pourquoi les belles tenues ne seraient-elles réservées qu’aux filles minces ? Il y a une véritable dictature de la minceur, une réelle oppression envers les gros.

"Pourquoi les belles tenues ne seraient-elles réservées qu’aux filles minces ?"

Pas mal de femmes fortes avec lesquelles je dialogue sur Internet me disent que, grâce à moi, qui ose me montrer et même poser nue pour des peintres et des photographes, elles ont retrouvé espoir et tentent de vivre, elles aussi, une vie presque normale. C’est mon combat, qui le restera toujours.
Donc, le téléphone rose, même si ce n’est pas ce que je pensais faire un jour, me permet de défendre la condition des rondes, de les libérer de leur carcan. D’ailleurs, des hommes – et même des femmes – de tous âges apprécient les corps aux courbes girondes, à en croire le nombre d’appels que je reçois.

Pour preuve, ils veulent tous connaître mon tour de poitrine et la forme de mes fesses ! Même si bien des hommes n’osent pas encore l’avouer à leur entourage, et encore moins s’afficher avec une grosse, quoique les choses semblent malgré tout progresser.

"Je sais que, dans mon village et ma région, plusieurs me traitent de femme facile, d’obsédée sexuelle."

Si ce travail, qui me permet à nouveau de m’assumer, comprend bien évidemment une partie sexuelle, des conversations osées et coquines, pas mal d’échanges dépassent ce cadre sensuel.

Certains me disent qu’ils sont ronds eux-mêmes et en sont complexés. D’autres me confient leurs problèmes et me demandent conseil. C’est pour moi un plaisir de rassurer quelqu’un, de lui redonner confiance, de lui dire de ne pas tenir compte des regards mauvais, de l’inciter à vivre sa vie !

Si j’avais trouvé un autre emploi, je ne serais pas allée vers cette occupation naturellement. Pourtant, je me dis que quand j’aurai une autre activité, je continuerai occasionnellement à jouer les hôtesses, car c’est un travail humainement très enrichissant.

Certains comprennent ma démarche et la respectent sans chercher à me juger, mais d’autres me critiquent. La franchise est loin d’être universelle. Je sais que, dans mon village et ma région, plusieurs me traitent de femme facile, d’obsédée sexuelle. Tant pis !

Quant à mon mari et mes deux enfants [âgés de 25 et 18 ans, ndlr], même si c’était un peu dur pour eux au début, ils ont fini par accepter et comprendre mon choix. Tout n’est que virtuel. Mais du virtuel qui fait du bien à tout le monde en me permettant de gagner ma vie ! »

Recueilli par Guillaume Dabzac

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