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Fabrice : "Malgré des tas de pépins, je m'accroche !"

Publié le 25 juillet 2021

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À bientôt 80 printemps, Fabrice, celui qui a fait les beaux jours de “La classe” et des “Grosses têtes”, nous a ouvert son cœur. Confessions en terrain neutre, la Suisse, son eldorado…

Avec sa verve joyeuse, son humour et sa simplicité, celui que l'on a longtemps surnommé « L'empereur » demeure cette voix reconnaissable entre mille, et une figure emblématique tant sur les ondes cathodiques, avec l'inoubliable La Classe, que radiophoniques aux Grosses Têtes de RTL, où il nous fait d'ailleurs le bonheur de revenir de temps à autre. Car depuis plus de vingt ans, François Simon-Bessy, de son vrai nom, coule une retraite heureuse en Suisse, aux côtés de sa chère et tendre épouse, Michèle. À la veille de ses 80 printemps, il nous donne de ses nouvelles et revient avec délice sur ce beau parcours de vie.


France Dimanche : Comment allez-vous ? Fabrice : Autant que je sache, pas trop mal, merci ! Cette pandémie ne m'a pas trop pesé, dans le sens où j'adore être chez moi. Je m'occupe, je ne m'ennuie jamais, donc ça ne m'a pas vraiment dérangé. De plus, en Suisse, c'était bien moins strict qu'en France, pas de couvre-feu ou je ne sais quoi d'autre. Et puis maintenant, nous sommes vaccinés, et même deux fois, donc tout va bien, on est rassuré. C'est pour les jeunes que ça n'a pas été très gai, mais moi je suis aujourd'hui quelqu'un d'un certain âge qui ne sort plus le soir !

FD : Que faites-vous de beau pour ne jamais vous ennuyer ?

F : Là, je suis en Espagne avec mon épouse, à Madrid. C'est notre premier voyage depuis tout ça, on en avait très envie. Alors, on prend l'air, on se balade, on visite, mais à notre rythme, car maintenant je fatigue vite. Sinon, lorsque je suis à la maison, je fais beaucoup d'ordinateur, de recherches sur divers sujets qui m'intéressent, de montages vidéo, je lis, je regarde des séries, des films, des émissions historiques… et des matchs de foot, bien entendu ! J'adore ça, je suis un vrai fondu de football. Et ça ne s'améliore pas en vieillissant. Une bonne partie de ma vie est d'ailleurs aujourd'hui réglée en fonction des matchs. Pendant trente ans, j'allais tous les voir, traînant même ma pauvre épouse au Parc des Princes. Mais maintenant, je suis bien dans mon canapé. Je suis très cocooning !

FD : Toujours avec Michèle à vos côtés ? F : Plus que jamais ! Cela fait trente-six ans que nous sommes ensemble et nous ne nous sommes jamais séparés plus de deux heures. C'est assez phénoménal, mais on est un couple très fusionnel. En tout cas, on n'est pas bien lorsqu'on n'est pas l'un avec l'autre. Ce que je n'étais pas du tout avant de la rencontrer, c'était même exactement le contraire. Comme quoi tout arrive !

FD : Pourquoi avoir choisi la Suisse ? F : Oh, c'est une très vieille histoire ! Lorsque j'avais 6 ou 7 ans, j'étais en vacances à Évian chez mes grands-parents, c'était l'après-guerre, et je regardais de l'autre côté du lac ce pays que je ne connaissais pas, croyant que c'était l'Amérique… Ben oui, puisqu'on m'avait dit en classe qu'elle était de l'autre côté de la mer ! Et un jour, mon grand-père, dans un élan de folie aventurière, nous a fait traverser jusqu'à Lausanne. Là, j'ai le souvenir d'arriver dans un endroit qui n'avait pas connu la guerre, qui était riche, avec du chocolat, des cigarettes et des voitures américaines bien plus belles que nos vieilles françaises d'avant-guerre… C'était l'eldorado ! J'en ai donc toujours gardé un souvenir merveilleux. J'y suis ensuite régulièrement venu voir des amis et j'ai fini par me dire que ce serait sympathique de m'y installer pour y finir ma vie.

FD : Appréciez-vous de revenir parfois à la radio, aux Grosses T•tes notamment où vous êtes toujours sociétaire, ou à la télé lorsque vous y êtes invité ?

F : Bien sûr. Ça me rappelle ma vie active et je prends vraiment plaisir à retrouver des personnes avec qui je travaillais. Même si c'est parfois un peu fatigant, car je suis entouré de gens bien plus jeunes que moi qui vont dix fois plus vite ! Ça m'amuse beaucoup, mais comme je suis aujourd'hui un peu sourd, ça me demande une grosse concentration pour essayer de rester dans le coup. Laurent Ruquier est absolument adorable avec moi… mais je ne connais pas le dixième des gens dont il parle, d'ailleurs on s'en amuse ! Et je peux vous dire que ça maintient en forme.

FD : Votre vrai nom est François Simon-Bessy. D'où était né votre pseudo ?

F : C'est un peu flou dans ma mémoire, mais comme je m'ennuyais éperdument à la fac, j'essayais tout ce qui se présentait à moi, souvent dans l'univers du show-business. C'était l'époque des yé-yé, tout le monde chantait, donc je m'étais dit : « Pourquoi pas ? » C'était aussi la mode des doubles lettres : BB pour Brigitte Bardot, CC pour Claudia Cardinale, etc. En ce temps-là, j'étais fan des héros de Stendhal, en particulier de Fabrice Del Dongo. Du coup, j'ai pris François Fabrice, ce qui sonnait pas mal. Mais quand je suis entré à la radio, ils trouvaient ça embêtant que j'aie un nom de chanteur, du coup j'ai juste gardé Fabrice.

FD : Êtes-vous nostalgique de toute cette époque radiophonique et cathodique ?

F : Non. Je suis nostalgique de ma jeunesse, qui fût très heureuse. Et aussi de la France et de Paris des années soixante et soixante-dix. Quand je vois aujourd'hui, je me dis : « Mon Dieu, que nous avons eu de la chance ! » C'était une si belle époque : pas de chômage, pas d'insécurité, ni toute cette agressivité insupportable… Paris était une ville extrêmement joyeuse où l'on s'amusait follement.

FD : En plus de chanteur, vous avez aussi été comédien à vos débuts. Pourquoi ne pas avoir continué dans cette voie ?

F : Eh bien, figurez-vous que je le regrette ! Même si j'ai fait un métier formidable, j'aurais adoré être acteur. Je suis pourtant issu d'une famille de gens du spectacle [son père n'est autre que René Simon, le fondateur du toujours très fameux cours de théâtre du même nom, ndlr], mais aucun ne m'a poussé dans cette voie. Ils préféraient que je devienne médecin, pharmacien, notaire… bref, un métier sérieux. Ils m'ont même carrément découragé en me disant que j'allais finir clochard ! Comme ils étaient tous dans le milieu, j'ai pensé qu'ils avaient sûrement raison. Donc, j'ai laissé tomber. Et puis, le hasard m'y a quand même ramené un peu.

FD : Dans quelle voie vous étiez-vous lancé, du coup ?

F : Je n'avais aucune vocation, ce qui me tétanisait littéralement car je n'étais entouré que de gens qui faisaient des études extrêmement brillantes. Moi, j'étais un peu le petit canard boiteux. Je me demandais vraiment ce que j'allais devenir. Je suis d'ailleurs resté chez mes parents jusqu'à 28 ans ! Bref, on m'a, à l'époque, conseillé de faire du droit, qui avait la réputation de ne pas être trop difficile… Tu parles ! Il fallait apprendre des milliers de pages par cœur, une horreur ! Et je me suis lancé dans une licence économique, car je trouvais que ça sonnait bien, mais encore plus l'horreur ! J'ignorais qu'il y aurait tant de mathématiques, de statistiques, car je suis nul en tout ça. Après la division, j'étais largué, je n'y comprenais rien… Alors, je saisissais toutes les occasions qui se présentaient à moi pour faire autre chose. Et si, au départ, mes parents ont été stupéfaits de me voir faire ce métier, ils étaient ensuite tellement contents que ça marche pour moi !

FD : Quels souvenirs gardez-vous de votre émission culte, La Classe ?

F : Elle est devenue culte avec le temps, mais si vous saviez comme elle était décriée à l'époque ! L'intelligentsia française nous traînait dans la boue, ce qui m'a d'ailleurs toujours laissé de marbre. Dans ces milieux, on déteste tout ce qui est populaire. Et puis, le temps a bonifié tout ça, en en faisant, en effet, une émission culte, dans laquelle, je le rappelle, de très nombreuses personnalités ont entamé de brillantes carrières.

FD : Vous fêterez vos 80 ans le 20 août prochain. Qu'avez-vous prévu ?

F : Oh ma pauvre amie, ne me parlez pas de ça, quelle angoisse ! Comme dans ma tête je ne les ai pas, j'ai beaucoup de mal à réaliser. Malheureusement, ce n'est pas le cas de mon corps, qui ne suit plus vraiment comme avant. On est là, on a mal partout, comme dans la chanson de Brel, Les Vieux… Bon, je ne me plains pas trop, car il y a bien pire autour de moi. J'ai eu des tas de pépins, mais je tiens le coup, je m'accroche.

FD : Votre fille Sophie vous a-t-elle fait la joie de pouvoir devenir grand-père ?

F : Ah oui, d'une adorable petite Margaux qui a 6 ans et demi. Elle vient régulièrement à la maison et c'est un sacré phénomène. À mon avis, elle a hérité des gênes de René Simon et de moi-même. Une vraie comédienne ! J'espère qu'elle aura une vocation plus affirmée que la mienne, car c'est très angoissant de ne pas savoir ce qu'on va devenir. Ça m'a tellement marqué que j'en rêve encore très souvent. Je suis là, je dois passer des examens, je suis en retard, je me trompe de salle, je n'ai rien révisé… bref, un véritable cauchemar ! Alors que j'ai eu une vie tellement plaisante et distrayante. Une chance incroyable qu'aujourd'hui encore j'ai du mal à réaliser. Et malgré cela, je reste un grand angoissé de tout.

FD : C'est fou ça !

F : Oui, je ne sais pas pourquoi. Ce sont les paysans normands de ma famille maternelle qui m'ont certainement légué ce vieil atavisme qu'est la peur du lendemain, la peur de manquer. Et j'ai toujours eu cette crainte. Ça ne m'est pourtant jamais arrivé, mais ça ne m'a pas rassuré pour autant. Ma mère me disait tout le temps : « Profite un peu de la vie ! » J'avais du mal. Heureusement, Michèle a considérablement apaisé mes angoisses et m'a apporté un bel équilibre. Elle est merveilleuse.

Caroline BERGER

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